CHAPITRE VI
LES MUSÉES DE DRESDE
Dresde est une des villes d'Allemagne Le plus riches en col] artistiques; dix musées, appartenant à la Ville ou à l'État, s'offrent à la curiosité des visiteurs, [out au plus m'est-il possible de les mentionner au passage dans les divers chapitres de cet ouvrage. Il convient cependant de tirer de pair les deux plus célèbres collections: le Grûnes ■ la ' ralerie île Peinture
Elles ont d'ailleurs une commune origine Sous le duc Georges, le [Trésor renfermait déjà des joyaux et des pièces d'orfèvrerie; il s'accrut abondamment par la suite, aux XVIe et xvii' siècles. Le Kunstkammer Cabinet d'Art des Électeurs de Saxe fut créé en 1560 par Auguste Ier. Il y rassembla non seulement des tableaux et des gravures sur buis et sur cuivre, mais tout ce que l'on a appelé plus tard des •■ curiosités Collectionneur par goût, ce prince s'intéressait à la fois aux œuvres d'art, aux sciences, à I 1 nie. aux objets industriels
Les instruments les plus anciens de la 0 Collection mathématique », exposée aujourd'hui dans un pavillon du Zwinger, ont été acquis de son
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temps. Les plus intéressants au point de vue de l'art, sont les horloges astronomiques du xvi" siècle, qui se fabriquaient, en général, non en Saxe, mais à Augsbourg et à Nuremberg. Quelques spécimens de ces horloges ont d'ailleurs été attribués au Grùnes Gewôlbe.
G R U N E S G E W O LBE
L'installation de tous les objets de valeur et de curiosité, qui s'étaient accrus au XVIIe siècle, sous le règne des quatre Jean-George, de nautiles
Photo Belle. Berlin.
Plat en émail de Limoges : la Béte de l'Apocalypse [Gi ine Gt ôlbe),
et d'œuls d'autruche, aux montures d'orfèvrerie les plus variées, d'émaux de Limoges, de meubles incrustés de nacre et de mosaïques italiennes, — remonte au temps d'Auguste II. Le roi de Pologne fit réviser l'inventaire du Trésor, se réserva les objets les plus précieux, en exclut certaines pièces, qui trouvèrent place dans les musées créés au Zwinger et contribua puissamment à enrichir la collection par se> acquisitions de bronzes italiens. — copies d'antiques pour la plupart. — et par ses commandes à l'orfèvre J. M Dinglinger.
Sous peine de tomber dans les énumérations de catalogue, je ne puis entrer dans le détail du contenu de chaque salle. Je me bornerai donc à signaler les productions des artistes taxons ou du moins de ceux qui ont exercé leur industrie en Saxe et à citer les pièces les plus remarquables parmi celles qui sont de provenance étrangère.
ndateur du Kunstkammer \ Auguste 1 se plaisait à tourner
l'ivoire : mais il achetait aussi, pour son cabinet, des pièces ciselées par
roiriers à sa solde, tels Georg Wecker, de Munich, et Gilles Lobenick,
logne, dont le Griines Gewôlhe nous a conservé des œuvres di
leur. Dans la salir des [voires, on admire le surtout de table en forme de
Double portrait, par Louis Silvettre, d'Auguste II, roi Je Pologne et de Frédéric-Guillaume Ier. roi de Prusse Galerie de Peinture-^
frégate, portée par un Neptune (1620 dû à Keller, de Deutz; .la Chute dt Lucifer, 142 figurines groupées par M. Barthel, de Dresde ''-+- 16941 mit un morceau d'ivoire de t * • pouces de long sur s de large : des travaux de B Permoser : Hercule et Omphale, les Vierges sages et les Vierges folles : des hanaps dont le plus élégant est le hanap de chasse orné par li' joaillier de la i-mir KLôhler, d'un cortège de Diane.
Sous le règne de Christian II. mort à wjjgt-huit ans ,>l de son frère
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Jean-Georges I", l'orfèvrerie saxonne brilla d'un vif éclat, grâce au talent des Kellerdaler. Hans. l'aîné, est l'auteur d'un élégant petit autel domestique de 1607; Daniel', en 161 7, exécuta le bassin de baptême en forme de rosace ecclésiatique, qui a servi aux princes de la maison de Saxe, magnifique travail au repoussé, divisé en plusieurs champs, à sujets
Photo Belle. Berlin.
Bassin de baptême des princes de Saxe, par Daniel Kellerdaler (1613-1615)
religieux tirés de l'Ancien et du Nouveau Testament, et une aiguière à eau de roses en vermeil, qui porte à son sommet le roi Midas (162g).
La salle de l'Argenterie (Bùffetkammer) est remplie de hanaps de toute espèce: l'un d'eux, fondu par (i. .Mond, de Dresde, s'épanouit en ombelle; un grand nombre affectent la forme de grappes de raisin ; d'autres
1. 11 était aussi graveur. Le Cabinet des Estampes de Dresde possède des planches en cuivre doré, gravées par D. Kellerdaler.
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celle d'oiseaux ou d'animaux réels ou fantastiques, tels que des gxifl Un basilic hérissé ouvre une gueule à la denture horrifique. D'autres enfin, sont ornés de personnages : saint Christophe, saint Georg
■ '.. Hercule portant la sphère céleste Si, parmi ces objets, il en est qui nous font sourire, comme de puériles amusettes. d'autres constituent
• à bijoux en ébéne et argent, de l'Electrice Sophie (travaildeW.Jamnitzer.de Nuremberg, xvic siècle).
de véritables œuvres d'art. Il en est ainsi de la corne à boire, incrustée de rubis et ornée de figurines en email blanc, ciselée en [651 par un orfèvre de Copenhague, Kaspar Ilerbach.
La salle dite Pretiosensaal renferme aussi de nombreuses pièces qui ne sont pas seulement précieuses par la matière employée : cristal de roche, perles, pierres rares, maisencore par la mise en œuvre Tel est Le cas de l'archange sain) Michel en émail, orne de pierres rares, qui se trouve dans le cabinet d'angle : du crucifix en cristal, avec figurines email
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lées de la Vierge et de saint Jean, par un orfèvre de Dresde, 'Gabriel Gipfel ; du miroir émaillé à facettes de l'Electriee Sophie; de la coupe avec le Jugement de Salomon peint sur émail et incrustée de rubis, par S. Klemm, de Freiberg (1656).
Quant à la joaillerie, elle est merveilleusement représentée dans les vitrines de la Salle des Joyaux, avec les chaînes d'ordres et les chaînes
Chaîne d'honneur et pendentif Grimes GetvÔlbe, salle des Joyaux
d'honneur du XVIe et du début du XVIIe siècle. Plusieurs sont intéressantes par la nature des sujets traités en émail dans les pendentifs : la Sirène, le Jugement de Paris, etc.
Auguste le Fort a personnellement accordé sa protection aux orfèvres Il avait rassemblé une quantité énorme d'orfèvrerie dont il fit une exposition au « Palais d'Hollande », en 17 19, lors des fêtes du mariage de son fils Frédéric-Auguste II avec l'archiduchesse Marie- Josèphe d'Autriche. De ces splendeurs, il reste deux guéridons en argent repoussé,
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du style baroque, clans les appartements du château, et de grandes pièi es d'orfèvrerie, au Grimes Gewôlbe, telles que le bassin à laver en or repoussé par André rhelot, d'Augsbourg 1711 . des réservoirs à glace ovales, par un autre orfèvre d'Augsbourg, J Biller.
Mais l'artiste < 1 ni a le plus travaillé en ce temps pour La Cour de Saxe, 1 es1 I M Dinglinger Ses œuvres, qui forment l'une des principales attractions du Grimes Gewolbi . sont caractéristiques du goût de l'époque
Il était originaire de Biberach, près d'Ulm Après avoir appris à Augsbourg le métier d'orfèvre, voyagé en Italie et peut-être en France, il vint à Dresde en 1694. Dans ses débuts, il sertit des joyaux pour l'Electeur Jean-Georges IV. travailla ensuite pour Auguste II, qui le nomma joaillier de la Cour et voulut l'avoir près de lui à Varsovie 11 revint en 1702 se fixer à Dresde et c'est là qu'avec l'aide de ses frères ( r& trges-I rédéric et Georges-( Christophe, dont l'un était émailleur, il produisit ses ouvrages d'art les plus renommés.
On peut diviser les œuvres de Dinglinger en deux catégories : celles formées d'une seule matière, pierre dure ou tendre, comme les coupes en néphrite, les deux vases en pierre de Kelheim. le vase en fer ciselé ou le service à thé : quarante-cinq pièces en or émaillé : celles dans lesquelles l'artiste fait concourir à l'ornementation toute- sortes de ma tières, les pierres dure-,, le- perles, l'émail, l'ivoire, l'or et l'argent. 1 .-1 est le cas pour les trois pièces du Printemps de la Vie, des Meilleures Joies de lii Vie et de la Fin de la Vie, pour le Bain de Diane, le Triomphe de Bacchus Grand connaisseur en gemme-, Auguste II encouragea son joaillier favori à l'emploi des pierres précieuses. Aussi l 'Obeliscus Augustalis élevé à sa gloire, emprunte-t-il une grande partie de sa valeur à la quantité de pierres et de camées qui y sont incrustés
Cet amalgame de matières aussi différentes de nature et de couleur nuit à l'effet d'ensemble et produit une impression de confusion. Ce goûl -ingulier qui procède à la fois d'influences italiennes, hollandaises et françaises, car Dinglinger n'est pas sans avoir connu les albums de « grotesques » de Bérain, fait déchoir à nos yeux cet art bigarré et touffu presque à la minutie d'un travail de patient ajustage et donne à de- compositions comme la Cour du Grand Mogol ou le Bœuf Apis l'aspect un peu puéril d'un jouet prodigieusement luxueux pour enfant de roi J. es contemporains n'en jugeaient pas ainsi, témoin l'amoncellement au cabinet d'angle du Pretiosensaal, de babioles fabriquées avec des perles difformes, et de figurines d'ivoire animées par un mouvement d'horlogerie, exécutées par les joailliers Ferbeck et Kôhler.
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Dans les vitrines des autres salles, on trouve un peu partout, de ces menus objets remarquables surtout comme travaux de patience : des boules en ivoire à la chinoise, emboîtées l'une dans l'autre, des noix de prière, et les célèbres noyaux de cerises sculptés, offerts à l'Electeur Christian I" ; l'un d'eux porte 185 tètes ciselées à la loupe
.Hais ce qui, dans ces salles du Grùnes Gewôlbe, offre, à nos veux du moins, peut-être plus d'intérêt que les objets exposés, c'est la décoration variée et originale dont elles sont revêtues, formée de marbres de couleurs, ou de boiseries, ou de verre rehaussé d'ornements peints en rouge ou en or et sur lesquels s'appliquent des consoles finement sculptées et dorées, de style baroque Le Pretiosensaal est peint en vert et or, avec consoles dorées à baldaquins, profilées dans le goût de Bérain. Mais rien n'égale pour la grâce élégante, le cabinet d'angle, avec ses pilastres de bois doré, ses consoles sculptées de mascarons, de griffons et de nègres fantasques.
La petite pièce aux Porcelaines, au second étage sous la tour centrale, qui date du XVIe siècle, a reçu vers 1730, uneornementation d'une conception analogue. Il est juste de rappeler que l'influence française s'est exercée sur cette décoration, celle de R. Le Plat pour les salles du rez-de-chaussée attribuées à POppelmann et auxquelles a travaillé J. J. Kandler, à ses débuts; celle de Longuelune pour le Cabinet des Porcelaines.
Les Meilleures Joies de la Vie, ouvrage de J. M. Dinglinger et de ses fils.
ÛRES
GALERII DE PEINTURE il CABINE! DES ESTAMPES
Dans le Kunstkammcr d'Auguste I figuraient déjà quelques-uns
des tableaux allemands les plus anrieus de l.i Galerie royale : Ailam et Eve de 1.. Cranach le Vieux, les charmants petite paj sages a l'aquarelle de
liai]. Bol I534 ■-
D'après la préface du Catalogue officiel de Wcermann, de [587 à 1640.
le Cabinet s'était augmenté seulement de quelques petite tableaux de Hans Bol. de. sept Scènes de la Passion sorties de l'atelier de Durer, et autres panneaux allemands anonymes, et de quelques œuvres capitales de Cranach père
LucasCranach le Vieux est le principal maître de l'école saxonne. Dans la première moitié du XVIe siècle, il a eu. grâceà son talent, à sa prodigieuse fécondité et à la faveur dont il jouit auprès des princes de Saxe et notamment des Electeurs dont Wittemberg, sa résidence, était la capitale, une réputation universelle.
Avant d'adhérer au culte réformé et de se lier avec Luther et Mélanchton, dont il fit maintes fois le portrait. Cranach. à partir de 15 10, avait beaucoup travaillé pour les églises et peint un très grand nombre de tableaux religieux. Il traitait en même temps !,•»
sujets profanes, tire, de l'antiquité, que 1' « humanisme » de la Renaisavait mis a la mole, mais avec une technique embarrassée dans
le- entraves de l'art du moyen âge
Comme peintre de nudités. Cranach figure au Musée de Dresde avec
Adam et Eve et le double panneau de Lucrèce et de Judith', comme
Portrait en armure du duc Henri le Pieux par Lucas Cranach le Vieux 1537 .
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peintre religieux, avec un Ecce homo, très expressif, Jésus au Jardin des Oliviers, le Massacre des Innocents.
Nonobstant les dissensions religieuses et les animosités politiques qu'elles suscitèrent entre les deux branches de la maison de Wettin,
Ebauche, par Lucas Cranach le Jeune, du portrait du margrave Joachira II, de Brandebourg
Cranach fit aussi les portraits des princes de la lignée Albertine, c'est-àdire ceux du duc Georges et de sa femme Barbe, comme donateurs, dans le triptyque de la Descente de croix, à Meissen, et deux fois celui d'1 lenri le Pieux, à vingt-trois ans de distance, mais avant l'avènement de ce prince, qui régna peu. Dans le dernier, daté de 1537, le duc âgé, barbu, revêtu de son armure, s'appuie sur sa rapière, l'air pensif. Dans le premier, qui a pour pendant celui delà duchesse Catherine de Mecklembourg,