‹ Drames religieux;Chapitre 48 sur 75 · INIGO · texte numérisé non relu

INIGO

Ya voir ce que c'est. (Hs quittent Ic haut du mur.)

20 6 I- A VtliHííK DU SAGUAlíI»

Entrent, dans le bas, DOÑA SANCHA, ELYIRE

et d'autres FEMMES (17).

SANCHA

Acceptez la paix qu'on nous offre.

ELVIRE

Sur cette place publique, tu peux, doña Sancha, parler au nom de nous toutes.

SANCHA

Ecoutez, braves Tolédans!

Entrent, dans le bas, GODMAN, IÑIGO, RODRIGO et des SOLDATS goths.

GODMAN .

Qu'y a-t-il?

SANCHA

Illustre Godman, digne descendant de ces premiers Goths qui conquirent l'Espagne, noble chef de Tolède, qui;, depuis la disparition de Rodrigue, a trouvé en ta personne un vice-roi, un gouverneur et un capitaine (18); valeureux Tolédans, dont les robustes épaules commencent à fléchir sous le poids écrasant d'un ciel; gentilshommes, bourgeois, illustre noblesse, peuple, écoutez-moi religieusement, prêtez-moi une religieuse attention. Toutes vos femmes, d'un commun accord, vous parlent ici par ma voix. La sentence prononcée par les cieux est sans appel, car la mort n'est pas un tribunal équitable. Puisque c'est Dieu qui nous châtie, (seule, sa main peut anéantir si brusquement la couronne la plus altière, la force la plus glorieuse, la place la mieux défendue, la province la plus puissante),

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il semble (il semble, remarquez-le bien,) que, se soustraire à son châtiment, c'est arracher de sa main le pouvoir qui nous condamne, la verge qui nous punit et le fléau qui nous frappe. Vous me direz qu'il n'en est rien, puisque vous voilà prêts à sacrifier votre vie pour satisfaire sa vengeance, — joyeuses victimes qui vous précipitez pêle-mêle pour choir sur l'autel de la mort. Ce n'est là pourtant, réfléchissez-y bien, qu'un héroïque désespoir. Il n'ost pas catholique dans l'âme, celui qui meurt parce qu'il lui plaît de mourir. Votre détermination est hasardeuse autant que magnanime, et l'honneur, en pareil cas, ne saurait lui servir d'excuse. Quel honneur peut-il y avoir à mourir en laissant vos malheureuses femmes à la merci du More insolent? Serait-il raisonnable que, pour éviter la mort dont me menace une de mes mains, je me tue avec l'autre? Tel est pourtant votre cas, fanatiques de l'honneur, qui, pour défendre le vôtre en désespérés, aventurez le nôtre, comme des lâches et des manants, et vous exposez ainsi à perdre deux fois l'honneur. La renommée, dans l'avenir des siècles, pourra-t-elle vous noter d'infamie pour avoir rendu la ville? Tolède tient-elle par hasard de la fortúnele privilège d'être toujours victorieuse? Ses fils, que tant de fois couronnèrent les lauriers, vont-ils perdre leur auréole parce que, une fois seulement, le sort leur aura été contraire? Attendons, les bras croisés, les coups rigoureux du destin; laissons -le nous plier sans nous rompre. Aimeriez-vouá mieux peut-être que, arrachant jusqu'à nos dernières racines, il ne nous laissât même pas le courage de redresser plus tard le front? En livrant aujourd'hui aux Mores votre cité et vos richesses, vous vous réservez l'honneur, qui est le plus précieux des biens. Qu'ils prennent tout, pourvu

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qu'ils nous laissent vivre parmi eux, pauvres, misérables et captifs. La religion n'en demeurera pas moins inébranlable dans nos cœurs, et sans doute un jour viendra où nos descendants rétabliront sous son dais le siège catholique. Oui, ses ruines, qu'ils auront constamment sous les yeux, les tiendront en éveil et leur rappelleront nos désastres. En pouvons-nous espérer de même, si le sang des Goths vient à se tarir tout à fait? Autre argument plus décisif. Si nous mourons aujourd'hui pour échapper à la captivité, ne semblera-t-il pas que, irascibles et impatients, nous manquons de courage pour supporter l'infortune ? Sus ! valeureux chrétiens. Sus '.généreux Tolédans. Que la foi règne en nos cœurs ! La foudre embrase les tours qui osent braver les nuages, mais non l'humble fleur du lis ! Le torrent impétueux déracine le chêne qui lui résiste, non le jonc qui s'abandonne ! Mêlés aux Arabes, nous vivrons, misérablement sans doute, mais sans quitter nos murs bien-aimés. Tant que nous serons réunis, nul malheur ne saurait nous nuire, nulle infortune nous abattre, nulle injustice nous désespérer, nulle calamité nous vaincre, nulle colère nous écraser. Pensez-y, Tolédans, après un temps vient un autre î

ELVIRE

Que dites-vous? Que répondez-vous?

TOUS

Acceptons les propositions de paix.

GODMAN.

Ecoutez-moi, à mon tour.

SANCHA

Parle vite.

GODMAN.

Et si les Arabes refusent de respecter notre foi ?

Il JOURNEE ?n9

SANCHA

Nous mourrons alors de la mort la plus enviable, car ce sera en confessant la foi ardente à jamais en nos cœurs, cette foi qui est l'âme du peuple tolédan.

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