‹ Drames philosophiquesChapitre 69 sur 319 · PROSPERO, ARIEL, GONZALO · texte numérisé non relu

PROSPERO, ARIEL, GONZALO

GONZALO, entrant.

La cérémonie s'achève. Votre Altesse a bien fait de céder sur les points auxquels elle tient le moins, et, pour sauver l'essentiel, de salir un peu le bord de son manteau. Je ne vois plus ici qu'Ariel qui s'obstine à rester dans son bleu céleste.

Une sorte de mélodie expirante se fait entendre, comme un bruit lointain qui meurt. On distingue dans la mélodie ces mots : Prius mort quam fœdari, prononcés par une voix de femme, sur un mode touchant et doux. C'est Ariel qui s'évanouit.

PROSPERO

Ariel, cher Ariel, reviens à toi. Pour le coup^ tu vas être libre. La liberté, que je t'ai tant de fois promise, la voilà.

402 GALlBAN.

ARIEL

C'est ma mort que tu veux dire, mon maître. Prius mon quant fœdari. Il n'est pas dans ma nature de concevoir le bien de deux manières. Déjà l'air a repris en moi ce qui lui appartenait. Uéther léger qui se combinait avec lui aspire à monter et à s'unir chastement au froid absolu de l'espace. D'autres parties iront se perdre dans la chevelure des algues, qui se mirent sur le sable zébré par les flots. Tantôt dans l'infini, tantôt sur le sommet des monts, tantôt au fond des baies solitaires, je serai l'esprit intermittent de la nature. Je serai l'azur de la mer, la vie de la plante, le parfum de la fleur, la neige bleue des glaciers. Je ferai mon deuil de ne plus participer à la vie des hommes. Cette vie est forte, mais impure. Il me faut de plus chastes baisers. Tout idéaliste sera mon amant ; toute âme pure sera ma sœur ; je serai la neige vierge du sein des jeunes filles, le blond de leurs tresses de cheveux. Je fleurirai

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