ACTE DEUXIEME
que je voulais emporter de vous dans Téternité? Cruelles heures, que je voulais passer à prier et à rêver, et où vous me mettez dans Talternative de manquer à mes serments ou de lutter contre mon cœurl...
d'argy.
Julie, ce que l'on fait en présence de la mort échappe aux règles ordinaires. Qui nous jugera ? Dieu, c'est-à-dire la réalité des choses, voit la pureté de notre vie. Les hommes n'existent plus pour nous; nous sommes seuls au monde, dans la situation où seraient deux naufragés sur une épave, assurés de mourir dans quelques heures. Pourquoi la nature a-t-elle posé des freins mystérieux à Tattrait le plus profond qu'elle ait mis en nous? Parce que l'avenir de l'humanité est à ce prix. Notre amour, chère Julie, sera sans avenir. Le frémissement tendre que nous ressentirons jusqu'à ce que la hache nous saisisse en sera toute la suite. Il n'y a pas d'exemple qu'on ait passé deux
nuits dans ce vestibule de la mort Si Dieu réservait aux amants disparus, sans avoir joui Tun de Tautre, une nuit de grâce au delà de la tombe, leur reprocherait-on de goûter l'heure qui leur serait réservée par un décret bienveillant? Telle est notre position. Il n*y a pas de lendemain pour notre amour. Vous savez le respect que j'ai toujours eu pour les nécessités de la société humaine, même quand il y entre une part de convention. Mais quel droit ont sur nous les hommes en ce moment? Nous sommes quittes envers eux. Honte assurément à qui ne voit dans l'amour que le plaisir passager, sans songer à ses conséquences sacrées! Pauvre amie! ce qui eût été le bonheur de notre vie, si des lois que nous avons respectées ne l'eussent interdit, nous sera refusé. Le fruit de notre amour mourra avec nous, avorton de quelques heures, perdu dans le sein de la nuit infinie. . .
JULIE éclate en sanglots.
Arrêtez-vous, vous me percez le cœur.