‹ Drames religieux;Chapitre 32 sur 75 · Ms. cité ci-dessus, f · texte numérisé non relu

Ms. cité ci-dessus, f

3. Le titre d'archevêque n'apparaît, à Tolède, que sous le règne de Vamba.

4. Voici le titre de ce traité dans le ms. F, 169, déjà cité : Aqui comiença el libro que compuso el bienauentuvado^ nanct Illefonso Arçobispo de Toledo, de la uirginidad de sánela Maria, y primera ora deuotainente en el prologo demandando la gracia y ayuda del señor, y combida todas las criaturas a oyr la uerdad que entiende pronuciar y escreuir, f" 109.

148 ^OTICE SUR

hydre (|iii vomissait contre lui, parmi des pétards et des flammes, Arius et Calvin lui-même (1). Quanta la conlroverse oratoire acceptée comme un fait réel par Calderón après tant d'autres, elle n"a aucun fondement historique ; mais il eût été maladroit pour un dramaturge de, ne pas en tirer parti.

Le long récit — il a plus de deux cents vers, — où sont résumées les origines de Tolède et de l'image mystérieuse, ne fait que reproduire des fables courantes. Rien ne prouve que le poète les ait tenues pour authentiques ; mais elles devaient charmer à coup sur le public des corrales.

Calderón a traité avec beaucoup d'art et de tact la double intervention de sainte Léocadie et de la Vierge. Il a su conserver à la légende sa simplicité noble et gracieuse. Nous devons lui en savoir gré. Ces miracles furent, pour bon nombre d'écrivains espagnols, un prétexte à extravagances, — à disparates, peut-on dire, en employant un mot commun à leur langue et à la nôtre. Chacun voulut enjoliver, agrémenter la narration primitive, y ajouter un peu du sien. Il en résulta des jDages où le mauvais goût dégénère parfois en irrévérence.

Citons d'abord, quoique assez raisonnable, ce sonnet de Damián de Vargas :

« Vous tous, qui avez lu mainte histoire d'amour, dites-moi s'il y eut jamais amoureux, plus qu'Ildefonse aimé de sa dame, plus récompensé et plus favorisé.

« Quoiqu'elle fût la meilleure qu'il y ait eu et la plus belle que Dieu ait créée, par amour pour lui elle est descendue des Cieux et l'a revêtu, d'un vêtement céleste.

«' Insigne faveur, spectacle merveilleux! Oh! quelle fête, quelle gloire ce dut être de voir, dans la cité et l'église tolédane,

« La Reine du Ciel remplir le modeste office de sacristine, en faveur d'Ildefonse, son humble serf! »

■ Ces sentiments d'amour, moins religieux que profanes, sont ceux qu'une rhétorique hardie autant que naïve prêtait alors à Marie et à saint Ildefonse. Chez Calderón lui-même on en retrouve quelque trace: <v Puisque tu mas célébrée comme ta dame, fait-il dire à la Vierge, je veux te voir, pour ma fête, vêtu galamment et à mon goût(2).» Cette innocente coquetterie, pas

1. Descripción de la capilla del Sagrario. Ouvrage déjà cité, f° 57.

2. Voir p. 196. Les vers de Calderón sont évidemment inspirés d'im passage de Las qualro partes de la coránica de España : « ... ¿077ia hi por ende esta vestidura que yo te do del theroso del mi Fijo, porque

LA VIKIUíE DU S \ G U A in O

plus que les expressions trop mondaines de Damián de Vargas, n'a rien de bien coupable en somme. Mais que penser d'un écrivain (I), estimable d'ailleurs, qui se laisse aller aux afleteries suivantes? « C'était un plaisir de voir de quelle manière et avec quelles précautions la sérénissime Marie parait son chapelain, servie et assistée par les Vierges de sa chambre et par mille Anges qui faisaient fonctions d'acolytes et de charmants enfants de chœur. Cliacune d'elles et chacun d'eux s'y employait àl'envi; chacune d'elles et chacun d'eux voulait participer à l'honneur d'avoir aidé à habiller le chapelain de la Vierge. Et, quoique la chasuble lui allât parfaitement, l'un venait et la tirait de côté, pour avoir à la remettre en place; un autre la tournait en ce sens; un troisième, en sens contraire. Car chacun désirait se rendre utile en quelque chose. » Cette mignardise poussée à l'extrême que l'on observe assez souvent chez les artistes espagnols de cette époque, — on sait combien iMurillo, par exemple, en abusa! — est un signe incontestable de décadence.

Comme on a pu le voir par ce qiii précède, Calderón emprunta à la légende tous les éléments et jusqu'aux détails de son premier acte. Or cette légende fut si chère aux Espagnols qu'ils ne se lassèrent jamais de la reproduire. Historiens, poètes, peintres, sculpteurs, se piquent d'émulation pour Tintcrpréter et la faire revivre. A Tolède, le voyageur la retrouve partout devant ses yeux ; elle est le blason de la cathédrale et décore jusqu'à l'ogive moresque de la puerta del sol. 11 est à supposer que Calderón visita Tolède avant le 19 juin 1653, date où, nommé par Philippe IV chapelain des Rois nouveaux (2), il entra en possession de son bénéfice. La Vierge du Sagrario fut publiée pour la première fois en ^637 (3). A quelle occasion, avant cette époque, le poète vint-il dans la Cité impériale? 11 est difficile de le préciser,

seas afjei^tado en esta vida de vestidura, e de gloria, e de sanctidad, e vestir las has en las Pascuas, e 5 las fiestas mias, e en ¿as de los otros sánelos que son principales. » F^ 240 verso, c. 2, de l'édition déjà citée.

1. Cristóbal Lozano, Los reyes nuevos de Toledo^ édition déjà citée, p. 73. Tout le reste du chapitre est à favenant.

2. Cette chapelle, attenante à la cathédrale, est desservie par des prêtres spéciaux. On fa ainsi nommée pour distinguer les roi*! nouveaux qui y sont enterrés : Enrique II, Juan I et Enrique III, des rois anciens, Alonso VII, Sancho el Deseado et Sancho el Bravo, qui reposent devant le maître-autel de la cathédrale.

3. Segunda parte de las comedias de don Pedro Calderón de la Barca..., Madrid, Maria de Quiñones, 1637.

tant que sa vie ne sera pas mieux connue (1). Mais il ressort du drame que les lieux, les coutumes, l'atmosphère même de Tolède étaient déjà familiers à l'auteur lorsqu'il l'écrivit,

« Assez nombreuses, dit M. Menéndez y Pelayo (2), sont les œuvres poétiques de la littérature espagnole qui, dans leur ensemble ou en partie, se rapportent aux miracles de saint Ildefonse. Il faut citer en premier lieu le long poème de Joseph de Valdivielso, Sagrario de Toledo, imprimé pour la première fois en 1616 (à Madrid, par Luis Sánchez) et réimprimé en 1618 (à Barcelone, par Esteban Libérés). Sur ce poème, qui ne comprend pas moins de mille octaves, repose principalement la grandiose trilogie dramatique Origen, perdida y restauracum de la Virgen del Sagrario, la seule œuvre du répertoire de Calderón où se retrouve ce genre d'inspiration épique si fréquent dans celui de Lope de Vega. Le premier acte de La Virgen del Sagrario est écrit exactement sur le même sujet que El capellán de la Virgen, et il est évident que Calderón eut présente cette comédie, comme le prouve le nom de Recisundo, qu'il donne à Uécesvinthe, et la similitude des principales scènes, bien que traitées par chacun des deux grands poètes dans le style qui lui est propre. »

L'éminent critique voudra bien me permettre de revenir sur certaines propositions énoncées ci-dessus.

Le changement de Récesvinthe en Recisundo n'appartient aucunement à Lope. Cette forme corrompue, peu différente toutefois de l'orthographe et de la prononciation ré;iulières, était d'un usage commun, auquel Calderón et Lope lui-même n'ont fait que se conformer.

Il est à peu près certain, en effet, que Calderón avait la et étudié El capellán de la Virgen. Mais le troisième acte de cette comédie, le seul dont nous ayons à nous occuper en ce moment, n'a lui-même rien d'original, et fut fidèlement décalqué sur une pièce de Valdivielso dont nous parlerons bientôt.

Enfin, la première en date de ces œuvres, celle, si l'on veut, d'où dérivent toutes les autres, le Sagrario de Toledo, est née d'une circonstance ou, pour mieux dire, d'un concours d'événements qui eurent, pendant plusieurs années, une influence con-

1. Serait-il invraisemblable que Calderón fût venu à Tolède, très jeune encore, pour assister aux fêtes du mois d'octobre 1616, avant de regagner Salamanque où il était alors étudiant?

2. Obras de Lope de Vega, publicadas por la Real Academia española, t. IV, p. cxix.

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sidérable sur le mouvement littéraire de l'Espagne, et qu'il est utile de rappeler ici.

Au mois de septembre 4613, alors qu'on célébrait à Séville les fêtes anniversaires de la Nativité de la Vierge, un prédicateur osa mettre publiquement en doute l'immaculée conception de Marie. Ce dogme, établi de nos jours (1) par l'Eglise, était déjà, à cette époque, accepté comme tel parla plupart des Espagnols; les Sévillans surtout le professaient avec une foi ardente. Aussi le scandale fut-il grand parmi le clergé et le peuple. On eut peine à protéger contre la fureur de la foule le blasphémateur et sa famille. L'archevêque D. Pedro de Castro ordonna aussitôt des cérémonies expiatoires auxquelles prirent part les communautés religieuses, les confréries, toute la population, jusqu'aux nègres et aux mulâtres. Les esprits s'exaltèrent. Ce n'étaient partout que controverses théologiques, enthousiasme, indignation. Chaque jour parurent des opuscules (2), vers ou prose, couplets ou relations, qui entretenaient l'effervescence populaire. De tous côtés, hommes, femmes, les enfants surtout, chantaient les strophes de Miguel Cid (3) « Todo el mundo en general^» qui furent l'hymne de cette pieuse croisade ; dans chaque rue retentissaient les cris de : « Vive Marie conçue sans péché! »

En 1615, l'archevêque et les chanoines, obéissant à leurs propres sentiments et aux sollicitations générales, voulurent ob-

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