‹ Drames religieux;Chapitre 24 sur 75 · EN S AÏ · texte numérisé non relu

EN S AÏ

Quel triste spectacle !

TEUGA.

Le ciel a tenu sa promesse.

SEMEÏ.

Je fuyais le roi, maisici je m'arrête, confondu.

JO.NADAB

Tout porc que je suis, je ae mangerai pas des glands de ce chêne. Je vais porter cette nouvelle au roi comme si elle était des meilleures. Eh bien, voulez- vous parier que, pour si lentement que j'aille, j'arrive encore trop

vite ? (Il sort.)

TAMAR, entrant.

Cruels fils d'Israël, que regardez-vous là plein de stupeur? Quoique les méfaits d'Absalon aient mérité pareil châtiment, qui ne se sentirait ému à le voir dans cet état? Couvrez son corps de feuilles et de branches. Ne vous réjouissez pas d'une tragédie si lamentable, d'un si funeste châtiment. Moi, pour ne plus voir désormais les atomes même de l'air, je vais m'ensevelir vivante dans le milieu le plus obscur. On ignorera si j'y vis, puisque l'on ignore si je meurs. (Eiiesort.)

Entrent DAVID, SALOMÓN et ADONIAS DAVID.

Ah ! mon fils, mon Absalon ! Que ne suis-je mort plutôt que toi (32) !

JOAB

Voici venir David tout en larmes. Je tremble à sa vue.

SEMEÏ.

Je ne tremble pas moins, moi qui suis coupable envers lui d'un si grand sacrilège.

JOAB

Sire...

DAVID

Ne me dis rien, Joab. Je sais que la victoire me reste. Mais, cette victoire, je la donnerais au prix d'une seule vie. — Tu étais là, Semeï ?

ËËe!-

SEMEÏ, à genoux.

Sire, je...

DAVID

Lève-toi, ne crains rien. — Terrible Joab, je ne puis oublier tant de victoires que je te dois, et je te promets, ma vie durant, de ne pas te payer d'ingratitude, (a semei.) Tu communiquas aux pierres la rage qui inspirait tes malédictions; jamais de ma vie pourtant je ne te punirai, sois-en certain. Et quoique vous m'ayez offensé tous deux, (à Joab) toi, lançant des javelots, (à semei) et toi, faisant pleuvoir des pierres, je vous pardonne et ne me venge pas. — Mon testament, Salomón, te dira ce que tu as à faire (33). — Et maintenant, publiez cette victoire, non par des fanfares joyeuses, mais par de rauques accents. Je rentre à Jérusalem vaincu plutôt que vainqueur, et ainsi finissent LES CHEVEUX D'ABSaLON. Pardonnez-en les fautes nombreuses.

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