La hija del aire, pte. II, jorn. I
LA VIEKGE Dû SAGRARIO 163
les plus nobles sentimentr, viennent tempérer Fortiueil de ces âmes ardentes et le transformer en estime réciproque.
Une dernièr^^ remarque portera sur la décoration théâtrale de cette d'^uxième journée. On voit, dans le fond, les murs de Tolède, sur lesquels peuvent se mouvoir les comédiens, suivant les besoins de l'action. Lorsque, au pied de ces murs, se montrent des musulmans, le spectateur est censé assister au drame d'un point quelconque de la plaine, (/est alors la face extérieure des remparts qu'il a devant les yeux. Lorsque, au contraire, les Gotlîs occupent le devant de la scène, on suppose l'action transportée à Tintérieur de la ville. Cette unique décoration à double usage semblerait bi'^h pauvre à nos exigences modernes ; elle devait pourtant, dans sa simplicité ingénieuse, donner une illusion très suffisante de la réalité.
IIÏ
Tolède resta près de quatre siècles sous la domination musulmane. Prise par Tarif en 714, elle n'ouvrit ses portes à Alphonse VI que le 25 mai 1085.
Le roi Don Fernando P"" avait divisé ses États entre ses cinq enfants. A l'aîné, Don Sancho, il laissa le royaume de Castille; à Don Alonso, plus tard Alphonse VI, celui de Léon ; à Don Garcia, une partie de la Galice et du Portugal. Ses deux filles, Doña Urraca et Doña Elvira, reçurent en partage : l'une, la ville de Zamora; l'autre, celle de Toro. Pareil testament, conçu sans doute dans une idée de justice, eut les résultats politiques les plus funestes, et ne tarda pas à engendrer des haines et des luttes fratricides.
Don Sancho de par son droit d'aînesse, prétendait régner seul surl'Kspagne entière et ne voyait en ses frères que des usurpateurs. Il marche contre Alonso, le dépossède, puis le contraint de se retirer au monastère de Sahagun et d'y revêtir l'habit religieux. Mais le prince s'échappe bientôt et va demander asile à Almenon, roi de Tolède. Accueilli avec bienveillance, il vécut à la cour de son protecteur, prit part à ses guerres et se lia avec lui d'une sincère amitié. Il dormait un jour dans les jardins du palais lorsque un bruit de voix vint frapper ses oreilles. Le roi et quelques seigneurs vantaient tout haut, sans défiance, la position inexpugnable de Tolède et la solidité de ses murs. « Il n'y aurait, dit l'un d'eux, qu'un seul moyen de réduire la ville ; ce
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serait de dévaster les récoltes pendant sept années consécutives. La famine obtiendrait alors ce dont la force n'aurait pu venir à bout. » Alonso retint cet avis et sut plus tard en profiter, mais il ne bougea point lorsqu'on remarqua sa présence. Un sommeil aussi profond parut suspect, et Almenen, pour s'assurer qu'il n'était pas feint, fit verser du plomb fondu dans la main ouverte de son hôte. De là lui vint son surnom de Alonso, él de la mano horadada, Alphonse-à-la-main-percée. « Conte de bonne femme! s'écrie Mariana (1) après avoir raconté cette anecdote. Comment auraient-ils eu sous la main, si à propos, du plomb fondu? Comment cet homme aurait-il pu affecter de dormir et dissimuler une souffrance aussi atroce? La vérité est que ce surnom lui vint de sa prodigalité excessive. »
A la suite de cette aventure, Alonso dut faire le serment de ne rien entreprendre contre Tolède pendant la vie d'Almenon et celle de son successeur.
Don Sancho, poursuivant ses injustes guerres, s'était emparé de la Galice et avait fait prisonnier son frère Don Garcia. Il vint, peu après, mettre le siège devant Zamora. Est-il besoin de rappeler comment il mourut, sous les murs de cette ville, frappé traîtreusement par le javelot de Vellido Dolfos? Doña Urraca, qui avait toujours aimé Alonso d'une afîection quasi-maternelle, dépêche vers lui un messager. Le prince — librement, disent les uns ; usant de ruse, prétendent les autres, — quitte Tolède et rejoint sa sœur à Zamora. Ses anciens sujets le reconnaissent pour roi. Il attire auprès de lui Don Garcia et le retient en captivité (2). Maître désormais de la Castille, de Léon et de la Galice, Alonso se fait sacrer roi à Burgos, après avoir juré devant le Cid, dans l'église de Santa-Gadea, qu'il était resté étranger au meurtre de Don Sancho.
Tous ces événements, depuis la mort de Fernando P'" nous ont été transmis en une série d'admirables romances, les plus beaux peut-être de tout le Romancero, et c'est sur ce même sujet que Guillen de Castro a écrit la deuxième partie de Las mocedades del Cid.
A Tolède, Almenon était mort, laissant la couronne à son fils aîné Hisem ou Hescham, qui ne lui survécut que douze mois, Hiaya, frère de ce dernier, abusant de la puissance royale,