‹ Drames philosophiquesChapitre 118 sur 319 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

satisfaire leurs penchants grossiers. Les sots ! ils ne voient pas que changer tout en plomb serait la même chose que changer tout en or. Pour moi, j'aimerais autant savoir faire l'un que l'autre. Mais j'aimerais encore mieux savoir faire de la lumière avec de la boue, de l'esprit avec la matière. On y viendra; on comprendra la vie, et sans pouvoir modifier ce qu'elle a d'essentiellement fragile, on rectifiera les voies souvent inutilement compliquées de la nature; on corrigera des abus, restes d'un développement historique, que l'instinct n'a pas eu de motifs suffisants pour réformer. Une plus haute raison gouvernera le monde ; peut-être même un peu de justice finira par y pénétrer. On corrigera, du moins en détail, ce qu'il y a d'inique et de cruel dans les partis pris généraux de la création.

GOTESCALC.

Nos maîtres d'école de Poméranie nous disent, au contraire, que l'homme doit souffrir, que le

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grand crime est de vouloir faire les choses autrement que Dieu ne les a faites. La réforme du monde n'est-elle pas la grande hérésie? Si le monde, comme le rêvent les réformateurs, était mieux que le monde tel qu'il existe, Dieu l'eût fait tout d'abord ainsi. On ne commande pas à Dieu ; on ne guérit pas malgré lui, on ne s'enrichit pas malgré lui.

PROSPERO

Réformons toujours. Si, comme le veulent vos docteurs, le mal incorrigible est la dernière part de Dieu dans la nature, cette part sera toujours assez large.

HILARIUS

Ainsi la légende populaire, en vous prêtant des miracles, ne fait en somme que matérialiser vos inspirations, donner une forme grossière à vos idées.

PROSPERO

Sans contredit, t^ar la science, l'homme ne pro-

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