‹ Dresden, Freiberg & MeissenChapitre 10 sur 32 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

FIN DE LA RENAISSANCE ET XVIIe SIÈCLE

De la Renaissance au style baroque : période de 1580 à 1(594. — Le Lustkaus an der Jung fer. — Nosseni et ses travaux. — Construction du Bâtiment des Ecuries, actuellement dit Johanneum. — Collection d'Armes et armures du Musée Historique. — L'architecture civile au xvn" siècle. — Le Palais du Grand fardin.

Le lecteur voudra bien admettre que le chapitre sur le XVIIe siècle commence non en 1601, mais une quinzaine d'années plus tôt, car les édifices que j'ai maintenant à décrire, bien qu'achevés au cours du XVII' siècle, ont été commencés dans la dernière période du XVIe : ils appartiennent à un art de transition, celui de la fin de la Renaissance.

Si .Maurice avait étendu l'enceinte fortifiée de Dresde, il régna trop peu de temps pour voir l'achèvement de son oeuvre militaire. Sous Auguste Ie' un Florentin. Roch Ouirin, comte de Lynar, qui avait été au service du roi de France, Henri II, fut chargé de fortifier la partie de l'enceinte entre la porte de Wilsdrûff et le château. Sur le front nord-est, le système défensif conçu par lui ne fut mis en œuvre qu'en 1589, par son successeur, Paul Bùchner, maître d'artillerie, sous le règne de Christian I"r. Ce front parallèle à l'Elbe, correspond à ce que l'on appelle aujourd'hui la Terrasse ; c'était alors le bastion de la Vierge.

Au saillant de ce bastion, Christian I"' 15813-1591) eut l'idée de faire construire un pavillon d'agrément (Lusthaus), ayant vue sur le fleuve, sur la sapinière de Blasewitz et, au delà, >ur le> coteaux de Loschwitz et de Pillnitz. La construction fut confiée à un Italien. Jean-Maria Nosseni. Recommandé à Auguste I" par un seigneur allemand. Le comte Albert

de Sprintzenstein. qui l'avait fait travailler à Florence, Nosseni, chargé eur. en 1575. de diriger L'exploitation des carrières de marbre découvertes à Weissensee, élut domicile en Saxe et s'y maria trois fois. d'Auguste, Nosseni n'avait donné des preuves de son talent que comme sculpteur : il avait exécuté en marbre ou en serpentin des tables et des chaises destinées à des piè< ■- d' pparat. 11 en reste des spécimens dans les collections du fohanneilin. Comme archirateur, son œuvre la plus importante est la création de la chapelle funéraire de Freiberg

D'après les estampes du temps et les anciennes descriptions de Dresde.

S.uiment de

Vue cavalière, d'après une estampe du xvn siècle.

tsthaus consistait d'abord en un pavillon d'un seul étage, de 22 mètres de long sur 14 de large, éclairé sur le fleuve par trois fenêtres couplées, Avrr un fronton au-dessu-~ de celle du milieu. Il paraît avoir été agrandi plus tard : on y ajouta un second étage, que l'on recouvrit d'une toiture arquée

La décoration intérieure: statues des Empereurs, bustes en hron/.edes princes de Saxe, avait été exécutée sous la direction d'un sculpteur ita lien. Carlo da Cesare, que Nbsseni avait fait venir en 1 390, pour travailler à la chapelle de Freiberg : le- peintures du premier étage, sujets relatifs à l.i gui rre de I roie e1 figures allégoriques, par les peintres Schiebling et Kilian Fabritius.

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Victime de la proximité de La poudrière qui, frappée d'un coup de foudre le 22 septembre 1747, fit sauter la plus grande partie du bastion. ce pavillon, considéré jusqu'alors comme une des merveilles de Dresde. fut pulvérisé avec tout ce qu'il renfermait.

Dès son avènement, en 1586, Christian I" avait donné l'ordre d'édifier un nouveau palais, à l'est de l'ancien château, sur un emplacement obtenu par l'agrandissement de l'enceinte. .Malgré son appellation, le Stallgebaûde Bâtiment des Ecuries) n'en était pas moins un palais, dont la façade tournée vers le Jùdenhof, était pourvue aux angles, de deux balcons en forme d'avant-corps. A droite et à gauche, s'ouvraient de lourds portails. Le plan était celui d'un U écrasé ; la hauteur.de deux étages, aux fenêtres cintrées. Avec ce palais se raccordait, à angle obtus, un autre bâtiment, sur l'alignement de V Augustusstrasse actuelle. C'était là que se trouvaient les Ecuries. A l'extérieur, les trois ailes, ainsi d'ailleurs que la façade.

étaient décorées de pignons, dans les formes massives de la Renaissance, et revêtues de sgraffiti figurant une série de scènes guerrières ou équestres. Entre les fenêtres se

voyaient les Dou\e Travaux d'Hercule. Tout ce revêtement a disparu, lors des transformations ultérieures de ce palais. Il n'en reste que le gros œuvre et les deux portes, aux extrémités de l'aile des Ecuries.

L'aménagement intérieur était somptueux, le marbre prodigué dans les carrelages des quatre grandes salles du premier étage prenant jour sur le Jùdenhof, dans les plinthes des diverses pièces ; les plafonds, décorés de peintures aux sujets tirés de l'Histoire romaine ; les chambres, garnies de meubles précieux en bois sculpté, en mosaïque, en marbre ou en serpentin.

Colonnes du xvi'-' siècle dans la Cour des Ecuries.

André Walther avait contribué à la décoration comme sculpteur, Henri Gœding comme peintre. Cet artiste brunswickois, venu à Dresde entre ilonné plus de preuves de son talent dans ses portraits que dans ses tableaux à sujets religieux ou historiques Sur les ; 5 portraits en pied «le souverains ou de généraux saxons qui font une décoration murale si intéressante à la Galerie des Armes à feu Gewehr- Galerie . installée au XVIIIe siècle dans l'aile «les Ecuries, 1.3 sont dus ding, exécutés soit d'après ses miniatures dont l'album est conservé à la Bibliothèque royale, soit même de sa main. Le meilleur, parce qu'il

Tournoi peint par Gœding Galerie des Armes à feu

a été certainement peint d'après nature, est celui de Christian I1 : il porte La date de

1 1 : étage de l'aile des Ecuries a été dispose en 1733 comme galerie d'ancêtres, la série des Electeurs de Saxe commencée par II. Gœding, ayant été continuée au xvn siècle par les peintres .le Cour ce sont précisément les portraits de Christian II et des quatre Jean-Georges, qui ont le plus de caractère et d'expression .

La configuration irrégulière de la cour des Ecuries StallhoJ a été déterminée par la direction de l'ancien mur d'enceinte de Dresde, qui la borne du côté de la Chancellerie, par laquelle le nouveau palais se

,1 l'ancien château \w pied de ce mur, que revêt une épaisse fourrure de lierre, un abreuvoir était creuse; on en voit encore la vasque. Entre l'abreuvoir et l'aile des Ecuries, peinte de fresques représentant

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des portraits de chevaux, et dont les arcades s'ouvraient entre vingt deux colonnes toscanes, s'étendait une lic&dispoaéê pour les ceurses de bagues ; deux colonnes de bronze fondues en 158.8; en délimitaient le parcours. Il n'en reste qu'une au complet aujourd'hui

Photo Hanrstaeogl

Ecu du xvi' siècle (travail d'Augsbourg1. Galerie des Armures (Musée Historique).

Les exercices physiques étaient en grand honneur à la Cour des princes de Saxe. Pendant le moyen âge, les fêtes offertes aux seigneurs et au peuple consistaient principalement en tournois. Ils se donnaient soit dans la cour du château, soit à VAltmarkt, dans un emplacement fermé par des barrières. Des tribunes étaient réservées aux dames. La lance arcboutée sur le faucre, les combattants se ruaient l'un sur L'autre, dans l'équipement que nous représentent les anciennes estampes du x VI siècle, celles de Cranach, ou son tableau du Massacre des Innocents, si précieux au point de vue documentaire. Dans la Galerie des Armes à feu. j<) pan-

a eaux peints par I [enri Gœding, retracent Les exploits équestresdu prince eur Auguste, soit à Dresde, ou à Meissen, à Vlerseburg, soil en

dehors de la Saxe Ils montrent avec précision le lieu de la lutte i

ateurs Quant aux adversaires, des mannequins revêtent leur équi-

Pnoto II ,.

Armure de parade de Christian ]I ,1600'. en acier repoussé argenté (Musée Historique'.

pement authentique, dans les salles du Musée Historique de Dresde, si riche en armes et armures de toute sorte

Ces armes se divisent en deux catégories : les armes de guerre, intéressent surtout par les souvenirs historiques qui s'y rattachent : les armures de parade, noircies, bleuies, gravées à l'acide et durées, sont d'un aspect plus brillant, plus élégant, d'une ornementation ingénieuse et artistique.

Quelques-unes de ers armures, les plus belles à la vérité, — proviennent d'Italie, d'Augsbourg ou de Nuremberg; par exemple, les harnachements pour le tournoi à pied, ciselés et dorés par Peffenhaûser, ou

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les deux somptueuses armures achetées par Christian II , l'une à Augsbourg, en 1602. en métal repoussé, argenté, avec des appliques ajourées, dorées, représentant des animaux, des personnages: Vautre, en 1606, à Nuremberg, chef-d'œuvre de H. Knopf.

Les fondeurs de la Saxe n'atteignaient pas à une telle maîtrise ; cependant les spécimens exécutés à Dresde par les armuriers de la Cour, ou à Wittemberg, surtout ceux qui datent du XVII8 siècle, plusieurs modèles d'épées et de rapières, témoignent du talent des ouvriers saxons. C'est de leurs ateliers que sont sorties plusieurs des armures argentées ou dorées, offertes par les Electrices à leurs maris, comme cadeaux de Noël.

Les noms de Pierre de Spire. Ilans Rosenberger, Siegmund Rockenberger au XVIe siècle, Jacques Jôrinck et Chr.

.Muller au XVIIe, méritaient d'être transmis à la postérité.

Avec les tournois alternaient les chasses.

Dans certaines régions

boisées de leurs domaines, particulièrement giboyeuses, les Electeurs avaient des châteaux de chasse que les rois de Saxe ont conservés. Les massacres de cerfs, de 16 et 18 cors, les ramures d'élan, forment la décoration habituelle de ces demeures princières. La vénerie comportait donc des équipements pour la chasse au faucon, des trousses de couteaux pour « servir » le cerf, le sanglier, des épieux pour transpercer l'ours et l'aurochs. Les vitrines du Musée Historique renferment des spécimens très artistiques, notamment pour les XVIe et XVIIe siècles, de couteaux de chasse aux po-

Epée à garde ouvragée ^xvi1' siècle) (Musée Historique)

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