‹ Dresden, Freiberg & MeissenChapitre 18 sur 32 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

LA DRESDE MODERNE

xix8 siècle et début duxx'-. — Période de l'Empire français. — Epuisement artistique. — Retour au moyen âge ; le romantisme. — L'école de Dusseldorf, son influence sur la peinture et l'architecture. — G. Semper et ses créations : Le Théâtre de la Cour, le Musée de Peinture. — Imitation du style Renaissance. — Monuments construits depuis 1870. — Le modern-styl : agrandissement de la Ville. — Le Musée des Arts industriels. — Peinture et sculpture contemporaines. — Promenades et jardins. — La grâce de Dresde.

Les vingt premières années du XIXe siècle furent infécondes au point de vue de l'art. Toute sève créatrice paraît alors épuisée et la Saxe ne possède même pas un David

Retentissante du fracas des armes, agitée par les bouleversements politiques, l'époque napoléonienne, loin d'être favorable aux arts, cause des ruines : le 13 mars 18 13, malgré la résistance de la population, le maréchal Davout fait sauter deux arches du pont, rupture inutile puisque, Napoléon, quelques jours après, le fit rétablir pour le passage de son armée ; la grande bataille livrée le 26 août sous les murs de Dresde,

ne de nouveaux dégâts dans le Grand Jardin. Puis, après les revers des Français, les Russes prennent possession de La ville II- y demeurent jusqu'à ce que le Congrès de Vienne ait réglé le sort de la Saxe,démembrée au profit de la Prusse, et celui de son roi, considéré comme traître. dépossédé et maintenu en captivité par les Alliés.

Naturellement, l'architecture, régentée par le classique 1 h> irmej er, ne produisit rien pendant ces temps troublés, si ce n'est le pauvre monument élevé au général Moreau, par ordre d'Alexandre Ier, sur le coteau de Racknitz. Mais la dictature du prince Repnin, gouverneur de Dresde pendant l'occupation russe, fut avantageuse aux habitants, en ce sens qu'ayant tait, pour sa commodité personnelle, bâtir un escalier à l'extrémité «le la terrasse Brûhl, il ouvrit au public l'accès de cette terrasse qui fut surnommée le « Balcon de l'Europe ». L'architecte Schuhricht, à l'autre extrémité, éleva le café-restaurant du Belvédère qui fut bientôt très fréquenté. Il a été reconstruit et agrandi en [841, par Wolframmsdorf.

A cette période se rattache encore un fait très important pour l'histoire du développement de la cité. Dresde, dont la population, de 21 000 âmes seulement en 1699, atteignait 63000 habitants en 1752, étouffait dans ses fortifications. Après le bombardement de 1760 qu'elles avaient été impuissantes à conjurer. Auguste III avait projeté de faire démolir l'enceinte et de remplacer les glacis et les fossés par des promenade- Mais ce projet n'avait pas eu de suites En 1S09, Napoléon avait prescrit la démolition des fortification-, la défense de la Saxe devant être assurée uniquement par la citadelle de Torgau. Cette démolition, interrompue en 1812, à cause des revers delà campagne de Russie, fut reprise en 1S17 et menée à terme

Dans la période subséquente, il n'y a à signaler que la construction de deux pavillons d'entrée à la Porte Blanche, édifiée un siècle plus tôt dans la Neustadt, et celle de la drand'Garde de VAltstadt, bâtiment de style pseudo-grec, dû à l'architecte Schinkel de Berlin 1830 . Dans la sculpture, un seul nom mérite d'être cité, celui de Franz Pettrich [770-1844 : encore ne trouva-t-il guère à produire son talent que dans les monuments funéraires. La rigidité glaciale du style Empire, convenait au dessin des cénotaphes. Il n'y a encore rien d'original, ni d'allemand, dans l'art saxon de cette époque.

La création de la Société de- Antiquités de la Saxe, en 1825. rappela l'attention sur les œuvres îles peintres et sculpteurs du moyen âge et permit de les grouper en un musée, actuellement installé au Palais du Grand Jardin. Cette résurrection ne produisit pas en Saxe une influence aussi

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profonde qu'en France. Cependant on peut faire procéder du romantisme le courant intellectuel qui remit en vogue l'architecture ogivale et produisit des pastiches tels que la fontaine Gutschmidt, érigée par G. Semper en 1843, sur la Place de la Poste, en souvenir du choléra qui épargna Dresde; l'extérieur gothique, avec deux flèches ajourées, plaqué en 1864 sur la Sophienkirche par Fr. Arnold, qui avait rebâti dans ce style sur la Bùrgerwiese, l'Ecole Sainte-Croix, fondée en 1557 par Auguste Ier.

Salle des fêtes du Château royal, bâtie par Woltrammsdorf, décorée par Bendemann (1842).

Mais c'est là de ce gothique conventionnel et faux, correspondant à celui qui était goûté chez nous sous les règnes de Charles X et de Louis-Philippe et qui inspira les artistes de l'Ecole de Dusseldorf.

De cette école qui exerça une influence très marquée sur la peinture saxonne de 1830, provenait le peintre Bendemann qui fut appelé par le roi Frédéric-Auguste II à décorer les salles du château nouvellement reconstruites par Wolfram m sdorf. Dans la salle du Trône, qui servait alors à la convocation des Etats, il peignit à fresque : au-dessus du trône, une « Saxonia », encadrée d'allégories: la Justice, la Sagesse, la Valeur et la Modération ; aux murs, les figures des grands législateurs de l'humanité, anciens et modernes. Fa frise représente le Cycle de la Vie humaine.

depuis l'enfance jusqu'au trépas, en épisodes tirés tic-- coutumes des l rre< s Les sujets traités dans la salle des Fêtes sont également empruntés à l'antiquité. Hntre les quatre fenêtres et vis à-vis. six figures --ur fond d'or, personnifiant les Arts : Peinture, Architecture, Sculpture. Danse, Musique et Comédie. Ce sont ces deux dernières et celle «le la Sculpture qui sont le plus appréciées Les petits trumeaux supérieurs, représentent, sur fond d'or également, les [rois Grâces, les Muses, les Parques, etc. D'autres sujets, historiques nu allégoriques distribués en deux étages, remplissent les grands panneaux. Il y a en outre deux dessus tic portes. Sur place, ces peintures, pleines d'intentions philosophiques, au dire de Droysen qui les a commentées, n'intéressent guère le visiteur, à cause de leur ton terne et fade, d'un classicisme à la Paul Delaroche. Sous le burin savant du graveur Hugo Biirkner qui les a reproduites, elles acquièrent plus de relief, témoignent d'un dessin habile et correct et même d'une assez grande variété d'invention.

De Itusseldorf aussi vinrent Julius Hùbner, qui peignit le rideau d'avant-scène de la salle de l'Opéra, construite de 1839 a 1 841 par Gottfried Semper, et Ludvvig Schnorr de Carosfeld, qui fut directeur de la Galerie de Peinture II a peu produit à Dresde Aux murs des trois plus /astes malles du .Musée Historique, on a appendu, au-dessus de- collections d'armes, les immenses cartons des fresques qu'il peignit pour la Résidence royale à Munich.

Dresde doit à Gottfried Semper les deux principaux monuments qui ont contribué à l'embellir dans la première moitié du XIXe siècle, mais Semper qu'elle revendique comme un de ses plus remarquables architectes, n'était pas Saxon. Né en 1804 à Altona (Holstein . il s'était formé à Paris et par des voyages en Italie et en Grèce. Il fut appelé en 1834 à Dresde sur la recommandation de Schinkel et, dès l'année suivante, comme il était question d'élever une statue au roi Frédéric-Auguste 1 mort en 1827 cette statue, œuvre de Reitschel, a été érigée en 1843, dans la cour du Zwinger . il établit un projet tendant à transformer entière • les alentours de ce palais. Il nous a conservé lui-même, dans la préïption du Théâtre de la Cour, le plan de cette transformation.

( »n se rappelle que la galerie nord du Zwinger, projetée par Pop-

pelmann, n'avait jamais été élevée etque, de ce côté, un mur en charpente

fermait le palais Cette clôture provisoire qui avait duré un siècle. Sem

per la jetait bas; il ouvrait la perspective jusqu'à l'Elbe. Les maisonnettes

village italien » qui la bouchaient, il les rasait; il déplaçait aussi la

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Grand'lrarde et la rebâtissait parallèlement au fleuve. Sur le prolongement des deux pavillons nord du Zwinger, il édifiait, à l'est, la Galerie de Peinture ; en face, une Orangerie et plus loin, le Théâtre de la Cour. Dans le milieu, des parterres. Ce projet n'était pas sans gran-

Photo Tunnie,

Façade intérieure du Musée de Peinture (1855).

deur. mais il fut probablement jugé trop dispendieux. On n'était plus au temps des prodigalités d'un Auguste Le Fort, mais sous un régime constitutionnel.

L'Orangerie fut placée ailleurs, là où elle est encore, dans YHcr;ogin-Garten, de l'autre côté de YOstra-Allêe. Pour conserver la symétrie, Semper aurait remplacé l'Orangerie par un magasin de décors en

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forme de | ttenanl au théâtre, avec Logements pour les marin

nistes et les décorateurs. Voisinage dangereux pour les collections du

Zwinger ! Par crainte de l'incendie, on préféra mettre un espace suffisant

galeries et le théâtreet on sacrifia au nouvel Opéra une ancienne

ouverte en 1 7 s s pour les opéras italiens, rebâtie et transformée

depuis lors. Quant à la Galerie de Peinture, pour laquelle le Bâtiment

• les Ecuries était reconnu insuffisant et défectueux à différents égards, les

de Saxe demandèrent qu'elle fût placée de manière à fermer le

front ouvert du Zwinger. Satisfaction fuc donnée à ce vœu

est de la construction du théâtre que Semper eut d'abordà s'occuper. Admirateur de la Renaissance italienne, il en adopta le style pour la plupart des édifices qu'il créa pendant son séjour à Dresde, exception faite de la Synagogue pour laquelle il adopta l'ornementation byzantine et mauresque La Galerie de Peinture atteste un ressouvenir de la Libreria de Saint-Marc, érigée à Venise par Sansovino.

L'Opéra était conçu d'après un plan très simple, en forme circulaire, dont deux étages de portiques superposés. Sur les côtés, deux avant-corps avec frontons triangulaires ornés de sculptures par Rietschel, qui flanqua l'entrée principale de quatre statues de poètes et de musiciens allemands : (jluck, Schiller; .Mozart. Goethe. Un autre sculpteur saxon. Ernest Hsehnel, avait exécuté quatre statues de dramaturges anciens ou étrangers, que l'architecte avait placées à la rencontre de la ceinture avec les ailes. E lies ont été affectées au nouveau Théâtre de la Cour.

A l'intérieur, la forme de la salle, peinte en blanc et or. se modelait sur celle du bâtiment, à cela près que le cercle était légèrement infléchi en fer à cheval. Facilité d'accès, heureuses proportions, dégagements bien compris, s'accordaient pour faire de cette salle d'opéra un théâtre modèle que les anciens amateurs préfèrent même à celui qui l'a remplacé.

Avant d'être obligé de quitter la Saxe par la répression de l'insurrection de 1849 à laquelle il avait pris part, Semper avait réussi à faire agréer les plans élaborés pour la Galerie de Peinture et s'il n'en vit pas .ement, — car elle ne fut ouverte qu'en 1855, — il en commença la construction, qui, après sa fuite, fut terminée par llaffinel et Krùger. 1 esl un long bâtiment qui se raccorde au Zwinger, mais dont les lignes très classiques s'harmonisent assez mal avec le style mouvementé des galeries et pavillons de Pôppelmann. La partie la plus intéressante esl l'avant-corps central formant portail d'accès à la cour du Zwinger, avec ses quatre colonnes corinthiennes, ses statues. ses hauts et bas-reliefs et médaillons, aux sujets tires de la Bible ou de l'antiquité. Toute cette

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décoration sculpturale, d'une correction un peu froide, est due à Rietschel et à Haehnel.

Au centre du Musée, une coupole hexagonale donne jour sur une salle en rotonde où l'on a tendu contre les parois une double série de tapisseries du XVIe siècle, exécutées les unes d'après les dessins d'un peintre flamand que l'on suppose être Quentin Matsys (elles proT viennent du palais Brùhb ; les autres sont une réplique des tapisseries commandées pour le Vatican, par Léon X, d'après les cartons de Raphaël actuellement à Hampton-Court. Elles ont été achetées en 1723, parle comte Flemming, à la succession du prince de Fùrstenberg-, mort en 1704, évèque de Strasbourg.

La distribution intérieure de la Galerie, divisée en larges salles éclairées par le haut pour les grandes toiles, et en cabinets le long des fenêtres pour les tableaux de chevalet, est judicieuse ; ce plan a été imité depuis dans la plupart des Musées.

Dans un chapitre spécial, j'ai parlé de la Galerie de Peinture ancienne et du Cabinet des Estampes qui en occupent le rez-de-chaussée et le premier étage. Le second est réservé à la peinture moderne.

Depuis le commencement du siècle, aucun nom n'avait brillé en Saxe, dans la peinture. Si l'on excepte un Leberecht Vogel, bon portraitiste, le Norvégien J. Chr. Claussen Dahl qui peignit des vues de son pays, les Mathaei, les Friedrich, les Vogel de Vogelstein

ne méritent guère de retenir notre attention. La peinture de cette époque .•t. plus tard, celle de Ludwig Richter, n'est guère que de l'imagerie en couleur: attitude- sentimentales, troubadouresques, «l'une fadeur à la Léopold Robert, d'une convention lamentable, composition tellement

inique qu'elle inflige un sûr ennui. Cet arl désuet fut très goûl 1840 à 1860 et même plus tard: aujourd'hui encore, les tableaux de Richter inspirent une fierté profonde à ses compatriotes, qui lui ont élevé un monument sur la Terrasse. Né en 1803, il a vécu jusqu'en et n'a cessé de produire de- vues d'Italie ou de- scènes de mœurs -a v mnes.

L'allocation de crédits budgétaires, ordinaire- ou extraordinaires, l'institution de fondations artistique- privées ont permis, surtout depuis [870 et plu- encore, après 1880, d'enrichir le Musée moderne par des acquisitions de tableaux dus à des peintre- saxons ou étrangers ' m \ a admis des artistes austro-hongrois comme Makart et Munckaczy. norvégiens, belges et anglais. Disons tout de suite que. grâce à l'intelligente initiative de M von Seidlitz, Directeur des collection- royales, la France n'est pas oubliée. Je signalerai le portrait d'apparat d'Henriette Sontag par Paul Delaroche, un Puvis de Chavannes excellent et les célèbres Casseurs de pierres de Courbet. Du reste, nombreux sont les artistes allemand- qui ont, depuis une vingtaine d'années, participé à nos expositions et subi l'influence de notre école. Liebermann. Gotthard Kuehl. I-'r. de Uhde sont aussi connu- à Paris qu'à Dresde ou à Berlin. Cette influence se partage avec celle de l'école de .Munich, les directions de la peinture allemande contemporaine. A l'exemple de nos impressionnistes qui ont débarbouillé la peinture française, une partie des artistes allemand- s'est engagée dans la recherche des tons clairs : d'autre- préfèrent le colori- épais, dur. violent, le heurt de tons tranché- et qui, trop sou venu se repoussent, de- maître- munichois et suivent la technique du Bâlois Arnold Iîocklin.

Si c'est dans le genre de la marine et du paysage que se produisent les essais les plus artistiques, la peinture anecdotique, en Allemagne comme en France, n'a pas cessé, bien entendu, d'être très goûtée delà ma— e. Enfin le portrait a toujours trouvé en Saxe des interprètes habile- : Fr. de Raysky, Léon Pohle. Léo l'ut/. Paul Kiessling ave- -e- Trois sœurs. Et n'est-ce pas un portrait aus.-i que cette Sœur de Charité en Bohême, d'un visage disgracie -i expressif, par Richard Mùller?

La peinture d'histoire ne perd jamais se- droit- : les deux Preller. père etfils, llermann Prell. ave.- -on Judas Iscariote, IL Hoffmann, avec

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sa Femme adultère devant le Christ et son Jésus enfant parmi les docteurs, succès de chromo, représentent cette institution d'état.

A partir de l'ouverture du Musée 1853 créé par Semper et sous le règne du roi Jean (1854-187 3), le nombre des édifices publics resta stationnaire. Un critique d'art prussien, Aug. Demmin signalait même, en 1864, avec mépris, « l'état de vétusté, de décadence ou d'incurie » dans lequel étaient tombés les anciens.

Cependant, dès 1865, on avait commencé à restaurer les grands

Théâtre de la Cour (1869-1872). Devant, la statue équestre du roi Jean, par J. Schilling

appartements du château; mais ce ne fut qu'après la guerre de 1870, et grâce à l'allocation d'une quote-part sur la contribution de cinq milliards exigée de la France, que la physionomie de Dresde se modifia. Le Bâtiment des Ecuries [Johanneum) fut restauré par Haehnel de 1872 â 1875, l'aménagement des étages disposé pour recevoir les collections d'armes et de porcelaines Sur l'aile de VAugUStllSstrasse, à l'extérieur, un peintre d'histoire, W. A. Walther, eut l'idée originale de représenter, dans un défilé équestre, la succession des princes de la maison de Wetfin depuis Conrad le Grand, margrave de Meissen, les ducs de Thuringe et de Saxe, les Electeurs et les Rois Pour équiper cette chevauchée, l'artiste s'est documenté au moyen des pièces d'archives, des portraits

ni DRESDE

anciens, des harnachements du Musée Historiq raffitto fut ter-

miné en 1876; mais, les intempéries n'ayant pas tardé à le détériorer, on en a assuré la conservation en le reproduisant en porcelaine de Meissen 1907

Le 7 septembre [81 9, un incendie avait dévoré le Théâtre de la Cour.

Sans rancune contre l'émeutier de 1849, le gouvernement saxon confia à

(1 Semper le soin de reconstruire ce monument L'architecte se borna à

urnir les plans : ils furent exécutés sous la direction de son fils Man-

L'Académie des Beaux-Arts. — Façade sur la Terrasse

fred. La disposition est un peu différente de l'ancienne : le style adopté est relui de la seconde Renaissance et non plus de la première. L'artiste a abandonné la forme circulaire pour un plan plus évasé et. tout en conservant les deux ailes de l'ancien bâtiment, il a construit, au centre, un avant-corps formant niche et surmonté d'un exèdre où le sculpteur Paul Schilling fait traîner par des panthères le char de Bacchus et d'Ariane.

Si la silhouette extérieure de ce théâtre peut prêter à la critique, surtout vue de profil l'avant-corps qui dépasse la terrasse du portique fait l'effet d'un ('norme poêle allemand plaqué devant la façade circulaire . la distribution intérieure est digne d'éloges.

Les idées de Semper sur l'architecture avaient fait école . Pendant cinquante ans, les architectes de Dresde, Nicolaï entre autres, ont rempli VAmmonstrasse, la Bûrgerwiese et le quartier du Grand Jardin, de

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maisons privées et de villas dans le style de la Renaissance italienne. La même mode a régné en France sous le second Empire et jusqu'à 1880 environ. Ce style a été employé également pour les édifices publics; tels que le Tribunal de la rue de Pillnitz (1 878-79"), VAlbertinum (1884- 1887) construit sur l'emplacement de l'ancien arsenal pour être affecté au Musée de Sculpture. Lipsius l'a adopté en i8qo pour l'Académie des Beaux-Arts, qui renferme des ateliers de sculpture, des locaux d'exposition, occupe sur la Terrasse un plan irrégulier et y met en saillie une façade

Palais des Etats (Stàndehaus) (1901-1907). Devant le portail, la statue équestre du roi Albert, par Baumbach.

de temple grec, avec sculptures au tympan de Paul Schilling et un dôme côtelé en verre. Près de dix ans plus tard, c'est aussi dans ce style que Paul Wallot conçut le nouveau Palais des Etats, situé entre la Terrasse et l'Attgi/sti/sstrasse et qui a son entrée sur la Place du Château.

Dans la reconstruction du château royal, Frœhlich et Dunger, se sont, par contre, inspirés du style de la Renaissance allemande : pignons à étages, tours d'angle sur la Schlossstrasse et, du côté du fleuve, vaste pignon à consoles orné de la statue du duc Georges, aux lignes mouvementées, avec tourelles, érker soutenu par des cariatides, de manière à créer une façade monumentale analogue à celle qu'avait édifiée ce prince au xvr' siècle. Cette mode des pastiches de la Renaissance allemande a

commencé vers [890 et l'on eut dans ce goût, le Victoriàhaus, dans la ^ trasse et le Kaiserrestaurant sur la place de Pirna, enfin toute une série de maisons de rapport dans le Johannstadt, nouveau quartier cons truit sur le quai sud.

Comme ïFrancfort, Hambourg ou Berlin, Dresde devait subir l'em

Façade moderne du Château royal, à l'angle de la Schlossstiassc et du Taschenbeig

preinte du modern-styl. Chose singulière, la première tentative se manifestadansla reconstruction de la Kreu^kirche, incendiée en 1897. Tout en conservant à l'extérieur son aspect XVIIIe siècle, les architectes Schilling et Grâbner ont cru devoir transformer l'intérieur au moyen de quatre grands piliers portant une voûte en coupole. Dans la Christuskirche qu'ils ont bâtie à Strehlen, faubourg de Dresde, église que signalent de loin ses deux lourdes tours carrées, ils ont même supprimé les piliers. I e plus singulier, c'est qu'on a fait à la Kreu^hirche l'adjonction d'un porche

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couvert extérieur en modem-styl, qui jure étrangement avec l'architecture « rococo •> de l'église. En face, la Super intendantur dresse un formidable et rébarbatif cube de pierres, tel une forteresse, qui se relie, du côté opposé, sur le Ring, à la Caisse d'Epargne et à la Banque des Etats

Façade du Château, reconstruite en 1899, sur l'emplacement de l'ancienne façade de 1530.

de Lusace, car le modem-styl s'est mis au service des financiers et trouve en eux ses protecteurs.

Quant aux deux énormes quadrilatères de bâtisses affectées par Lossow et Viehmeyer, aux Ministères, sur la rive nord, à la place des anciennes casernes du xviir siècle, démolies, — au nouvel Hôtel de Ville, élevé sur les plans de M. M. Roth et Brater, en septembre 1910. — au

nouveau pont Frédéric- Auguste, dessiné par M Kreis et plus n encore, ce m >iu là des édifices utilitaires dont La première condition est ■ •. dans un état moderne, aux besoins des services publii lavigation Comme conception architecturale, ils n'appartiennent à aucun style déterminé et ils pèchent par le manque de caractère des :s hybrides En outre, tout en tenant compte de l'énorme accroissement delà population1, de l'essor prodigieux de l'industrie et «lu corn merce en Saxe depuis quarante ans, qui exigeaient l'abandon de Locaux

Intérieur moderne de la Kreu\hirche ui.hu.

trop exigus, on peut se demander si dans l'examen des plans proposés, on n*a pas cédé à la funeste manie du Kolossal, qui sévit actuellement en Allemagne

(chu de ces édifices hybrides dans Lequel on a le mieux combiné, à mon avis, une caractéristique locale Le Satteldach saxon, avec les réminiscences du « baroque » et de la Renaissance et les fantaisie- du modem stvl. c'est le Musée des Art- industriels, Eliastrasse, ensemble de constructions irrégulières, a la fois Ecole et Musée, oùl'on a recueilli certain- débris du passé lût tant que Mus -e, cette galerie n'a pas 1 im-

i. De ioo. o i ■ habitants en i83o ; ell ,96.000 âmes

ment de 1910, ji sions de faubourgs et villages suburbains.

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portance des collections similaires de Berlin, de Munich ou de Nuremberg et elle renferme relativement peu d'objets produits par les industries d'art delà Saxe. Mais elle est admirablement disposée pour l'instruction des élèves, notamment en ce qui concerne la céramique, la verrerie et les tissages européens et extra-européens. Et les libéralités des donateurs ne peuvent qu'en augmenter de jour en jour les richesse

Christushirche (1905), à Strehlen.

L Albert iiiuin est un Musée de Sculpture à la fois rétrospective et contemporaine. Le peintre d'histoire H. Prell a décoré la cage de l'escalier de hautes fresques aux sujets antiques. A l'entrée dans le vestibule, le visiteur est accueilli par le magnifique buste en marbre d'Auguste II par Paul Herrmann. auquel celui d'Auguste III par le Français Coudrav sert dépendant. Hommage légitime, car c'est à ces deux princes qu'est due la fondation du Musée où ont pris place aussi des objets provenant du Cabinet d'Art des Electeurs.

C'est sous Auguste II entre [723 et 1728) que furent achetées en Ita-

lie les ant i llections Chigi, Albaniet Bellori, qui forment le pre-

mier fonds, et le plus important, du Musée de Sculpture, plu-- une grande partie des bronzes rassemblés dans un cabinet du Grùnes Gewôlbe, originaux italiens ou reproductions d'antiques. Les marbres turent logés

Le nouvel Hôtel de Ville (Ratbaus). Façade principale (1910).

d abord au Grand Jardin, les uns dans le palais même, les autres dans les petits pavillons précédemment destinés à servir de lieux de rafraîchissement. En 1785, ils trouvèrent asile au rez-de-chaussée du Palais Japonais où ils demeurèrent un peu plus d'un siècle.

Sous le règne d'Auguste III. la collection des antiques — dont les pièces capitales s, nu les athlètes combattants, la statue d'Athéna Lemnia, attribuéeà Phidias, la Vénus de I )resde. — s'était enrichie des trois statues

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trouvées en 1 706 dans les fouilles d'Herculanum et qui furent données en présent au prince Eugène de Savoie. A la mort de ce prince, sa veuve les vendit 6000 écus au roi de Pologne

Elle s'est accrue au xixc siècle, de vases grecs ou étrusques, de terres cuites de Tanagra et de Myrrina parmi lesquels il en est à sujets comiques, et de quelques beaux marbres grecs, par exemple une réplique de la vivante Ménade de Scopas. Elle est distribuée chronologiquement ; le visiteur est conduit depuis l'antiquité la plus reculée 'art égyptien et assyrien) jusqu'aux dernières productions modernes.

Dans la collection des bronzes de la Renaissance et du xvn" siècle,

Musée des Arts industriels et Ecole des Arts décoratifs (1906), par Lossowet Viehmeyer

il convient de citer l'énergique figure de Frédéric le Sage par Adriano Fiorentino, le buste de Christian Ier fondu par Carlo da Cesare. celui de Christian II par le Hollandais Adriaan de Vries, dont le socle est d'une composition fort originale : devant l'écusson armorié, deux femmes nues, assises, joignent leurs mains. Au-dessus, accroché à la cloison, un relief en marbre taillé par J. Bôhm, de Schneeberg, en 1674, représentant Jean-Georges II en prière, dans un superbe cadre de bois doré.

La sculpture moderne et la gravure en médailles française ont leurs représentants à V Albert inum. A côté se voient les œuvres d'artistes saxons influencés par notre statuaire ou cherchant des voies indépendantes : Max Klinger, avec son Drame passionnel, Cari Seffner, qui a fait le buste de Klinger. Volkmann qui réussit fort bien les silhouettes de chevaux, témoin le bas-relief en marbre encastré dans la petite cour du Château; parmi les médailleurs et fondeurs de plaquettes, Homlein qui ;i de l'accent, Hildebrand, Félix Pfeifer et Paul Sturm

1 e -"m là des artistes contemporains Ce qu'il \ a de singulier dans le classement del'Albertinum, c'est que les principaux sculpteurs saxons du xix siècle n'\ sont pas représentés II faut donc chercher ailleurs, aux façades des monuments ou sur les places publiques, les oeuvres de Rietschel, Haehnel et Schilling.

A Rietschel, élève de Rauch, Dresde doit la statue assise de Frédé

rie-Auguste I , dit le Juste, dan-, la cour du Zwinger, et la statue debout de < .ii-l Maria de Weber i86o) | entre le Nymphenbad et le Théâtre de la Cour. Un peu plus jeune, Heehnel lui a survécu trente ans. Il est l'auteur de la petite statue de saint ' i ges élevée auprès de la Sophienkirche et île celle érigée en is;i. devant l'Ecole Sainte-Croix, au poète guerrier Théodore Kœrner. à qui le souvenir patriotique des Saxons a consacre un petit musée dans sa maison natale.

). Kœmerstrasse Neustadt). Cette figure de Kcerner exprime l'ardeur juvénile, l'abnégation, l'enthousiasme, tandis que le monument à Frédéric- Auguste II, sur le Nettmarkt, est plus conventionnel.

Elèvede Rietschel. Johannes Schilling a beaucoup produit. Dans un musée spécial, 63, rue île Pillnitz, on a groupé après sa mort, les plâtres des statues qu il a exécutées et dont la plus énorme, sinon la plus belle, est la colossale Germania du monument du Niederwald, commémoratif des victoires de 1 "^ 7 < > - 7 1 A Dresde même, sa première œuvre importante fut la décoration de l'escalier de la Terrasse, consistant en quatre groupes : le Matin, le Soir, le Jour et la Nuit Cette décoration fut commencée en 1864. D une manière générale, ses statues d hommes valent mieux que ses figures de femmes, d'une fadeur convenue

La grande sculpture a d'ailleurs besoin d'atmosphère. Aussi est-ce sur les places publiques que nous rencontrerons la statue de la « ^lutter Anna », dressée par Henze derrière VAtltienkirche, et sur la Place du

Statue du poète Kœrner. par Ernest Hx-linel sur la Bûrgei u i< . 187 i .

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Château, l'obélisque en cuivre, commémoratif du millénaire des Wettin [889

Entre le St'àndehaits et le Théâtre de la Cour, Schilling et Baumbach ont érigé les statues équestres du roi Jean et du roi Albert, en attendant celle du roi Georges, mort en 1906, après trois ans de règne, qui se profilera sur la rive de l'Elbe, débarrassée de ses constructions et pourvue d'un quai tout neuf. Ce lovalisme monarchique a le défaut d'en-

Escalier'd'accés à la Terrasse Brùhl avec les quatre groupes de J. Schilling

combrer les places publiques et de fausser l'aspect des monuments dans l'axe desquels s'élèvent les statues.

Je préfère de beaucoup les fontaines même modernes, élevées sur les places de Dresde, car de tout temps cette ville s'est signalée par son amour des Tritons, des Néréides et animaux aquatiques : celle du Voleur d'oies, de Robert Diez. qui a aussi paré YAlbertplat^ de deux fontaines à grandes vasques : Eaux calmes et Eaux tempétueuses, et même la fontaine « rococo » de Hartmann Mac-Clean, hommage public au bourgmestre Stùbel, à qui la cité est redevable de ses embellissements en matière de voirie, d'adduction d'eau. C'est à lui, écrit AV. Doënges. que Dresde doit d'être une « ville de jardins ».

Dans tous les tpiartiers. en effet, le printemps répand ses don-, de

verdure et d'ombrage A l'intérieur, c'est la Bûrgerwt s avec ses groupes s statues anciennes ou modernes : Vénus coupant les ailes à l'Amour de Baùmer et le Monument à Mo;arl d'Hosaeus, qui ne manque pas de rythme; c'est, extérieurement, à Ràcknitz, le Jardin du Peuple; c'est Le Wald-Park qui longe la rue de Blasewitz; c'est, au des casernes de la Neusladt, les bouquets de bois de la Dresdner

Fontaine des « Eaux tempétueuses », par Robert Diez, sur VAlbertplalx i i S9 j1 .

IL ide, en partie défrichée pour l'agrément des promeneurs. Partout l'air, les surfaces plantées, l'oxygène des feuillées contribuent à l'hygiène publique.

Mais les plus charmantes promenades publiques, ce sont encore les anciennes : le Grosser Garten devenu le centre d'un quartier do luxe. ombrages du Palais Japonais, répartis sur les parterres d'un jardin français et sm- les pelouses d'un parc anglais, muni d'un belvédère donnant vue sur le cours de l'Elbe et le panorama de Dresde; c'est l'entourage verdoyant de deux faces du Zwinger, avec sa pièce d'eau et s,-s terrasses plantées d'où j'ai contemplé, au mois de juin, de

LA DRESDE MODERNE

si rougeoyants couchers de soleil ; c'est enfin la Terrasse Brùhl, où flânent nonchalamment les vieux Dresdois et où tout étranger fait une station obligatoire. On conçoit que le spectacle des eaux vertes, au-

Fontaine Stùbel sur le Siûbelplal% (1901^, par Hartmann Mac-Clean.

dessus desquelles voltigent les mouettes qui remontent l'Elbe jusqu'à Dresde, du fleuve au cours rapide, — véhicule naturel vers Hambourg du trafic de la Saxe et des pays voisins, — puisse faire rêver expansion maritime. « plus grande Allemagne » et autres chimères politiques !

Oserai-je conseiller aux Saxons de ne pas trop céder aux tendances mégalomanes qui régnent dans l'Empire, du moins dans le domaine de

1 An traduisent par la maladie du Kolossal'i Subjugués par

ces tendances, les architectes modernes auront tôt fait de détruire tout

ce qui constituait le charme de Dresde, son intimité, le sens des proportions, de la mesure, qui l'avait préservée des outrances du >< baroque » et du « rococo». IN ont déjà r< r.i-r le Palais île Courlande par le voisinage de cette lourde bastille crénelée qu'est la Préfecture de police, envahi les quais «le l'Elbe de constructions encombrantes et prétentieuses, gâché la perspective. — entre la Hofkirche et l'Opéra, — en érigeant au i ' II' ~"tË bord de l'eau, la haute cheminée du Calo-

rifère pour les Musées, coupé la courbe du fleuve par le dos d'âne surélevé du nouveau pont Frédéric-Auguste . C'est

déjà trop !

La beauté de Dresde, proclamée par ses visiteurs depuis trois siècles, est due. non pas seulement à « l'aménité de la situation <>. mais aussi à une sorte de caractère cosmopolite, résultant du croisement des courants ethniques venus du nord et du midi, de l'est et de l'ouest, de

| H l'heureuse fusion de l'esprit allemand avec

les influences étrangères. Au nom de celle que notre civilisation a exercée sur la transformation caractéristique de la physionomie de Dresde et sur l'art saxon.

uous avons peut être, nous Français, le droit de dire à ses habitants: — La beauté de Dresde importe non seulement à la Saxe, mais à

l'Europe Dresde est le sourire de l'Allemagne... De grâce, veillez à

ce qu'elle garde ce sourire !

Photo i. ie

Réplique de VAthèna Lemnia de Phidias A tinum .

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