En 1854, sous le pontificat de Pie IX
2. On peut en compter, dans VEnsayo de vna biblioteca, de Gallardo, plus d'une cinquantaine publiés à Séville, la plupart de 1615 à 1617.
3. J'ai le regret de ne pouvoir, en ce résumé rapide, étudier avec plus de détails certains personnages de cette liistoire. Miguel Cid mourut en 1617 et mérita d'être peint par Paclieco, sa poésie à la main, aux genoux de la Vierge Sainte. Bien touchante aussi, en son entêtement pieux, est la figure de D. Pedro de Castro. Il était arclievêque de Grenade lorsque l'on découvrit en cette ville les livres de plomb, — œuvre, comme il fut démontré plus tard, de morisques imposteurs. Ce saint homme accepta les inscriptions apocryphes avec la foi la plus aveugle, que ne put ébranler l'avis contraire des meilleurs théologiens. Nommé archevêque de Séville, il défendit l'Immaculée Conception avec d'autant plus d'ardeur que les trop fameux livres soutenaient cette doctrine. Séville semble avoir été pour lui un lieu d'exil où il soupirait sans cesse après le Sacro-Monte de Grenade, Il eut le bonheur de mourir en 1623, avant d'avoir vu les livres de plomb solennellement condamnés en cour de Rome. — Voir, sur Miguel Cid, Ángel Lasso de la Vega y Arguelles, Historia y juicio crítico de la escuela poética sevillana en los siglos xvi y xvii ; sur Pedro de Castro : José Godoy y Alcántara, Historia de los falsos cronicones et Menéndez y Pelayo, Historia de los heterodoxos españoles.
tenir du Saini-Sirge une déclaration favorable au mystère. Des délégués quittèrent Séville, le 26 juillet, afin de demander au roi son consentement. « Ils partirent, chantant tout le long des rues l'hymne mentionné plus haut, qu'ils répétèrent, à l'édification des assistants, dans chaque ville qu'ils traversaient. » Philippe III, qui semble en cette circonstance avoir embrassé la cause de ses sujets avec plus de résolution que ne le fitaprèslui Philippe IV, autorisa les démarches par des lettres datées de l'Escurial, le 4 octobre 1616. Un bref du pape Paul V accorda, le 21 août 1017, une première satisfaction aux Sévillans. 11 estconfirmé, le 24 mai 1622, par un nouveau décret de Grégoire XV qui met fin pî)ur un certain temps aux réclamations de l'Espagne (1).
Les manifestations de Séville eurent un retentissement rapide en Andalousie d'abord, bientôt dans la Péninsule entière. Les écrivains les plus en vogue se firent un honneur de célébrer le nom de Marie. C'est alors que Lope de Vega écrivit ses deux Coloquios pastoriles en alabanza delà Concepción (2) (161o)etXa/¿mpieza no manchada (3) (1618), comedie représentée à Salamanque,
1. Ortiz de ZuiViga, Anales eclesiásticos y seculares de SevU/a, iib. xvi-xvii, pass. — L'agilalion toutefois n'était pas complètement apaisée. Madrid s'émeut à son tour. Le 18 décembre 16¿i,la ville fait le serment solennel de croire à llmmaculée Conception, tant que le Saint-Siège n'en aura pas ordonné autrement. (Léon Pinelo, Anales de Madrid, ms. G, 55 de la Biblioteca Nacional.) Même après le décret de Grégoire XV, des protestations isolées se produisirent, favorables ou hostiles au mystère. On pourrait citer plusieurs faits. Les P.P. de la Compagnie de Jésus, par exemple, racontent dans leurs lettres que, en 1636, un homme, ayant nié à haute voix, dans une église, la Conception sans tache de Marie, fut assailli par les femmes, presque assommé à coups de chapins, puis livré à l'Inquisition. {Memorial histórico español^ t. Xllt, p. 450.) En 1652, le peuple se soulève contre les religieux dominicains, suspects par cela seul qu'ils ne partageaient pas l'opinion générale. Enfin, en 1661, Philippe IV obtient du pape Alexandre VII la bulle Sollicitudo^ qui met fin à ces interminables querelles. Calderón ayant mis en vers cette bulle et l'ayant insérée dans son auto de Las órdenes militares, la censure ecclésia tique lui reprocha d'avoir « traité, sans les précautions voulues, un sujet aussi délicat que celui de Llmmaculée Conception. » (A. Morel-Fatio, Revue critique des travaux cVérudition publiés en Espagne à l'occasion du second ceyitenaire de Calderón )
2. Obras de Lope de Vega, publicadas por la Real Academia española, t. II.
3. Obras de Lope de Vega, t. V. — Bernardo Dorado, Compendio histórico de la ciudad de Salamanca, p. 469.
LA VIKRGE DU SAGRAIUO 133
à roccasion du vœu solennel de rUniversité, qui Jura d'observer et de défendre la croyance à l'Immaculée Conception.
Tolède, plus que toute autre ville, était en disposition de se sentir émue. L'achèvement de la chapelle du Sagrario avait coïncidé avec l'arrivée à l'Escurial des délégués sévillans. Au mois d'octobre 10 16, Philippe III, en môme temps qu'il accordait à ces derniers des lettres de recommandation pour Rome, acceptait d'aller à Tolède inaugurer le nouveau sanctuaire. Les fêtes, qui n'auraient été en d'autres circonstances qu'un événement local à peu près insignifiant, prirent, en celle-ci, le caractère d'une profession de foi nationale. Confondant en un même enthousiasme l'image miraculeuse et la Vierge conçue sans péché, laCastille accourut en foule. Et l'archevêque D. Bernardo de Sandoval y Rojas, ayant à prêcher le premier sermon de la neuvaine, se lit l'écho du sentiment populaire, en choisissant pour thème le mystère de la Conception (1).
Les poètes de Tolède qui, jusqu'à ce moment, avaient gardé le silence, mêlent leurs chants de louange à l'allégresse générale. Baltasar Elisio de Medinilla se décide à publier son poème de la Limpia concepción^ auquel il travaillait depuis sept ans et qui parut l'année suivante (2). Cent vingt-trois concurrents prennent part au Certamen du 23 octobre 1616 (3). Valdivieiso, qui fut de ce nombre, se hâte de faire imprimer son Sagrario de Toledo, comme le prouvent les censures, datées du 11 juillet 1615(4). Enfin, le dimanche 30 octobre 1616, après que l'image vénérée a été conduite processionnellement à son nouveau temple, on représente en public deux pièces de cet auteur, qui retracent deux épisodes de la célèbre légende.
« L'après-midi, entre la maison du Cardinal et celle de l'Ayuntamiento, les comédiens de Cébrian (5) représentèrent deux