ACTE PREMIER
ARIEL
L'île, dis-tu sans cesse, l'appartenait. Elle t'appartenait de la même manière que le désert appartient à la gazelle, que la jungle appartient au tigre. Tu ne savais le nom de rien ; tu ignorais ce que c'était que la raison. Ton langage inarticulé semblait le beuglement d'un chameau en mauvaise humeur. Les sons, s'étranglant dans ton gosier, étaient comme un effort infructueux pour vomir. Prospero t'apprit la langue des Aryas. Avec cette langue divine, la quantité de raison qui en est inséparable entra en toi. Peu à peu, grâce au langage et à la raison, tes traits difformes ont pris quelque harmonie; tes doigts palmés se sont détachés les uns des autres; de poisson fétide, tu es devenu homme, et maintenant tu parles presque qomme un fils des Aryas.
GÂLIBAN.
Oh ! tais-toi donc. Le langage, je m'en passais
fort bien. Comment Prospero n'a-t-il pas vu que, le langage qu'il me donnait, je remploierais à le maudire? Prospero est un sot. Chacun pour soi. Il m*a tout appris, me dis-tu? il a eu tort. A sa place, je ne l'aurais pas fait. Qu'est-ce qui Ty obligeait? Je ne lui avais rien demandé.
ARIEL
C'est horrible, ce que tu dis. Alors il ne faut pas que celui qui est plus élevé cherche à élever les autres?
Si j'étais gouvernement, je m'en garderais bien. Ah! par exemple,... s'imaginer que celui dont on agrandit la personne ne voudra pas exister pour son compte!... Tout être est ingrat. Tout effort pour élever une autre personne se tourne contre l'éducateur. Chacun selon sa force. Le crocodile n'a pas une grande bouche pour ne pas s'en servir. Maudire est ma nature; je ne peux me retenir