SAL03I0N
Tu as médit de ton père, Absalon. Certes, je pourrais de mes mains châtier une audace aussi sacrilège ; mais le ciel me lie les mains, se réservant sans doute de te punir. Car les offenses faites à un père, le ciel toujours les prend à sa charge, (n sort.)
JOAB
11 a sagement répondu.
AQUITOFEL.
Très sage toujours est la peur.
JOAB
Très brave, au contraire, fut toujours la sagesse.
ABSALON
Qu'ya-t-il?
AQUITOFliL.
Joab, qui est du parti de Salomón...
ABSALON, à Joab.
Toute la vie vous me serez donc contraire ?
JOAB
Je prends toujours, seigneur, la uéfense de la raison.
ABSALON
L'intimité de mon père vous rend bien orgueilleux, Joab. Vous vous souviendrez de moi lorsque j'occuperai la haute position que me promet ma valeur.
JOAB
Alors j'agirai de même, et peut-être aurai-je plus occasion encore d'agir ainsi, (iisort.)
ABSALON
Oses-tu me menacer !
1 "^ .lOURNEIí &3
AQUITOFEL.
Arrête, seigneur. Il n'est pas encore temps, prendsy garde, de divulguer ce qui est convenu entre nous. Il est nécessaire de gagner d'abord quelques volontés.
ABSALON
En tout, Aquitofel, je veux suivre tes conseils.
AQUITOFEL.
Ils t'élèveront à la place oii aspirent tes pensées.
ABSALON
Je m'en rapporte à eux et à toi... (Musique au dehors.) Mais qu'est-ce ?
AQUITOFEL.
Accompagnée d'une suite nombreuse, Tamar sort de ses appartements et se dirige vers ceux d'Amon.
ABSALON
Elle espère, par cette musique, faire diversion à sa tristesse. Sortons, Aquitofel. Je ne veux en ce moment parler d'autre chose que de nos desseins. (Hs sortent.)
Entrent des MUSICIENS, des DAMES portant des plats et des serviettes,
puis TAMAR.
LES .AfUSIClENS, chantant.
Des tristesses d'Amon L'amour est la cause, c'est certain.
Seul l'amour peut avoir l'audace De^blesser un cœur aussi illustre.
Mais croire qu'il est atteint à mort, Combien, hélas! c'est s'abuser.
Il n'aime pas.
Celui qui garde le silence (8).
Entrent AMON et JONADAB.
Yoici Tamar qui entre dans ta chambre.
ñ 4 LES CHEVEUX D AHSALOiN
AMON
Que ma pensée, entreprenante en son absence, devient timide à sa vue ! Me voilà tout tremblant.
TAMAR, entrant.
Ne me sache pas gré de ma visite, Amon. Je ne viens te servir que pour obéir à mon père.
A MON
Je ne t'en remercie pas moins, puisque ton obéissance me procure ce bonheur, (a part.) Je me sens mourir.
TAMAR
Voici de la musique et des mets, pour flatter tous tes sens à la fois.
AMON
Tu fais injure au plus précieux .
TA3IAR.
Lequel?
AMON
La vue. Si à mon goût tu ofl'res des mets, de la musique à mon ouïe, oublies-tu donc (je me meurs!) qu'à mes yeux tu offres ta beauté ? Si tu ne la comptes pour rien, c'est je suppose, que t^^ me crois aveugle.
TAMAR
Ces madrigaux sont-ils les restes de notre feinte interrompue ? Tu les dépenses en pure perte, je t'en avertis. Je cherche ici à soulager tes peines par des réalités plus que par des fictions.
AMON, aux musiciens.
Chantez, vous autres. Et pour que vos voix, entendues de loin, semblent plus douces, chantez dans la salle voisine.
r^ JOURNEE 5 5
JONADAB
En effet, musique et peinture paraissent meilleures de loin.
TAMAR
Vous pouvez chanter là dehors. (Sortent les musiciens.)
AMON
Hé! Jonadab.
JONADAB
J'entends. Les portes fermées, et que tous chantent à la fois. N'est-ce pas ce que tu veux dire?
AMON.^ Oui. (Sort Jonadab.)
TAMÂH.
(9) Mange, toi, tandis qu'ils chantent.
AMON
Je me plais à les écouter...
AMON ET LES MUSICIENS
Il n'aime pas,
Celui qui garde le silence.
AMON
C'est pourquoi, divine Tamar, ne t'étohne pas de ma témérité, si tu me vois violer ici les lois delà bienséance et du respect. Que cette belle main blanche ne change pas ses lis en serpents, et permets qu'elle serve d'antidote à mon poison.
TAMAR
Amon, lâche ma main. Te plaindre d'une fiction, c'en est trop.
AMON
Oui, si c'en était une. Mais il est temps que la passion brise les liens de ma douleur...
AMON ET LES MUSICIENS
Il n'aime pas.
Celui qui garde le silence.
Je meurs pour toi, Tamar. Puis-je pousser la folie plus loin que de mourir pour toi ? Ma confiance m'a tué.
TAMAR, à part.
Qui aurait pu le prévoir? — Considère, Amon...
AMON
Plus rien !
TAMAR
... que je suis ta sœur.
Il est vrai. Mais un proverbe dit : « Le sang bout sans feu. » Que ne fera-t-il pas, lorsque le feu le dévore !
TAMAR
Notre loi autorise le mariage entre parents. Demande-moi à mon père (10).
AMON
Il est trop tard pour avoir recours à la prière.
TAMAR, appelant.
Holà!
Entre un MUSirjEN.
AMON
Chantez, Tamar vous l'ordonne.
TAMAR
Moi?