‹ Dresden, Freiberg & MeissenChapitre 15 sur 32 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

XVIIIe SIÈCLE (SECONDE PARTIE

wiir siècle : période du rococo ». — Règne d'Auguste III. mi de Pologne. — La -t. mu équestn d'Auguste II sur 1'' marché de la Neustadt. — Reconstruction de l'église des Trois Rois. - Construction de l'Église catholique de la Cur; du Rathaus 1741). Palais et maison- privées. — Les tableaux documentaires de Canaletto. — Bombardement de Dresde 1760 -- Introduction du « classicisme ». — Reconstruction des églises. — Nouveaux palais. — Le Landhaus 1 774.' -

Lorsqu'on regarde les portraits d'Auguste III, « on lui trouve, ainsi que l'écrivait Rulhière, je ne sais quoi d'épais 0. Comme souverain, il fit preuve d'un esprit médiocre, d'une apathie invincible, sinon pour la chasse. En 1711- à l'instigation d'Auguste 11. il s'était converti au catholicisme. Élu comme lui roi de Pologne, grâce à l'appui de l'Empereur Charles \'l dont il avait épousé la nièce, il ne suivit les errements de son père, ni dans sa vie privée, ni dans sa politique. N'en ayant point de personnelle il se laissa dominer par le comte Brûhl, au détriment des inté-

rets de la Saxe. Ainsi qu'Auguste II, il avait, dans sa jeunesse, fait son tour d"Europe, visité l'Autriche. l'Italie, l'Espagne et la France. Dans ses débuts, au point de vue artistique, il se borna à suivre les traditions de son père et à poursuivre les travaux ordonnés par lui.

Église catholique de la Cour (1759-1756).

Au début de son règne, s'opéra la reconstruction de l'église des Trois Rois, sur l'emplacement où elle se trouve encore aujourd'hui. Les plans avaient été demandes d'abord à Poppelmann, à qui l'on attribue les fondations du clocher et du chœur; mais la municipalité de la A etistadt, préférait Georges Bàhr comme architecte. Choisi par elle aussitôt après

la mort d'Auguste 11. Bàhr ne vit pas L'achèvement de son œuvre, qui tarda faute d'argent Bien que les sculptures du portail et du chevet appartiennent encore au style baroque, le plan est cependant très modeste et l'intérieur, de forme ovale, avec coupole, très nu.

Encadré de quatre colonnes corinthiennes, orné d'un retable sculpté pari'. Thomae : les Vierges sages marchant à In suite du Christ,

l'autel est la partie la plus intéressante de l'église des Irnb Roi-,, dont le clocher, placé a L'ouest, achevé seulement en 1854-1855 par les architectes ll.elmel et Marx, s'accorde avec le style de L'édifice.

I est en i;ss que fut décidée la construction de l'Église catholique de la Cour. La première en date avait été logée en [707, par R. Le Plat, dans un ancien théâtre désaffecté, le Comœdienhaus, bâti en [664 par G. de LClengel, et Livrée au culte sous le vocable de la Sainte Trinité dont hérita la Hofkirche. Fervent catholique. Auguste 111. désira élèvera ^a religion un monument plus digne d'elle, mais, tout d'abord, il n osa pas braver Les préjugés d'une population foncièrement protestante. f Dans les actes et arrangements préalables, affirme Paul Schumann, il ne fut question que d'un grand bâtiment a édifier entre le château royal et le quai » Au lieu de s'adresser aux architectes officiels : Bàhr, LCnôffel, I de l'.odt, Longuelune, le roi, plus porté par ses goûts vers l'art italien, donna la préférence â un artiste romain. Gaëtano Chiaveri. qu'il avait pu connaître â Varsovie et qui avait déjà travaillé en Russie

(hiaveri vint donc s'installer â Dresde avec plusieurs sous-ordres : plus tard, il appela â lui Lorenzo Mattielli, de Vicence, statuaire, et Le peintre Stefeno lorelli.de Bologne, pour le dessin des statues II fallut loger ces artistes et leurs ouvriers Le terrain laissé vacant devant le Zwinger, leur fut abandonné pour la construction de Leurs baraquements. Le « village italien » ne disparut qu'en 1850 pour le dégagement de la Galerie de Peinture bâtie par Gottfried Semper

Commencée en 1739. la Hofkirche ne fut achevée qu'en 1756. Klle avait été livrée au culte en 1750, avant l'achèvement du chœur. A partir de 1746, les travaux subirent une longue interruption, les rivaux de Chiaveri ayant, par jalousie, propagé l'opinion que la voûte, peusolide, menaçait ruine Découragé, l'architecte, en 1749, repartit pour l'Italie et ce fut un saxon. Chr. Knoffel. qui acheva L'intérieur, les nefs latérales et Le chœur. 11 aurait voulu, assure 1 >oënges, terminer l'œuvre d'après ses propres plans; la mort l'en empêcha Quant à la tour, formée de quatre étages en retraite, à partir d'un fondement ovale qui rappelle le clocher de Sainte-Agnès, â

Rome, elle fut bâtie de 1753 à 1750, par l'architecte en chef Schwarze, sur les dessins mêmes de Chiaveri.

L'emplacement de l'église est oblique par rapport au pont ; la façade regarde le nord-est. Le plan consiste en un rectangle arrondi aux deux

Photo Sloedlne

Intérieur de l'église catholique Je la Cour.

côtés étroits. A l'une des extrémités, l'entrée principale avec le clocher ; derrière le maître-autel, la sacristie, de forme ovale. Aux angles du rectangle, quatre chapelles, dédiées à saint Benno, à saint François-Xavier, au Saint-Sacrement, à la Sainte-Croix. Quatre escaliers latéraux symétriques donnent accès dans les bas côtés.

L'intérieur de la nef principale est relativement sobre et même un peu lourd dans certains détails. Ce qu'il y a de plus gracieux, ce sont les

guirlandes qui accusent lescintresd.es arcades .lu premier étage et les quatre élégantes tribunes écussonnées< blanc et <>r. à l'usage des -ouverains et de la Cour, suspendues par Oberschall autour du maître-autel. Le buffet dorgue, sculpté pur J.-J. Harki, également blanc et or. est m. .in- remarquable que le- portes extérieures Si les proportions de lu

chaire -mit peu en rapport avec les dimensions de la net', cela tient à i c qu'elle avait tout d'abord été -culptée par Permoser pour le vaisseau, plus restreint, de l'ancienne Eglise catholique. A l'origine, P abat-voix portait une énorme couronne royale sur laquelle étaient juche- de- angelots Ce monument de la vanité monarchique d'Auguste II a été remplacé par les instruments de la Passion, groupés en un pittoresque désordre Le piétement aussi a été modifié pour sa nouvelle destination : il supporte un fouillis tumultueux que l'on pourrait définir, suivant le mot de Baudelaire sur les chaire- de Belgique : « Un tohubohu de -\ mboles ! »

(ette chaire e-t un île- spécimens les plus typiques du style baroque dan- lequel e-t conçue presque toute la décoration intérieure : les bancs sculptés, les confessionnaux, les magnifiques candélabres d'argent de l'autel, ciselés par |. h Bauer, d'Augsbourg 1752 et le grand crucifix. monte -ur un piétement semblable. Le style rocaille n'apparaît que dans le beau cadre dore sculpté par Hackl pour le tableau d'autel : Y Ascension, installé seulement en 1766 et peint pur Raphaël Mengs, qui décora aussi les autels de lu Vierge et de saint Joseph, - et dans le- autels de- chapelles Saint-Benno, à gauche, et Saint-François Xavier, à droite. Aux voûte- de- chapelles symétriques hexagonales, réunies deux à deux par un passage particulier, l'humidité a efface, -an- grand dompour l'art, la couleur de- fresques peintes par Stefano Torelli, Maul-

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Statue de saint Jean-Baptiste, parleBernin.

bersch, Palko et J. Thiele. Les tableaux de leurs autels sont dus à Louis de Silvestre (la Cène), Pietro Rotari (Mort de saint François-Xavier), S. Torelli Prédication de saint Bruno ; Palko (Mort de saint Népomucènè et Charles Hutin (le Calvaire . De l'aveu même des critiques allemands, ce dernier est le meilleur comme modelé.

Quant à la statuaire de l'église catholique, elle est tellement abondante qu'il faudrait plusieurs pages rien que pour dénombrer, outre les quatre Lvangélistes placés dans des niches à droite et à gauche du portail, les phalanges d'apôtres, Pères de l'Eglise, saintes et saints taillés dans la pierre, qui ornent les balustrades et les étages du clocher. Il y en a 7 s Mais, l'on n'attribue au ciseau de Mattielli que la sculpture des chapiteaux et des ornements. Conçues dans le style emphatique et théâtral du XVlir siècle, ces statues, dressées au-dessus îles pilastres, n'ont que le mérite de découper sur le ciel des silhouettes qui donnent de la légèreté aux lignes architecturales de la Hofkirche.

Il est beaucoup plus intéressant de s'arrêter, dans l'église, devant le Saint Jean-Baptiste assis, du Bernin. Le sculpteur napolitain, parfois si mièvre, n'a pas affadi le rude ascète, mangeur de sauterelles; tandis que la Lucrèce de Baratta, transformée, grâce à un dessin de R. Le Plat, en Madeleine pénitente et placée au bout de la nef latérale droite, montre toute la distance qu'il y a du maîire ù L'élève.

La Hofkirche a recueilli les fonts de 1721 et un Christ à la colonne

Trésor de l'église catholique de la Cour ; Calice de Drewet et Thelot.

en marbre rouge tacheté, sculpté par Permoser, provenant de l'ancienne église de la Trinité Cette statue a été placée dans le caveau funéraire où sont ensevelis les souverains catholiques de la Saxe.

Le r/résor de la sacristie renferme plusieurs œuvres d'orfèvrerie, intéressantes de différentes époques, entre autres un calice en stj le baroque de 17.20. un autre calice avec pierre- précieuses et divers sujets tirés de l'Histoire -aime 1730 . une monstrance de 174''. et plusieurs plats et

Vue du pont Auguste et de la Hojkirche, au xvur siècle, d'après un tableau de Canaletto.

burettes ciselés par l'orfèvre Drçwett d'Augsbourg, avec ornement- rapportés par ] A Thelot.

Afin de gagner le terrain nécessaire à l'Eglise catholique de la Cour, le roi avait fait ajouter deux piles au pont Auguste, du cote sud On avait conçu l'idée de faire de ce pont de 400 mètre- de long une avenue ornée des statues des souverains de la Saxe, depuis Henri l'Illustre jusqu'à Auguste III Si cet hommage public ne fut pas rendu à la dynastie des Wettin, le dernier d'entre eux et le plus illustre eut un monument sur le marché de la Neustadt. De son vivant, il avait déjà été question

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d'ériger à Auguste II une statue équestre. De Paris, en 17 16, R. Le Plat avait même rapporté une statuette en bronze que l'on peut voir dans la première salle du Grùnes Gewôlbe. C'était d'ailleurs une pièce de cabinet et non un modèle pour le monument à ériger en plein air. Il aurait mieux valu cependant en faire un agrandissement ou adopter le projet élégant dessiné par Jean de Bodt, reproduit par B. Lindau dans son Histoire de Dresde, que d'adopter celui dont le modèle en plâtre se trouve à YAlbertinwn, dans le vestibule d'entrée. Fondue par Wiedemann,

Vue de l'Altmarkt au xviii- siècle, d'après un tableau de Canaletto à droite la façade de l'Hôtel de Ville de 1741 .

d'Augsbourg, en chaudronnerie de bronze doré, cette statue attribuée à Paul llerrmann, a été placée sur un piédestal massif, lourd et mal proportionné. Comme celle de Louis XIV place des Victoires et celle du Grand Electeur à Berlin, elle devait être entourée de quatre figures d'esclaves enchaînés. Ces figures n'ont jamais été exécutées.

En fait d'édifices publics datant du règne d'Auguste III, il n'y a à citer que la Monnaie bâtie en 173S, aujourd'hui démolie et les deux Hôtels de ville de VAltstadt et de la Neustadt.

L'ancien Rathaus de l'Altmarkt, déjà rebâti en 1528, était depuis longtemps insuffisant. Celui que l'architecte Chr. Knôffel éleva en 1741 sur le côté ouest du marché et qui existe encore, était formé de deux

maisons jumelles, à façades très simples dont les trois fenêtres cenréunies par des balcons ornés de jolies balustrades en ter. forment un avant-corps légèrement en saillie, couronné d'un pignon écussonné. I .'une d'elles appartenait à un sieur 1 [agen : on lui imposa la même architecture el les mêmes proportions, de sorte que l'on n'eut qu'à 1 <■ prier plus tard pour doubler la capacité de l'Hôtel de ville. Le Rathaus de la Neustadt, plus simple encore, est de 1750-1752.

1 'est d'ailleurs une époque où l'architecture, à Dresde comme à Paris, se transforme, sous l'influence des théories apportées par les archil français tels que Jean de Bodt, élève de Blondel, et Longuelune, élève de Lepautre L'aspect extérieur des hôtels privés devient plus sobre et plus nu : les façades, presque sans relief, sont rehaussées de quelques ornements discrets, sculptés au-dessus des fenêtres ou moulés dans des panneaux. Toute l'ingéniosité de la décoration s'applique à embellir I rieur des logis où pénètre l'esprit français, le goût de Vint imité, avec l'engouement pour les raffinements du style rocaille.

Parmi les hôtels privés bâtis ou transformés à cette époque, il faut mentionner les deux palais appartenant au comte Brùhl, le tout-puissant ministre et favori d'Auguste NI L'un deux situé hors la ville, dans le faubourg de la Friedrichstadt, appartenait d'abord au duc Frédéric Louis de Wurtemberg [728 : à la mort de ce prince, en 1735, le comte Brùhl l'acheta avec ses dépendances. 11 agrandit l'habitation, Long bâtiment à un seul étage, avec une petite cour d'honneur, précédée de piliers à trophées. 11 agrandit aussi le jardin en y incorporant des terrains attenants, et l'orna de statues. Le principal groupe subsiste encore, au fond du parc : la Fontaine de Neptune, par Mattielli. divisée en trois étages et prolongée par deux statue- de fleuves couches : le Tibre et le Y. . forme une belle ordonnance dont l'architecte français Longuelune a dessiné le plan.

Mattiëlli avait aussi contribué à la décoration de l'autre palais du comte Brùhl, construit en 1737, en face des Ecuries de la Cour : il avait sculpté les deux statues allégoriques placées à droite et à gauche du portail, sur VAngustustrasse : la Sagesse sous les traits de Minerve, cuirassée, 1 isquée, la lance en main, et la Vigilance tenant un miroir, les statues de Flore et de Mêléagre à l'entrée du premier étage. On lui attribue aussi le- deux gracieuses fontaines de la première cour : Amphitrite et Neptune.

A l'extérieur, cet immense hôtel de 23 fenêtres de façade, avait peu d'apparence, mais il comptait 6 cours intérieures et les bâtiments de

derrière, érigés jusque sur le terre-plein du bastion de la Vierge, concédé en 1738 par le roi à son favori, formaient <> un véritable labyrinthe ». Il communiquait avec la terrasse par une galerie couverte pratiquée dans la façade nord regardant l'Elbe. Successivement, ainsi que Ion peu", s'en

Fontaine de Neptune, par Mattielli. Parc du Palais Briïhl-Marcolini (Hôpital civil de la Friedrichstadi).

rendre compte sur le plan dessiné par C. H. Emke, il s'agrandit d'un pavillon de jardin Gartensaal), formé d'un simple rez-de-chaussée: d'une bibliothèque à deux étages, dont les livres, au nombre de plus de 68000, vendus à l'État après la mort du comte, vinrent enrichir la Bibliothèque royale ; d'écuries sur la Terrassengasse ; d'une galerie de tableaux sur le rempart, qui a été démolie au XIXe siècle pour la cons-

truction de l'Académie des Beaux-Arts. Plus loin, une orangerie, une ménagerie, un théâtre . Au delà s'étendaient les jardins, disposés en triangle suivant la forme du saillant du bastion et descendant vers l'Arse nal. récemment restauré. ( >n \ voit encore une ravissante fontaine : l'Enfant au dauphin, sculptée par Gottfried Knoffler, entourée (Time belle grille en ter Le même ciseau a taillé les deux élégants sphinx de pierre assis les bosquets du Belvédère, élevé en 1751 par Michel Keil, sur un plan

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Cour Je l'ancien Palais Briihl.

Fontaine d'Amphitrite. par Mattielli actuellement au Stdndel

ovale, à l'angle même du bastion, juste sur l'emplacement de l'ancien Lusthaus.

De magnificence, l'intérieur du palais témoignait du goût

raffiné du propriétaire. Sur les paliers, comme dessus de portes, des sujets mythologiques en stuc. Aux trumeaux des boiseries, dessines pur Chr. rCnôffel, se jouaient des amours, parmi des instruments de musique ou de jardinage Au plafond de la salle de bal, Louis Silvestre avait brossé la Victoire de Bellcrophon sur la Chimère ; il avait peint aussi les portraits du roi et de la reine, placés sur les cheminées et celui du comte Brùhl < >n peul juger de la splendeur et du luxe de la décoration en visitant la salle de réunion de l'Ecole des Arts décoratifs, spécialement amé-

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nagée pour conserver ce précieux ensemble. On y a transporté aussi la belle grille d'escalier et plusieurs statues du jardin

Après l'occupation de Dresde par les Prussiens, le 14 novembre 1756, le palais Briihl servit de quartier général à Frédéric II, qui laissa dévaster le Belvédère par ses soldats. Pendant le siège de 1760, il en fit la cible de ses batteries. Acheté par la Cour de Saxe en 1792, ce palais fut rasé complètement en 1890 pour faire place au nouveau Stàndehaus (Palais des Etats). Pendant plus d'un siècle et demi, il avait compté parmi les merveilles de la ville

Fontaine des j irdins du Palais Bruhl (auj jurd'hui promenade de la Terrasse)

L'un des plus élégants hôtels de cette époque (et celui-là fut sauvé par les destinations qui lui ont été assignées), le palais Cosel, avait été bâti sur l'emplacement de l'ancienne poudrière. En 1744, le terrain fut donné à l'architecte de la cour, Chr. Knoffel, qui y construisit un-hôtel à quatre étages. De cet hôtel rebâti par Schwarze après le bombardement de 1760, subsiste le bâtiment principal au fronton triangulaire, a^Vec une balustrade ornée de vases et d'amours, entourant le comble. Cinq fenêtres cintrées au premier étage, surmontées d'œils de bœuf, donnent jour sur l'ancienne salle des fêtes. Sous un balcon à grille élégante, on peut admirer une charmante fontaine à dauphin sculptée par Knoffler.

Non moins jolie est la fontaine analogue placée dans la cour du palais lloym [Harmoniegebaùde dont la façade à 13 fenêtres, sur la Land-

hausstrasse, serait l'œuvre de Chr. K.nôffel. Malgré sa simplicité, cette fontaine est beaucoup plus réussie que celle, trop < hargées «le figures et d'animaux, dont G. Knôffler décora la cour ouest du palais .1/// Taschenberg, remanié au milieu du XVIIIe siècle, après l'acquisition de maisons situées sur La petite Brudergasse, et où l'on décora dans le style ci rococo >• la chapelle particulière créée en 1719, pour l'usage du prince héritier et de sa jeune épousée

De ce temps dataient encore Le palais Boxberg, élevé en 1750 dans La Waisenhausstrasse et démoli en 1899, palais à façade convexe semblable a une commode ventrue, au fronton contourné, mais dont la décoration intérieure: boiseries, stucs, médaillons, cheminées en porcelaine et le salon au plafond peint par le peintre saxon Ad. l'r. (Hser. étaient tort élégamment conçus dans h- style 0 rococo » ; dans la 5 eestrasse, l'hôtel Mos chinska, de 1740. aujourd'hui démoli et le Ministre-hôtel, de 1753, anciennement affecté aux bureaux des Ministères et bâti sur la muraille même du bastion, ainsi que le rappelle le nom : .1// der Mauer, de la rue où il a son entrée.

Le Palais de Guirlande doit aussi a Knoffel ou à son école une partie de sa décoration, sa charmante façade aux attributs guerriers, avec balcon en fer ouvragé et doré, son escalier a double révolution précédé de groupes d'enfants-lampadaires. Quelques pièces du premier étage ont conservé leurs intérieurs en style rocaille, avec dessus de portes à sujets mythologiques par Louis Silvestre, du temps du chevalier de Saxe, prédécesseur du prince de Courlande, leurs glaces d'entre-deux sur consoles. La grande galerie avait des panneaux en boiseries sculptées avec trophées dorés, encadrant les portraits en pied d'Auguste III et de la reine. Les pièces du rezde-chaussee ont été défigurées par les bibliothèques du Collège de Médecine qui occupe actuellement ce palais.

Il reste encore dans les quartiers voisins du château et des deux principales églises, beaucoup de maisons décorées dans le même esprit. L'une des plus caractéristiques est le n" 14 de la Frauenstrasse, au portail cintré surmonte d'une frise représentant une vigne où des entants vendangent, surveilles par un Jaillis à double visage; le pan coupé de la maison porte un erker sculpté dont les sujets font allusion au métier de tonnelier qui (''tait celui du propriétaire Je signalerai aussi, dans la Sporergasse, un erker à double étage, orne de guirlandes de feuilles et de fruits en Lambrequins, et de chiffres entrelacés de rubans et de feuillages.

Bien que les monuments du style baroque et du 0 rococo » soient restes

nombreux, malgré toutes les causes de destruction qui ont contribué à les faire disparaître, on a une vision encore plus exacte de la Dresde du XYiir* siècle par les tableaux de Bernardo Belotto, conservés au .Musée de peinture ou même par ses estampes. Comme il travaillait au moyen de la camcra oscura, ses perspectives sont d'une fidélité photographique, avec cette particularité que son pinceau a paré Dresde et ses environs : Pirna .

Kcenigstein, d'une tonalité chaude et d'une lumière dorée, beaucoup plus vénitiennes que saxonnes.

Dans son voyage en Italie, Auguste III avait admiré les vues de Venise, par Antonio Canale, oncle de Belotto, et conçu l'idée de l'attacher à son service.

Xe pouvant déterminer l'oncle à s'expatrier, il appela à lui le neveu, qui s'attribuait d'ailleurs le même surnom :

Canaletto, et lui donna le titre de peintre de la Cour .Mais Belotto travailla à Dresde beaucoup moins pour le roi

que pour le premier ministre. Le comte Brùhl forma de la sorte toute une galerie de Canalettos documentaires, mais à la mort du ministre, le peintre, ruiné d'ailleurs par l'incendie de son atelier lors du bombardement de 1 >resde, n'avait pas touché un sou de son travail. Le roi intervint alors auprès des héritiers et se chargea de payer à l'artiste les 4200 florins qui lui étaient dus. ( "est ainsi que les tableaux de Canaletto entrèrent à la Galerie royale.

Boiseries et peintures de l'ancien salon du Palais Brùhl (xviu" siècle). (Salle de réunion de l'Ecole des Arts décoratifs).

;o DRESDE

Alors que son père était allié de la Prusse, Auguste III. par deux >sa entraîner dans le parti de l'Autriche. L'alliance autrichienne transforma la Saxe en un champ de bataille pendant plusieurs campagnes successives Au début de la guerre de Sept ans, Frédéric 11 l'envahit déclaration de guerre : aisément vainqueur à Pirna de l'armée saxonne, il traita l'Electorat en pays conquis Pendant la durée de cette -. féconde en péripéties, Dresde fut assiégée, prise et occupée tantôt par les Prussiens, tantôt par les Autrichiens Frédéric II s'acharna à la leur reprendre II échoua par deux fois et dut se retirer vers la Silésie, après le terni île et inutile bombardement de VAltstadt, qui sévit du 12 au 30 juillet 1760.

Il --en il île que ce bombardement qui brisa dans le < ira ml | arc lin <1 innocentes statues, effondra deux faubourgs, incendia ou démolit 800 maisons. détruisit la plupart des églises, -corresponde à une date dans l'évolution de l'art saxon. Certes, après 1760, le règne du « rococo » n'avait pas en< ore pris fin. La façade qui témoigne le mieux de ses exagérations Morit;strasse, n 8 est de 1763. .Mais la réaction contre le goût des lignes sinueuses commençait à se faire jour et la nécessité, imposée par les 1 inconstances, de rebâtir un grand nombre de palais, d'églises et de maisons privées, contribua peut-être à faire prévaloir un idéal architectonique et ratil plus --impie, plus symétrique, le goût de la ligne droite, des surfaces nues

C'est ce que les Allemands appellent la période du « classicisme » ; elle correspond chez nous au style LouisXVI. Son avènement résulta de la découverte des antiquités d'Herculanum, des théories esthétiques de Jean Winckelmann. Peut-être aussi, cette austérité fut-elle d'autant mieux accueillie à Dresde qu'après la paix d'Hubertusburg 15 février 1763 la Saxe était ruinée et le Trésor à sec

I-11 ce qui concerne les églises: la Kreu^kircheetVAnnenkirche, toutes deux démolies et incendiées par le bombardement de 1760, le style dans lequel elles furent reconstruites peut être considéré comme un style de transition. L'extérieur de YAnnenktrche nous a été conservé, la restauration de 1907 n'ayant affecte que l'intérieur. Le clocher date, il est vrai. de [823 seulement, mais la nef a été bâtie par Schmidt, de 1764 à 1769. ' esl un rectangle dont les murs sont revêtus de pilastres corinthiens. groupés par deux sur les cites arrondis, c'est-à-dire au chevet et à la façade; le comble, brise, est percé de fenêtres mansardées

Quanta la Kreu^kirche, on avait, le 16 juillet 1764, posé la première e du nouvel é lifice, ci >nçu d'après les plans de Jean-George Schmidt.

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élève de G. Bàhr. La bâtisse avait été menée jusqu'au premier étage lorsque l'immense tour s'écroula. Ce désastre, trop facile à prévoir, obligea à démolir ce qui restait de l'église du xvi" siècle et ruina la confiance qu'inspirait Schmidt. Celui-ci dut se retirer et céder la place à Exner. Le Conseil décida que, pour l'intérieur, on continuerait à suivre les plans primitifs ; ceux d'Lxner furent adoptés pour la façade. Quant au clocher dont on ne s'occupa qu'en 1778, l'architecte de la Cour, Holzer, l'éleva selon ses vues. C'était un disciple de Krubsacius, le principal promoteur du strie « classique », de sorte que. grâce aux tendances d'Exner et de Krubsacius, le style de la construction évolua, comme le siècle lui-même, du « baroque » au « classique ».

La Kreu^kirche ne fut consacrée qu'en 1702 et complètement achevée qu'en 1800. Cependant.

l'ensemble ne manque pas d'élégance, avec ses pilastres corinthiens, ses trois étages de pots à feu, ses quatre statues allégoriques debout sur Tattique, au pied du clocher On

peut en juger encore aujourd'hui, car l'extérieur a été conservé après l'incendie de 1897, qui consuma le tableau dont le peintre saxon Zeisig. dit Schenau (1737-18061, avait décoré le maître-autel : Jésus entre les deux larrons, œuvre assez faible et peu déplorable. Seule, l'architecture intérieure a été complètement transformée à la fin du XIXe siècle.

Façade et erhr en pan coupé du n° 14 de la Frauenstrasse fstvle rococol.

Le successeur d'Auguste III, mort le 5 octobre 1763, son fils aîné,

Frédéric-* Christian, ne régna que quelques mois sur L'Electorat. Le < adel . Xavier, qui avail servi dans les armées françaises, fut le tuteur de son m. Frédéric-Auguste III. Le règne de ce prince fut aussi économe que celui «les deux Auguste avait été dissipateur. Mais le faste des rois de Pologne avail eu sur l'art une influence bienfaisante, tandis que, dans la seconde partie du xvm siècle, l'art dépérit en Saxe. En cette ère, l'Electeur s'en remettait aux avis de son confident italien, le Marcolini.

Le seul édifice important construit à Dresde sous le règne de Frédéric- Auguste III est le Landhaus. L'emplacement choisi fut celui de l'ancien hôtel Flemming, possédé successivement par la comtesse Orzelska et le comte Sulkowski et qui avait beaucoup souffert du bombardement de [760. A la suite d'un concours ouvert entre les architectes pour le palais de la Diète, on adopta le plan d'Exner et Krubsacius, plan essentiellement 1 iassique 1 La façade sur le jardin se voil de la Kœnig-Johanntrass( ; un peu plus ornée «pie celle qui donne sur la Pirnaïsche Strasse, elle forme un avant-corps à deux ressauts dont le plus saillant est divise par des pilastres ioniens Précédé d'une cour que le sculpteur J. Ch. Feige le jeune a décorée de fontaines, le portail donne accès .1 un magnifique escalier à double révolution, orné de rampes élégantes Bien que très nu a l'extérieur et d'apparence assez triste, il est à désirer que ce vaste édifice, aujourd'hui désert depuis qu'un palais neuf, le StândchailS, a été construit pour les Etats de Saxe, soit conservé et affecté à quelque service public.

l'n autre spécimen du style « classique » est le palais du prince < ie< »rges, Zin\endorf strasse. L'ancienne villa de plaisance du xvn'' siècle acquise E 5 par [ean-l reorges 111. qui l'avait donnée à sa favorite, Suzanne de Zinzendorf, avait été endommagée pendant le siègede 1758 Six ans après, le chevalier de Saxe, fils naturel d'Auguste II. acheta cette propriété, alors suburbaine et y fit construire, en 1770. par Krubsacius, un palais qui n'eut d'abord qu'un étage et un comble mansardé. Le second étage .1 été ajouté lors de la reconstruction de [855, qui modifia l'ordonnance de la façade sur la cour. La façade sur le jardin est fort simple : un balcon ceint d'une jolie balustrade, des casques, cuirasses et trophées sculptes par Knoftler. en font tout l'ornement: mais elle donne vue sur un parc dessiné 1 à l'anglaise : ruisseau, ruine artificielle, pavillons de repos, temple bâti par Weinlig Quelques statues de Mattielli, provenant de l'ancien palais Brûhl de la Fricdrichstadt, acquis en 1771 par le comte Marcolini, y ont trouvé place

Le nouveau propriétaire fit modifier l'ordonnance de la cour de ce palais par J. D. Schade, avec la collaboration des sculpteurs Dorsch et Wiskotschill; il compléta la fontaine de Neptune avec des vases de grés, sculptés de reliefs à sujets antiques. Diverses statues représentant des héros de l'antiquité : Thémistocle, Alcibiade, Périclès, Mutius Scévola. Thomyris et Thalestris, ouvrages de Wiskotschill. furent placées dans le jardin. Depuis que le palais 3Iarcolini a été acquis en 1845 par la Ville et converti en hôpital, plusieurs d'entre elles ont été transportées sur la Bùrgerioiese.

Dénuée d'originalité, froidement copiée sur les antiques, la sculpture avait bien dégénéré en Saxe à la fin du XVIIIe siècle. Pour s'en convaincre. il n'y a qu'à comparer aux amours et aux trophées de Knoffler les hermès à la chinoise dont Wiskotschill a orné la cour du palais Marcolini ou les lions ridicules de Dorsch, qui rugissent à sa porte.

Buste en marbre d'Auguste IL par Paul Herrmann (xvin0 siccle [Albertinum).

Cinq pièces du service à thé en or émaillé. exécute p.ir J. M. Dinglinger.

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