‹ Drames religieux;Chapitre 6 sur 75 · Visiicndose de ropa y montera, » dit le texte · texte numérisé non relu

Visiicndose de ropa y montera, » dit le texte

guerrière de Joab. En quelques paroles d'une brutalité cynique, Absalon (1) nous révèle la sécheresse de son cœur et son ambition eiîrénée. De ce conflit de passions doit résulter une catastrophe imminente et terrible.

Calderón s'est soigneusement abstenu de mêler à ses personnages les femmes de David, dont la présence dans la pièce de Tirso produit un efîet si malséant. S'est-il souvenu que, chez les Hébreux, mères et jeunes filles vivaient retirées au gynécée? Une réplique de Tamar (2) le laisserait entendre. Mais il a certainement compris ce que le spectacle de la polygamie orientale aurait de répugnant pour des catholiques espagnols et combien en serait diminué l'intérêt de son poème, où doit dominer l'idée de famille.

Je ne prétends pas examiner vers à vers les deux drames, ni mettre constamment un texte en regard de l'autre. Mais je crois pouvoir démontrer par quelques exemples que, dans les scènes mêmes empruntées à Tirso, Calderón a réussi à se montrer original et supérieur parfois à son modèle.

Dans La Venganza de Tam.ar,^Amon résiste mollement à l'amour incestueux qui le pousse vers sa sœur. Si nous le voyons inquiet et malade, c'est qu'il ne sait où ni comment assouvir sa passion. 11 la confesse sans rougir à Jonadab qui l'interroge. '«Tout ce^qui est nouveau et singulier a pour moi de l'attrait, » a-t-il dit, au premier acto. Sa psychologie, très linbilpment résumée en cette

1. « Dans les deux premiers actes, dit M. Adolf ScliaefTer, Geschic/tle des spanischen nation aldramas^i. Il, p. 24, Absalon reste tout à fait au second plan, tandis qu'il est le héros du troisième acte. » 11 suffit de suivre sans parti-pris le développement psychologique de ce caractère pour se convaincre que pareille appréciation n'est guère justifiable. Absalon, au premier acte, manifeste sans ambages son désir de régner, une première fois dans la chambre où languit son frère, et, plus tard, lorsque les prédictions de Teuca viennent encourager son espérance.- Mais Amon vit encore; Absalon ne sait comment le supprimer pour se pousser à sa place. Le viol de Tamar lui offre une occasion favorable. Aussitôt il prend en main la conduite de l'action et devient, en effet, le héros principal. N'oublions pas cependant ses répliques, ¡au premier acte, courtes, mais terriblement significatives; au deuxième, son arrogance envers Adonias, sa longue scène avec David et surtout, lorsqu'il place sur sa tête la couronne, ce monologue qui est le pivot du drame. M. Schaeffer, s'il eût étudié plus attentivement ces divers passages, devrait convenir sans doute que l'attitude d'Absalon n'est en rien celle d'un personnage de second plan.

?. A mi, señor, pregúnlasmelo en vano;

Que, en mi cuarto encerrada, Vivo aun de los acasos ignorada.

phrase, pècliu peut-être par excès de simplicité. Enivré d'un charme pervers, il s'abandonne à sa convoitise monstrueuse. Pas un scrupule en son esprit, A cet inconscient toute morale semble étrangère. Dans Les Cheveux cFAbsilon, lame du prince est tout autrement complexe, et ses réticences, ses fluctuations, ses élans mal contenus, ne sont pas les moindres beautés de cette œuvre. Tamar parle. « A cette voix je réponds! » soupire lïnfortuné. Et ces mots ouvrent à notre pensée un horizon sans fin de passion trouble et orageuse. Mais, ce secret qui l'étouiîe, Amon l'ensevelira au plus profond de son cœur. Il le taira aux instances de Jonadab ; il voudra se le taire à lui-même. Seule la vue de Tamar le fera hésiter sur ses lèvres, impatient et honteux à la fois de s'exhaler. Lutte inutile. La curiosité du ruffian a surpris le mystère; ses bouffonneries battent en brèche les plus nobles sentiments. David lui-même, en son aveugle sollicitude, ménage l'occasion à son fils, qui succombe, éperdu d'iiorreur et de volupté. On pourrait, par certains côtés, comparer le génie de Tirso à celui de Shakespeare. Il a la verve, la grâce, la désinvolture, parfois l'invention exquise qui nous charment dans les comédies de ce dernier; quoique de son esprit espiègle (1) il ne faille attendre ni la pénétration, ni la logique, ni l'émotion intarissable du grand tragique anglais. Si on la considère isolément, détachée de ce qui suit et de ce qui précède, la scène où Tamar, sous un nom supposé, prête l'oreille aux divagations amoureuses de son frère, pourrait avoir un rapport lointain avec les duos d'Orlando et de Rosalinde (2). Par malheur ce thème, traité par Tirso à différentes reprises et pour lequel il eut toujours une prédilection marquée, ne l'inspira jamais qu'à faux (3). Dans La viecVhérode, Mariamne, répétant avec Josèphe, qui la requiert d'amour, les effusions de tendresse qu'elle compte prodiguer à son époux, fait preuve d'une inconcevable imprudence; de moins

1. Celte vivacité espiègle de Tirso est généralement admise comme caractère distinctif de son théâtre. Mais il faut tenir compte qu'il écrivit sans doute El burlador de Sevilla et EL condenado por desconfiado. D'ailleurs, a remarqué avec raison M. Cotarelo y Mori, Tirso de Molina, p. 16, on ne saurait juger définitivement l'œuvre de ce poète, ni apprécier toute son importance littéraire, sans connaître l'ensemble de ses pièces, perdues en grande partie.

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