‹ Drames françaisChapitre 73 sur 137 · SCÈNE II BENOIT, CHRISTOPHE · texte numérisé non relu

SCÈNE II BENOIT, CHRISTOPHE

Christophe, pleurant.

Ah! Benoît!...

Sans doute.

BENOIT

Parle donc,

(Souriant.)

Sa maman l'a battu,

LES TRENTE SOUS DE VINCENT DE PAUL l65 CHRISTOPHE

Non, Benoît... Maman ne peut me battre ; Hélas! non...

BENOIT

Pourquoi non?

CHRISTOPHE

Depuis trois jours, ou quatre, Elle est faible; elle a faim : nous n'avons plus un sou, Plus de pain. Moi, je vais... je vais je ne sais où ; J'ai faim, comme maman ; voilà pourquoi je pleure.

benoît, allant vers sa panetière, à part. J'ai deux pommes, je crois; oui, deux.

Christophe, pleurant plus fort.

Et, tout à l'heure, Robin est mort...

benoît, redescendant et cachant ses pommes derrière lui.

Robin?... Qui?

CHRISTOPHE

Mon pauvre agnelet, Robin, Robin mouton... Il bêlait, il bêlait; Il me fendait le cœur. Et rien!... pas d'herbe fraîche, De paille ni de foin, pour en garnir sa crèche!... Il s'est mis à mourir... Il était si mignon! Il me suivait partout : c'était mon compagnon; II avait de l'esprit...

benoît riant.

Lui?...

CHRISTOPHE

Presque autant qu'un homme.

benoît, offrant une de ses pommes.

Tiens, cela, sais-tu bien ce que c'est? Christophe, surpris.

Une pomme!

benoît, souriant.

C'est un brin d'herbe fraîche à mettre sous ta dent.

CHRISTOPHE

Oh ! je te la rendrai, Benoît.

benoît, lui mettant l'autre pomme dans la main. En attendant, Porte l'autre à ta mère.

CHRISTOPHE

Et toi?

BENOIT

C'est mon affaire.

Moi!... le pain sec, vois-tu, c'est ce que je préfère.

[A part.) Ce n'est peut-être pas très vrai... Non !

CHRISTOPHE

Oh ! merci !

benoît, après réflexion.

(A part.) Non ; ce n'est pas très vrai. Mais bah !... (// remonte vers le banc, tire un pain de la panetière et le met dans les mains de Christophe.)

Christophe, heureux.

Le pain aussi !

Oh ! Benoît... tout !

BENOIT

Oui, tout ; ta mère a faim... Prends garde Cours.

Christophe, remontant.

Mais toi ?

benoît, l'accompagnant de quelques pas.

Ne crains pas ; moi... cela me regarde. (Descendant.) Vincent eût donné tout ; j'en puis bien faire autant.

(// se retourne et voit Christophe au fond.) Va donc!

(Christophe sort.) S'il le savait, Vincent serait content.

(// se rassied.) En guise de dîner, achevons la lecture.

(Lisant, recto tono, avec quelques hésitations) : « Aux petits des oiseaux, Dieu donne la pâture. « Dieu lui-même prend soin des lis et des corbeaux : « Les lis ne filent point, mais que les lis sont beaux ! « Et le roi Salomon, dans l'éclat de sa gloire... »

(Regardant vers le fond.) Qui vient ? J'entends des voix... (Se levant.)

Lui, Vincent... et Grégoire.

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