CHAPITRE IV
xvnr' siècle, première période : du •» baroque » au « rococo ». — Le règne d'Auguste le Fort (1694-1733). — Ses constructions: le Zwinger, le pont Auguste; le Blockhaus. — La nouvelle Frauenkirche. — Palais et hôtels privés. — Le Palais faponais et le percement de la Neitstadt.
Avec l'avènement de Frédéric-Auguste Ier, l'histoire artistique de Dresde atteint l'apogée de sa splendeur. Seuls Léon X, François I" et Louis XIY ont exercé une influence aussi marquée sur l'art de leur pays.
Fils cadet de Jean-Georges III, Frédéric- Auguste n'était pas destiné à lui succéder. Son père, prince guerrier, avait combattu les Turcs à Vienne, à Pest et en .Morée ; il avait pris part aux coalitions contre Louis XIV et obtenu même le commandement de l'armée impériale. Ses goûts étaient donc plutôt militaires. Cependant il envoya son fils faire en Furope son tour de gentilhomme, afin de l'initier aux mœurs des autres contrées, aux usages des cours étrangères. Frappé de ce qu'il avait pu voir, notamment en Italie, en France, et particulièrement à Versailles
4b DRESDï
où il avait paru deux Frédéri -Auguste - étail formé
un idi ité el de splendeur. Mieux que son frère aîné, l'Électeur,
aussi porté d'ailleurs au faste que leur aïeul Jean-< reorges 1 1 . — il était capable de le réaliser La mort prématurée de Jean Georges IV. après trois ans de règne seulement, devait lui en fournir l'occasion.
D'autre part, l'ambition de ce prince ne se contenta pas de l'Électorat. Après la mort de Jean Sobieski 1696 . Frédéric-Auguste I brigua et obtint, grâce à une abjuration préalable et à l'appui du Tsar et de l'Empereur, la royauté élective de Pologne; il prit comme souverain de ce pays le nom d'Auguste 11 ! et c'est de ce nom que nous l'appellerons désormais.
Royauté précaire dont le dépouilla son ennemi Charles XII, au profit de Stanislas Leczynszky. Auguste II la recouvra cependant, après que le roi de Suéde eut subi la défaite de Poltava Sévèrement jugé par les historiens au point de vue politique et financier, son règne est grand dan-- les annale^ de la Saxe par l'impulsion que son amour du faste a donné aux arts.
Non seulement, comme son frère aîné Jean < reorges IV . il était grand amateur d'orfèvrerie et de joaillerie, mais il encouragea en Saxe la fabrication de la verrerie et de la tapisserie. 11 établit en 1690 dans la Friedrichstadt, une verrerie à laquelle il commandait des services de table, des lustres et des torchères, et, en 1 7 1 4 . dans le faubourg- de Pirna, une manufai ture de tapusseries dirigée par un tapissier d'Aubusson, J. -Pierre Men ier, • liasse de son pays par la Révocation de l'Edit de Nantes et qui avait été d'abord au service du roi de Prusse Les tapisseries hollandaises ou saxonnes du château ayant été détruites par le grand incendie de [701, Mercier fut charge de les remplacer. On montre dans les appartements royaux deux tapisseries exécutées par lui sur des cartons de Louis Silvestre, relatives au voyage en France du prince héritier et commémoratives de sa réception à Fontainebleau par Louis XIV.
Un roi ne pouvait consentir à être loge comme un simple Électeur. I )es [698, en souvenir des splendeurs de Versailles. Auguste II, qui avait pris comm< rdonnateur de cabinet » un architecte français Raymond Le Plat, faisait décorer dans le goût français, une série de pièces du château Les deux principales, la salle du Trône et sa chambre à coucher, ont été conservées telles qu'elles étaient à la fin du XVIIe siècle. avec leurs tentures de velours encadrées de pilastres d'ornements
1. Le surnom d'Auguste le Fort lui venail di .1 Fon 1 ph; siqm lit d'une main
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XVIIIe SIECLE PREMIÈRE PARTIE)
brodés en brocard d'or. Le grand lit de parade, placé de milieu, rappelle la disposition de la chambre de Louis XIV. L'étiquette de Versailles était d'ailleurs observée pour le lever et le coucher du roi.
Les plafonds de ces deux belles pièces, d'une date postérieure, sont dus à Louis Silvestre, peintre français, élève de Lebrun et de Bon Boullogne, que le roi fit venir en 17 16. comme peintre de la Cour, combla de ses faveurs et de ses commandes.
Si. dans le château lui-même. Auguste II se contenta de faire disparaître
Intérieur du Château royal.
Appartements d'Auguste II; salle du Trône, avec plafond peint par Louis Silvestre.
les traces de l'incendie de 1 701. il avait conçu cependant une série de plans pour l'embellissement de la Résidence. Les guerres du Xord et l'extrême versatilité de son caractère en empêchèrent l'exécution. Par contre, on doit peut-être à l'alliance d'Auguste II avec le roi de Danemark, Frédéric III, contre Charles XI 1. et à la visite de ce souverain en 1709, la création du Zwinger.
On a vu plus haut combien les défilés équestres, tournois, carrousels et mascarades étaient goûtés à Dresde pendant les x VIe et xvne siècles. La tendance au faste d'Auguste II ne pouvait que donner à ces divertissements plus de splendeur. Parmi les plus notoires, il faut citer le cortège mythologique de 1694, qui a été gravé, et la fête organisée en [709, qui avait pour titre :La coursede bagues et de têtes des sept Planètes contre
DR ES] il
/c monarque Neinrod, revenu tout exprès des Enfers avec sa suite. Le irio comportait l'alternative des exercices équestres avec des inter mèdes musicau graphiques auxquels prenaient part les acteurs
tiascarade
Pour permettre au souverain danois, à la Cour, de bien voir tous les épisodes de ces divertissements qui duraient plusieurs journées, au lieu de donner la fête sur le*, emplacements habituels des carrousels el courses de bagues, le roi tit. sur le terrain, compris dan-- le saillant nordouest des fortifications Zwinger . élever par son architecte Daniel Pôppel mann, un amphithéâtre de bois ' el ensemble «le tribunes provisoires n'avait rien de somptueux. Auguste II songea à le remplacer par un édificeen pierre permanent; d'un caractère monumental. De la l'origine ■ les bâtiments du Zwinger auxquels fut sacrifié un ancien manège de [618
1 >benges affirme, pour avoir compuls • les pièces d'archives, que le roi fut, dans la circonstance, le collaborateur intime de son architecte; il dessinait lui-même a la plume, traçait des plans, précisait des directions < 1 ni étonnaient les gens du métier I) Pôppelmann n'aurait pas fait moins de <>//,;<■ devis pour un château grandiose projeté au lendemain de l'incendie de 1701. Dohme, dans les notices de -un album : Barock und Roi 0( 0, donne même le nombre des bâtiments de ce palais dont le Zwinger actuel n'aurait été que l'avant-cour. ("est pour cette raison que l'un des côtés longs n'aurait été fermé (pie par un mur provisoire.
1 ette opinion est en désaccord ave: celle qu'exprime Paul Schumann dans son excellente étude sur Dresde et avec les éclaicissements donnés par l 'ôppelmann lui-même, dans sa préface à l'album des vingt planches explicatives qu'il publia en 1721 sous ce titre : L'Orangerie royale de Dresde.
La forme elliptique adoptée s'explique tout naturellement par l'allusion quel'auteur a faite aux « édifices des Romains créés pour les spectacles. ., combats de gladiateurs et nol imment au Colysée. Le toit plat de ces portiques servait de balcons qu'il faut imaginer remplis de 3 tateurs assistant a des courses de bagues ou de traîneaux, carrousels, tirs à l'arbalète, illuminations, motivées par quelque fête de < lour
« L'édifii e, 1 ontinue Pôppelmann, est forme de six salles spacieuses el un pavillon, reliés par «les galeries de communication. » Ce qu'il appelle une. pavillon », c'est le portail sud. alors précédé d'un pont-levis par lequel on franchissait le fossé des fortifications. I omme pendant, sur «le côté encore imparfait . il devait y avoir un autre portail surmonté d'une statue de La force et une galerie couverte. // en donne menu- le dessin arax • jet ne fut pas exécuté, de sorte que, pendant plus d'un siècle.
une vulgaire clôture en charpente peinte à fresque, ferma l'amphithéâtre sur la face nord.
Le pavillon elliptique sud-est servait de passage et d'entrée du côté de la ville, celui du nord-ouest donnait accès au terre-plein des fortifications. Les galeries latérales et les galeries demi-circulaires qui unissent deux à deux les pavillons rectangulaires, étaient destinées à servir d'orangeries. Aussi les satyres qui gambadent et grimacent le long de ces galeries sont-ils disposés comme consoles pour l'exposition des arbustes frileux. Seuls les pavillons sont pourvus d'un premier étage décoré de fresques par Pellegrini.
Sous Auguste II, on les a affectés à l'installation des divers Cabinets de curiosité précédemment logés dans sept salles du château. Leur affectation respective a parfois été changée depuis lors. Le seul pavillon des Sciences Mathématiques est resté aménagé et décoré comme il l'était à l'origine, avec ses trois pièces séparées par des arcades cintrées et ses plafonds mythologiques par Louis Silvestre.
La conception architecturale de l'ensemble dans le style de la fin de la Renaissance, est sobre, — surtout dans les pavillons d'angle, — et même trop maigre dans le bas. On ne conçoit donc pas que G. Semper ait considéré le Zwinger comme « un essai naïf de rococo ». Tout s accorde à lui donner tort, les dates de la construction (1711-1722 . les grandes lignes du monument et même l'esprit de la décoration sculpturale qui appartient bien au style baroque, avec ses frontons segmentés,
Intérieur du Pavillon des Sciences Mathématiques, au Zwinger.
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les ressauts exagérés de i ertains ornements : cartouches, armoiries royales, les contorsions excessives des hermès. L'ornementation la plus charg des pavi oûs i raies >'t «lu portail à jour, surmonté de
la couronne royale soutenue par quatre aigles
I e sculpteur le plus éminent qui ait travaillé au Zwhiger, B Permoser, petit paysan de la Haute-Bavière, devenu d'instinct tailleur de figures en bois. — par son éducation artistique dans le Midi de l'Allemagne et dan--
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Pavillon nord du /
la Florence du XVIIe siècle, par l'exagération des musculatures et la tendance de ses figures à la contorsion, appartient essentiellement, à la périple du style (. baroque ». Pour le Zwinger, outre l'Hercule pliant sous le faix du globe terrestre, qui domine le pavillon ovale de l'ouest et qui fut copié pour celui de l'est, — il fit plusieurs divinités mythologiques. Il décora les niches de la salle de la (Trotte — où est la collection minéralogique, des statues de .Minerve et d'Apollon. On lui attribue aussi quatre statues disposées dans des niches au pavillon d'entrée et les deux Bacchus qui ornent l'intérieur du Bain îles Nymphes. Plusieurs des ouvrages importants de Permoser ont été disperses ou détruits, par exemple, les statues qu'il avait sculptées pour le Grand Jardin. Aujourd'hui
il est surtout apprécié pour ses ivoires exposés au Grimes Gew'olbe. Les eaux jaillissantes faisaient, à cette époque, un des motifs de décoration préférés. Poppelmann avait donc disposé plusieurs fontaines le long de la galerie sud. de chaque côté du portail, aménagé en grotte ornée de statues le rez-de-chaussée du pavillon ouest. Du même côté, un escalier double pratiqué dans le pavillon ovale mène à la promenade du rem-
Cour du Zïuinger, état actuel, avec la statue assise du roi Frédéric-Auguste I'
part, plantée de tilleuls, ornée de bosquets et d'où l'on découvre le lieu le plus secret du Zwinger, le Nymphenbad.
Au milieu se trouve la cascade, aujourd'hui tarie, surmontée de deux groupes en grès : Neptune et Triton. Le rectangle de portiques est orné de huit statues de nymphes, de faces de dieux marins et de grenouilles. Des fontaines secondaires aux vasques mouvementées et à tètes de dauphins, et des vases en grès complètent la décoration. La nature s'est chargée de la parfaire en envahissant cette retraite mvstérieuse où les eaux se sont tues, des lianes et des touffes d'une végétation exubérante.
L'insurrection de mai 1849, qui éclata à Dresde à la suite de la dissolution des États parle roi Frédéric-Auguste II, causa d'importants dégâts
.m Zwinger. Le pavillon ovale qui sert d'entrée vers la ville, Le pavillon sud-est qui en est voisin et La salle d'opéra contiguë .1 ce dernier, bâtie en 1 7 1 s par Pôppelmann et aménagée à L'intérieur sur les plans de L'Ita Lien Al Mauro, turent atteints, dégradés ou détruits par L'incendie.
On .i vu plus haut qu'à la Réforme, toutes les églises de Dresde avaient été ou fermées ou affectées à La religion Luthérienne Mais leur
- Le Nymphtnbai (bain des Nymphes . état actuel.
torme >"\ adaptait mal. L'une d'elles, La Frauenkirche, fort dégradée, menaçait ruine. Le Conseil résolut de la faire démolir et de la remplacer par une nouvelle église, mieux appropriée à sa destination. Quatre plans successifs furent présentés de [723 à 1739 par l'architecte municipal Dans une substantielle et minutieuse monographie, ML Louis Sponsel a raconté les luttes qu'eut à soutenir Georges Bàhr pouf faire prévaloir ses idées contre l'ignorance, la prévention ou la jalousie. Le malheureux artiste mourut à la peine; il ne vit pas L'achèvement de son œuvre, <||H ne fut terminée qu'en 1740 et autrement qu'il L'avait imaginée.
liien que la second,, période de La construction se prolonge sous Le règne d'Auguste III. L'œuvre de <> Bàhr était presque entièrement des-
sinée en pierre à la mort d'Auguste II, car le tambour de la coupole s'élevait jusqu'à la corniche. Par l'époque où les plans en furent dressés, par sa conception architecturale, par le profil des quatre clochetons qui encadrent la coupole et surtout par la tumultueuse décoration intérieure
La Frauenkirche (1727-1743). Vue prise du Neumarkt. Devant, la statue de Luther, par Ernest Rietschel.
de l'abside, la Frauenkirche, si sobre dans ses grandes lignes: trois portails surmontés de frontons, quatre escaliers d'accès aux'étages dont la cage en pierre forme ressaut en pan coupé sur les faces, — dans son plan intérieur : voûte portée par quatre piliers [élancés, soutenant des étages de galeries disposées en cercle, appartient ,bien au style baroque
et l'on doit en taire honneur au règne d'Auguste 11. Quant au dôme de pierre, percé de larges fenêtres, avec -.1 calotte intérieure reposant -ur huit arc-, interrompus -et peinte par Grono, dôme dont les Dresdois sont m tiers. il est en effel d'une conception très hardie, si hardie qu < 'onseil hésita longtemps à en approuver le plan, exigea enquêtes et contre-enquêtes avant de consentir à l'adopter < >r. les calculs de son auteur étaient si justes que ce dôme dont on redoutait l'écroulement, résista victorieusement au bombardement «le [760, tandis que la Kreii^kirche et VAnnenkirche étaient détruites par les obus prussiens.
Les auteurs allemands font à Georges Bàhr, un mérite particulier d'avoir trouvé pour les assemblées du culte réformé le dispositif idéal qui groupe les fidèles autour du pasteur et en face de l'orgue. On peut donc s'étonner que le même artiste ait imaginé pour l'autel, le chœur et la tribune de l'orgue, une ornementation si contraire à l'austérité des
temples protestants. La tonne de ce clueur semblable à une scène, les si\ arcades qui l'encadrent de leurs boiseries comme un décor, les lourdes statues assises Moïse et Aaron ou debout saint Paul et saint Philippe au-dessus des portes des sacristies, l'immense rétable en pierre représentant le Christ au Jardin des oliviers, sous un fronton en style baroque, décoré d'une gloire et qui porte la tribune de l'orgue de Silbermann. tout cet ensemble exécuté par le sculpteur Feige, procède directement du style jésuite aux luxuriances théâtrales.
Entre la Résidence et la Sophienkirche s'élève aujourd'hui le Palais .1/;; Taschenberg C'était, en 1705. l'hôtel particulier de la comtesse Anna-Constance Cosel, la favorite d'Auguste 11. Agrandi entre 1701 et 171 1, haut de trois étages sur rez-de-chaussée, cet hôtel avait alors dixneuf fenêtres de façade Le roi l'acheta en 1715 et le fit meubler à la turque In vestibule et un escalier grandiose donnaient accès à l'intérieur En 1710. il en fit la résidence du prince électoral. Le palais a été agrandi quarante ans plus tard et il est devenu une dépendance de la Résidence royale avec laquelle il est en communication.
Sur le Jûdenhof 'où l'on voit encore une jolie habitation du même temps 171s , construite par Poppelmann, se trouvait le Regimentshaus de 17 i<i. avec deux portails, qui était l'hôtel du gouverneur de la ville. le comte Flemming.
Si le palais H03 m Pirnaische Gasse) et celui que possédait dans la même rue le comte Flemming ont été rases ou transformés sous le règne du rococostyl, — agrandi dans le cours du XVIIIe siècle, le palais lloym
a été affecté de nos jours au Conservatoire de musique [Harmoniegebai'idf). — on peut voir encore dans la Morit^strasse l'un des meilleurs spécimens du style baroque dresdois : le m Palais de Saxe », édifié sur
Intérieur de la Frauenkirche; l'autel, le retable, l'orgue et la chaire xvm' siècle).
les plans de Georges Bàhr, avec deux façades, l'une sur la Morit^strasse, l'autre sur la Landhausstrasse. Elles présentent une ordonnance de pilastres corinthiens surmontés de consoles qui portent un triple fronton au-devant du comble; des frontons et des médaillons de héros romains alternent au-dessus des fenêtres.
D'un style analogue, mais moins orné, est la maison située à l'angle
de VAltntarkt et de la Wilsdrûfferstrasse, dont un lion sculpté au-des --us de la pharmai ie, décore l'< rker en pan coupé, haut de trois étages.
Enfin, ne pouvant les citer tous. — un grand nombre d'ailleurs a disparu, pour diverses causes, - je veux au moins signaler le gracieux
Maison dite de Dinglinger ,1715) sur le Jïidenhof, style baroque JrcsJ. .: , .
hôtel connu s, ,Us le nom de l'a lai s de Courlande, qui lut construit en 1 7 n, pour le comte Wackerbarth. Incendié dix ans plus tard, il fut restauré en [72g par l'architecte Chr Knoffel à qui Dresde doit plusieurs des plus élégantes constructions du xviii" siècle.
Non seulement les personnages de la Cour, grands seigneurs de Saxe ou de Pologne, s'inspiraient de la passion du roi pour la bâtisse, mais les bourgeois aisés suivaient cet exemple. Ainsi, sur VAltmarkt,
la maison occupée par l'hôtel Zum goldenen Ring est de 1700. Paul Schumann en cite une quantité d'autres dans la T'ôpfcrstrassc, la Seestrasse, la Galeriestrasse, la Grosse Brudergasse, la WïlsdrMferstrasse, la Zahngasse, la Rampische Gasse, la Breite Strasse, les rues qui avoisinent la Kreu^kirche et la Frauenkirche. Les caractéristiques du style « baroque dresdois » sont la disposition des chapiteaux en forme de lambrequins, les frontons de fenêtres en accolade, qui presque toujours encadrent un cartouche sculpté, la porte à arc surbaissé avec clé de voûte très saillante.
C'est dans la Neustadt qu'on peut le mieux étudier ce style, parce que là, les dates de construction sont d'une précision absolue. En effet, ce nom de Neustadt fut imposé en 17,32 par Auguste II à la partie de la ville située au nord de l'Elbe, parce qu'elle fut presque entièrement rebâtie après l'immense incendie qui. en 1685, avait consumé Alten-Dresden. Jean- Georges III en avait profité pour faire étudier par son ingénieur en chef des fortifications, < 1 de Klengel, un plan de reconstruction, combinant les percées des rues avec les nécessités de la défense. Il traçait une large voie allant directement du marché à la Porte Noire aujourd'hui démolie [Albertplat\ actuelle), qui devenait le nœud de plusieurs rues en ligne droite L'exécution de ce plan, simplement commencée sous son règne (on dessina cependant la Hauptstrasse et Y Heinrichstrasse qui se dirigeait vers la Porte Blanche et qui existe encore), fut poursuivie rigoureusement par Auguste IL si rigoureusement qu'il exigea du Conseil de la Neustadt, la démolition de l'église des Trois Rois, — reconstruite après l'incendie sur le même emplacement et son transfèrement en dehors de l'avenue.
Le roi avait également à cœur de dégager la vue d'une de ses meilleures créations architecturales, celle du Palais Japonais ; dans ce but, il avait fait raser neuf maisons de la Meissner gasse. La Koenigstrasse fut tracée en ligne droite de la place ainsi obtenue devant la façade aujourd'hui Kaiser-Wilhelm-Plat^) jusqu'à la Porte Noire. De plus, par
Maison n° 5 de la Koenigstrasse
(Neustadt), style baroque dresdois.
ses règlements de police, il imposa une symétrie dans la construction de rue nouvel! rtaines limites de hauteur telle-- que le palais ne
fût pas masqué par les maisons voisines Plantée de tilleuls et bâtie au temps d'Auguste 11. au moins dan-- ses premiers numéros, la Koenigstrasse, l>nnlée de maisons élevées seulement d'un entresol et d'un premier étage, est d'une remarquable régularité
I (ans les rues qui débouchent sur le marché de la Neustadt, telles que la Klostergasse à l'est, dont La maison d'angle abrite l'hôtel Stûi/t Wfen, les deux Meissm rgasse, grande et petite, et la R'àhnit^gasse à l'ouest, subsistent encore quelques maisons ou hôtels du premier tiers du xviii* siècle, plus hauts d'ailleurs, mai-- ornés dans le même esprit. Le plus souvent, cette ornementation affecte le portail et les deux ou trois fenêtre- groupées au <entre. ou bien elle décore le pan coupé, à l'angle de deux rues. Plusieurs de ces maisons de- la grande Meissnergasst étaient affe d'ailleurs à des servie,-- publics, entre autre-, le Regierutigshaas hôtel du < rouvernement
Le pont de l'Elbe avait été. avec le temps, ébranlé par l'action des eaux, la débâcle des -lace- Auguste II en prescrivit la réparation. < >n en • en abattant la Belle Porte du XVIe siècle. Les piles furent renforcées, le tablier, élevé d'un mètre environ, élargi au moyen de corbeaux, afin de lais-er un passage aux piétons. Cette transformation s'opéra de 1727 à 1732. Elle entraîna le déplacement du crucifix monumental fondu en bronze par Herold et qui. en 1670. avait été érigé sur le cinquième pilier sud du pont. Auguste II. qui avait eu d'abord l'idée de se faire représenter par une statue équestre. — tel Henri IV sur le Pont- Neuf à Paris. — renonça à ce projet qui aurait ébranlé la solidité de la pile et \ fit replacer le crucifix dont le métal fut doré '.
Au débouché du pont, sur la rive droite, se trouvait un poste de garde. 11 est marqué sur le plan de Dresde de 1706. Le roi voulut avoir là un édifice monumental. L'un de ses architectes français. — Jean de Bodt ou Longuelune, — avait projeté un bâtiment régulier, assez semblable au palais de Trianon, mais dominé par un obélisque formant la mire d'une perspective ouverte jusqu'à la Porte Xoire. La jalousie du Saxon Chr.Knoffel, contre son collègue français, fit échouer le projet du Pyramidengebaûde. Lorsque le bâtiment du rez-de-chaussée, percé de cinq grandearcade- cintrées, fut achevé, on le couvrit d'un toit de circonstance. En
1. En 1845, une crue de l'Elbe le précipita à l'eau avec le pilier qui le portait.
1 75 1, on y ajouta un entresol et, depuis lors, il a servi d'habitation au commandant militaire de Dresde. Actuellement il renferme à la fois le corps de garde de la Netistadt et l'hôtel du ministre de la Guerre.
Les constructions militaires d'Auguste II furent complétées par celle des casernes de la Nenstadt, aujourd'hui détruites et par l'aménagement en Ecole des Cadets, du palais Wackerbarth. sur la Ritterstrasse dont le percement date de 1725. Haut de trois étages, d'apparence très simple
Le Blockhaus (Grand'G-irde de la Neustadt), état actuel (1
à l'extérieur, le Kadettenhaus, aujourd'hui désaffecté, possédait un très vaste manège et un bel escalier qui se voit encore à présent.
Mais le principal édifice de la rive droite et l'un des plus caractéristiques du goût de l'époque, c'est le Palais Japonais. A l'origine, le comte Flemming avait fait construire en 17 15, un grand hôtel particulier en face de l'Elbe. Il le destinait à sa collection de porcelaines. D'où l'appellation primitive de « Palais d'Hollande », parce que, au XVIIe siècle, les amateurs de céramique tiraient des Pays-Bas, les porcelaines de la Chine et du Japon. Auguste II obligea le comte Flemming à lui céder et son palais, et sa collection qu'il accrut de ses achats à Paris et à Delft. D'autre part, à la même époque, l'inventeur européen de la porcelaine dure, Bôttger, commençait à obtenir à Meissen des imitations des produits chinois et japonais. Le roi, qui encourageait de ses deniers les efforts de la fabrique
saxonne, lui prodiguait les commandes, celles notamment de grandes pièces décoratives pour les salles du Palais Japonais . Au r<
aie ne fut donnée qu'en 172g au « Palais d'Hollande ». Dans l'intervalle s'effectuèrent les travaux d'agrandissement, par l'édification d'un bâtiment nord et des deux ailes rejoignant la façade sur
Pbolo Sloe.llner.
PaLiis Japonais Y . — Façade sur le Jardin, regardant l'Elbe.
l'Elbe, ("est aux architectes français. Jean de Bodt et Longuelune, que l'on attribue ce remaniement, tandis qui- l'on fait honneur à Pôppelmann de cette façade et de l'originale cour centrale avec galerie extérieure et balcons supportés par des hermès japonais
Conformément aux plans approuvés par son père, Auguste 111 fit