SCÈNE III SOULANGES, HENRI DE LOCH MARIA
henri, entrant. Il tient un bouquet de roses et une guirlande d'autres fleurs. Il s'arrête et regarde le vieillard. Pauvre père !... Il repose, il pleure.
Toi, Henri ?
Des fleurs !
HENRI
Le rosier blanc était encor fleuri ; Trois roses lui restaient.
SOULANGES
Et tu les as cueillies ?
HENRI
L'orage les brisait ; il les aurait salies ;
Le rosier par le vent était presque abattu : Je les sauve.
SOULANGES
C'est bien. A qui les portes-tu ?
HENRI
A vous, père.
SOULANGES
Oh ! merci, cher fils ; et ta guirlande ?
HENRI
Pour Hector.
SOULANGES
Pauvre ami, ton frère est en Hollande. Loin, bien loin : ce billet me l'apprend aujourd'hui. Songe-t-il à tes fleurs ?
HENRI
Non. Mais je songe à lui.
Et chaque soir, devant son portrait, je dépose Tantôt une prière et tantôt une rose.
Hector ne le sait pas : Mais Dieu s'en souviendra ; Et quand de son exil mon frère reviendra...
SOULANGES
Reviendra-t-il ?
HENRI
Eh quoi, vous en doutez!
SOULANGES
J'en doute.
HENRI
Quoi? quel nouveau malheur à craindre?
soulanges, se levant.
Oh! je redoute La guerre, les échecs, cette rançon d'en haut, Que nous payons, en vain, jusque sur l'échafaud ; Ces haines que le sang ne sait plus même éteindre ; Cette proscription qui peut aussi m'atteindre ;
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Et ce fardeau si lourd, la honte du vaincu :
Maux que tu connais peu, toi qui n'as point vécu.
Vois donc! nous sommes seuls, sans secours, sans défense;
Le prêtre dont l'exemple instruisait ton enfance
S'en est allé bénir nos soldats expirants ;
Et peut-être est-il mort lui-même dans leurs rangs.
Je n'ai plus qu'un ami que ma demeure abrite,
Noble cœur, mais un rien l'abat, un mot l'irrite.
Les rêves, les projets dont nous nous amusions,
Tout s'en va... Tout s'en va jusqu'aux illusions.
Moi-même...
HENRI
Ah ! vous aussi perdriez-vous courage ?
soulanges, avec force.
Non... non!
(Roulements de tonnerre.)