‹ Drames religieux;Chapitre 5 sur 75 · Comparer la scène correspondante, p · texte numérisé non relu

Comparer la scène correspondante, p

LES CHEVEUX D ABSALON 1 l

Jusqu'à rentrée de David, La Vengeance de Tamar est, on a pu s'en convaincre, une délicieuse comédie de cape et d'épce, alerte, spirituelle, pleine d'incidents ingénieux, d'aimable fantaisie, de scènes brillantes. Mais on y chercherait en vain un soufile épique ou seulement une émotion soutenue. Encore moins se conforme-t-cUe à l'esprit de la Bible. Jérusalem, c'est Madrid. Ces jeunes seigneurs aux allures cavalières, dont le hardi persiflage s'attaque à tout et à tous, ne sont autres, sous leurs noms hébreux, que des courtisans du'xvii^ siècle. Ce parc, où le murmure des fontaines accompagne en sourdine de mièvres chansons d'amour, on se le représente volontieis comme un de ces coins du Retiro, d'Aranjuez ou de la Villa Médicis que peignit souvent Velazquez. Que dire du lever d'Amon qui, en galant négligé (1), écoute d'une oreille impatiente les balivernes de ses bouffons et les mélodies des musiciens? Les violences du prince contre son maître d'escrime diffèrent-elles sensiblement du dépit qu'éprouve un jeune muguet désespéré par les rigueurs de Cloris ou de Sylvie? A peine çà et là un accent plus énergique, quelques vers d'un ton plus vibrant viennent-ils nous rappeler que nous avons sous les yeux une tragédie sacrée. Les contemporains de Tirso ne se piquaient guère d'observer avec exactitude le costume ni les mœurs des personnages qu'ils mettaient en scène; mais lui, particulièrement, s'est montré en cette œuvre dédaigneux de toute couleur locale.

C'est par le retour triomphal de David que débutent Les Cheveux dWbsalon ; c'est par là que doit commencer le parallèle entre les deux drames.

Cette scène, dans Tirso, est pompeuse, écrite avec art, mais superficielle en somme ; elle plait à l'oreille, satisfait l'esprit, mais n'arrive point jusqu'au cœur. Il ne s'en dégage à aucun moment cette angoisse menaçante, cette sourde fatalité que, dès les premiers mois, à travers les acclamations joyeuses, on sent peser sur les personnages de Calderón. La tendresse paternelle du vieux roi, qui s'épanchera au troisième acte en vers frémissants et sublimes, semble encore indécise, guindée, en quelque sorte officielle. \)dins Les Cheveux d''Absahn^Q\\ revanche, l'exposition est, à mon avis, un pur chef-d'œuvre. Tout le drame s'y trouve contenu en germe ; chaque caractère s'y montre dessiné d'un trait, sans artifice apparent. A peine l'intrigue s'engaget-elle que nous connaissons la mansuétude de David, la prudence de Salomón, la duplicité jalouse d'Aquitofel, Thumeur

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