‹ Drames religieux;Chapitre 37 sur 75 · Spéculum historíale, lib. Vil, cap. xcvii · texte numérisé non relu

Spéculum historíale, lib. Vil, cap. xcvii

3. 11 faut lire, Obras de Lope de Vega. t. Vil, p. xxv sq., la belle étude dans laquelle M, Menéndez y Pelayo examine, au point de vue de la crifeque historique, les événements et les personnages de cette période.

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OU émigraicnt vers les montagnes asturiennes, sous ki conduite de Pelage. Les vivres manquaient. Witiza, confian ten un avenir pacifique, disent certains auteurs; redoutant une révolte des grands, déclare une opinion contraire, avait fait détruire toutes les armes. Dans de pareilles conditions, Tolède ne pouvait soutenir longtemps le siège. Fat-elle livrée par les juifs ? Se rendit-elle, à bout de ressources? Contentons-nous, sans décider entre ces deux hypothèses, de savoir que la ville capitula à certaines conditions énumérées dans la deuxième journée de ce drame. La principale fut que les chrétiens conserveraient leurs biens, leur culte, et pourraient continuer de vivre mêlés aux Arabes, d'où leur nom de Misti-Arabcii, transformé plus tard en celui de Mozarabes.

Calderón, pour composer le premier acte de La Vierge du Sagrario, n'avait eu qu'à faire un choix parmi les éléments sans nombre que lui offraient l'histoire et la tradition. Il n'en fut pas ainsi pour la deuxième journée. La matière était ingrate; l'intérêt, divisé en une foule d'actions secondaires; les faits, rares et peu significatifs. En ce qui concerne notamment l'attitude des assiégés, les chroniques restent muettes. Le poète dut faire appel à son ima£!;ination,àtoute son expérience dramatique, pour reconstituer à l'aide de quelques détails ce chapitre inédit des annales tolédanes. Il créa lui-même ses personnages, .qu'il doua de sentiments dignes de ces âges héroïques. Présentés par lui, Arabes et Espagnols rivalisent de noblesse généreuse, et l'on aime à se persuader que ce tableau plein de grandeur est l'image fidèle de la réalité.

Examinons d'abord les figures historiques qui prennent part à l'action. Ce sont celles de Tarif, de Muza, et d'Urbain qui, néanmoins, ne paraît pas sur le théâtre.

Nous connaissons déjà les deux premiers. Mais leur caractère, dans le drame, est de pure fantaisie et il semble que le poète se soit plu à intervertir leurs rôles. Tarif se comporte en chef suprême, omnipotent, seul juge de ses décisions, maître absolu de ses actes. C'est lui qui, du haut de son trône, reçoit les parlementaires de Tolède; lui qui, de sa propre autorité, ratifie les clauses de la capitulation. Muza ne le seconde que pour la forme et observe, dans ses courtes répliques, le ton d'un serviteur soumis. A Tarif, en eiîet, revient l'honneur d'avoir conquis Tolède. Mais il n'agissait que comme lieutenant de Muza, dont il avait enfreint les ordres. Aussi, lorsque ce dernier, encouragé par le succès des armes musulmanes, passe en personne sur la Péninsule, Tarif s'empresse-t-il de courir à sa rencontre pour se faire pardonner tant de victoires. Muza réclame sa partdu butin,

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accuse son lieutenant de concussion, s'emporte jusqu'à lui cingler le visage de son fouet, et finit par le jeter dans un cachot. Tel était sans doute l'argument de Muza furioso, pièce de Lope de Vega aujourd'hui perdue (1).

Urbain ne porta jamais officiellement le titre d'archevêque,, que lui donne Calderón. Il était vicaire de Sinderedo, que lespersécutions de Witiza forcèrent de se réfugier à Rome, et devait lui succéder sur le siège archiépiscopal. Mais, l'Espagne ayant été envahie sur ces entrefaites, il ne put être intronisé. Après qu'il eut quitté Tolède, emportant les saintes reliques, il erra de ville en ville et arriva, chassé par l'invasion, dans les montagnes des Asturies où s'était retranché Pelage. Les reliques furent déposées dans une grotte, non loin de l'emplacement où le roi Fruela, vers la fin du vin*' siècle, jeta les fondations d'Oviedo. L'arrivée d'Urbain dans les Asturies forme un des épisodes de El último godo, comédie de Lope de Vega.

De tous les personnages imaginés par Calderón, en ce deuxième acte de La Vierge du Sagrario, Godman est le principal. Il personnifie, comme son nom l'indique, la race entière des Goths. Peut-être même était-il destiné, dans la pensée de l'auteur, à représenter un ancêtre de Don Gaspar de Guzman, comteduc d'Olivares. Les poètes de cette époque, non contents de célébrer l'héroïsme de Guzman el Bueno et la défense de Tarifa (2), faisaient quelquefois remonter jusqu'aux Goths l'origine du favori de Philippe IV. La famille des Godman ou Guzman passe en effet, pour avoir été, de toute antiquité, l'une des plus puissantes de Tolède. En 1588, on découvrit en creusant le sol une statue de la Vierge tenant son fils entre ses bras et qui, prétendon, avait appartenu à saint Ildefonse lui-même. Quatre colonnes de marbre soutenaient au-dessus de l'image une dalle énorme où se voyaient gravées des lettres formant le nom de GVDMAN(3).

Le bouffon Ali n'est pas sans quelques liens de parenté dans

1. Citée dans la liste de El peregrino en su patria, éd. de 1604.

2. Guzman el Bueno, assiégé dans Tarifa par des ennemis qui retenaient son jeune fils en otage, aima mieux leur jeter son poignard pour sacrifier l'enfant que livrer la ville. 11 existe plusieurs comédies sur ce sujet, entreautres El Abraham castellano, y blason de los Guzmanes, de La Hoz; El honor de los Guzmanes, y defensa de Tarifa, de Luis Vêlez de Guevara. Je possède de cette dernière comédie une suelta ancienne, attribuée à Lope de Vega, sous le litre de Mas pesa el rey que la sangre, y blason de los Guzmanes.

3. P. x\ntonio de Quintanadueñas, Sanios de la imperial ciudad de Toledo, p. 294.

la vieille liltéiutiire espagnole. Il rappelle, par exemple, le i/mcioso 7jüirV(íbu.\[i de La fianza satisfecha, ])iece de Lope de Vega. Son jargon bizarre et sa syntaxe subversive ne sont pas non plus sans précédents, et pourraient passer pour un langage académique, si on les compare à d'autres baragouins inextricables, tels que celui du more Mulien Bu car, dans la Comedia Annelina de Lope de Rueda.

Dans les rôles de femmes, Calderón a su opposer avec beaucoup d'art la douceur compatissante de Luna à la fière énergie de Doña Sancha.

On retrouve souvent, dans l'ancienne littérature espagnole, la scène où un parlementaire, venant apporter au camp ennemi des propositions de paix, est reçu avec plus ou moins d'insolence. Tantôt, comme ici, c'est un siège qu'on lui refuse tantôt lui ofîre-t-on, pour l'humilier, une place indigne de «^on rang. Celte situation ne fut pas uniquement, pour les poètes, un prétexte à tirades hautaines. Que Ton se rappelle l'antique rivalité de Burgos et de Tolède dont les représentants respectifs prétendaient, dans les assemblées du royaume, avoir droit à la première place, et l'on comprendra combien ces questions de préséance étaient susceptibles de passionner un auditoire castillan. Le Cid du Romancero renversant d'un coup de pied, devant l'autel de Saint-Pierre de Rome et mal^^ré la présence du pape, le siège du roi de France (1) nous donne un premier exemple de cet épisode si répandu depuis. Car on l'a traité de bien des manières, et bien des fois, il faut l'avouer, sans le ménagement qui distingue le sublime de la farce. Ici, c'est Bernardo del Carpió (2) qui, furieux d'écouter debout l'ambassade d'un more commodément assis, envoie rouler au loin le tabouret et le bavard. Mais, ailleurs (3), un bouffon mêle ses bravades grotesques aux provocations des guerriers et détourne mal à propos l'intérêt des spectateurs. Calderón, lui, a su se garder de fanfaronnades inutiles. Sa Sémiramis (4), ayant à entendre un roi ennemi, dit simplement : «Qu'on lui donne un siège bas et à l'écart, et quine touche pas au tapis de mon estrade. » On lit, dans le premier acte de Judas MacaOeo une scène du même genre, mais beaucoup plus développée. Enfin, dans l'entrevue de Godman et de Tarif,

1. Romancero general de A. Duran, n» 756. — Traduit en français par Damas Hinard, Romancero espagnol, t. II, p. 68.

2. Lope de Vega, Las mocedades de Bernardo del Carpió, jorn. I.

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