‹ Dresden, Freiberg & MeissenChapitre 6 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA RENAISSANCE

xvic siècle. — Agrandissement de l'enceinte. — Le Château électoral et sa chapelle. — Influence de la Renaissance italienne. — Les goûts artistiques de l'Électeur Auguste Ier. — Monument élevé sous son règne à son prédécesseur Maurice. — L'architecture civile

En Allemagne, la première moitié du XVIe siècle fut agitée non seulement par les cpuerelles religieuses dont le foyer fut la Saxe électorale, mais encore par le mouvement de révolution sociale de la Guerre des Rustauds. D'autre part, les Turcs, devenus maîtres de Constantinople en 1553, race guerrière et avide de conquêtes en Europe, étaient menaçants et redoutés Le duc Georges qui. depuis l'an 1 soo. régnait sur la Misnie, résolut de remplacer, à Dresde, les murailles du moyen âge. par de plus solides remparts. La reconstruction commença par le Kreu^tor, continua par l'enceinte sud et ouest jusqu'à la porte de l'Elbe et enveloppa ensuite le quartier, jusque-là suburbain, de la Frauenkirche. Chaque porte était couverte à l'extérieur par un ouvrage fortifié, muni de fossés. L'œuvre militaire du duc Georges, — son successeur Henri le Pieux n'ayant régné que deux ans (1539-1541) — ■ fut continuée par le duc Maurice 1541-1553

Intimement mêlé aux luttes politiques engendrées par la résistance de Charles-Quint à la propagation de la Réforme, tour à tour fidèle à l'Em-

il DREï

pereur qui, après la bataille de Mûhlberg 24 août 1547 . lui transféra la dignité d'Electeur de Saxe, de laquelle fut dépouillé le vaincu, Jean-Frédéric, cousin de Maurice, puis ligué contre son souverain avec ses beauxautres princes de l'Allemagne du Xord. il combattit les troupes impériales, entra victorieux à Augsbourget à Innsbrûck 1552 ( >n le vit cependant, l'année suivante, déférant aux prescriptions du Conseil de l'Empire, chargé d'exécuter la sentence rendue contre le margrave de Brandebourg C'çst en remplissant cette mission que, victorieux, il fut blessé à mort le 9 juillet [553, à la bataille de Sievershausen

Prince guerrier, sachant l'instabilité de la fortune des armes. .Maurice entreprit résolument de renforcer l'enceinte de Dresde. Il sentit la nécessité de protéger sur la rive droite de l'Elbe, Alten-Dresden et l'engloba comme tête de pont, dans le système défensil île la place. Les deux villes se confondirent en une seule dont l'administration fut centralisée dans VAltstadt actuelle.

La reconstruction commença par le secteur nord-ouest, c'est-à-dire du château au Wilische Tor, se poursuivit jusqu'au See-Tor au sud. et de là jusqu'à l'ancien Kreu ;tor . qui, rebâti, s'appela porte de Salomon. Par contre, le See-Tor fut muré. Les deux portes principales reconstruites, le Wilische Tor à l'ouest, et VElbtor, furent affermies au moyen de bastions Cette dernière, située à l'entrée du pont, devint une porte monumentale à trois arceaux, ornée de douze colonnes et d'écussons aux armes des provinces et de l'Klectorat. Construite de 1346 à 1555. on l'appela la Celle Porte ". En outre, Maurice fit élever, sur le pont même, un arc de triomphe, en souvenir de l'heureuse issue de la guerre amenée par la Ligue de Smalkade. Cet arc fut démoli au xvir siècle et remplacé par un blockhaus.

Ce reste des murailles de l'ancienne enceinte, conservée jusque-là dans la nouvelle, et qui isolait le quartier de la Frauenkirche, fut détruit. La ville y gagna un second marché. leNeumarkt, qui devint le centre d'une nouvelle agglomération, desservi par des rues qui convergent vers cette église.

Bien qu'elle ait été transformée par la suite au point de vue militaire, l'enceinte du XVI' siècle délimita ainsi jusqu'en 1817, le noyau central de VAltstadt et de la Neustadt. Aujourd'hui encore, cette délimitation es] reconnaissable aux larges avenues plantées d'arbres en partie, formant un Ring, sillonne par des lignes concentriques de tramways.

Le XVI' siècle vit s'accomplir une transformation du château, par-

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tielle sous le duc Georges, complète sous les électeurs .Maurice et Auguste Ier, avec laquelle coïncide l'introduction des formes architecturales et plastiques de la Renaissance.

Le duc Georges désirait avoir, du château, un accès direct au pont. Dans ce but. il fit déplacer l'axe d'entrée de X'Elbtor et perça un passage voûté dans le pavillon qu'il édifia à l'angle nord-est de la Burg. C'était

Double façade, d'après une estampe du xvne siècle, Je la partie du château bâtie en 1530. sous le duc Georges. A droite, le Georgentor, état primitif.

un bâtiment quadrangulaire orné d'un quadruple pignon à quatre étages. Des deux portes tournées vers la ville, l'une servait, aux piétons, de passage voûté donnant accès vers l'Elbe, l'autre d'entrée au château, avec, aux écoinçons, deux médaillons, dont l'un était celui du duc Georges.

Du côté nord, faisant face à l'Elbe, l'erkér joignait le second et le troisième étages ; il coupait, de manière inégale, les trois frises Les deux inférieures superposaient à des rinceaux de feuillages, une rangée d'armoiries. La plus élevée représentait une Danse des .Morts, qui nous a été conservée et que l'on peut voir actuellement au cimetière de la Neu-

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sUntt où elle a été transportée au win siècle, après L'incendie de qui dévora le G orgenbatt. Le portail nord auquel fut donné le nom de Georgcntor, était couronné par un fronton incurvé dont le haut-relief représentai! i aïn assommant sonfrèreAbel rout en haut du fronton, sur des consoles, les statues debout d'Adam et d'Eve Quant au serpent, il s'enroulait autour du tronc d'arbre, épanoui en console, qui soutenait la base de l'crkcr.

( e sujet d'Adam et d'Eve est rappelé dans les écoinçons de la po en reliefs «le mince saillie Ce sont deux figures nues, assises : Adam, la hache sur l'épaule, Eve, avec un enfant dans son giron; elles se détachent au milieu de feuillages de pommier. Des rondo d'enfants, des fleurs, .les pendentifs, des entrelacs, traite-, dans le style de la première Renaissance, ornaient les trumeaux des piédroits et deux piliers en candélabres supportaient l'architrave

On peut avoir une idée de la décoration primitive du portail en regardant le Geot'gentor actuel, réédifié non sans modifications sur le ouest du bâtiment, reconstruit en 189g On admirera la finesse des détails. la grâce et l'élégance des ornements, l'originalité et la légèreté des chapiteaux sculptés.

D'après la description d'Anton Week, datée de 1679, l'artiste a conçu l'ornementation des deux façades de manière à montrer symboliquement d'un côté, « comment, par le pèche, la .Mort est entrée dans le monde » : de l'autre, la Rédemption de la faute originelle par le sacrifice du Christ.

Rudement frappé dans ses affections, le duc 1 reorges avait vu successivement faucher par la mort ses cinq fils et .ses quatre filles Après avoir perdu sa femme en 1554. il laissa croître sa barbe en signe de deuil. Zélé catholique, il chercha l'apaisement de sa douleur dans les consolations religieuses .Mais la hantise des idées funèbres apparaît dans la tête de mort sculptée sur un disque de pierre fixé au centre du Gorgen- /<'/■. en manière de clé de voûte, et dans La frise du Todtentan^.

Dans cette œuvre achevée en 1537, différenciés par le costume, les attributs, h-s attitudes et les traits, les personnages ne manquent ni de relief, ni de vie. Mais les proportions corporelles sont défectueuses, l'exécution réaliste est lourde. Quant aux derniers de la série, comme ils avaient disparu à la démolition ordonnée après l'incendie de 1701. on les a refaits au xviii siècle... Il me para it difficile d'admettre que cette frise ait été sculptée par l'artiste qui, d'un ciseau si délicat, a fouille les rinceaux et les figures du Georgentor.

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Ce pavillon ne suffit pas aux ambitions artistiques de l'Électeur Maurice. A sa nouvelle dignité convenait un palais plus vaste, décoré suivant le goût de son époque. Transformée par son ordre, l'aile de l'est prit l'aspect qu'elle a conservé depuis lors ; l'aile ouest du château fut jetée bas en 1547, et remplacée par un nouveau bâtiment qui rejoignit le bâtiment nord, dont

la longueur fut doublée.

Devenue centrale, la grosse tour fut réédifiée en 1550 et couverte en cuivre. Sur la Schlosstrasse, l'autre tour, extérieure, fut coiffée d'une flèche couronnée d'un lanternon octogonal. Aux angles de la cour s'encastrèrent trois tours pentagonales avec des escaliers tournants éclairés par des fenêtres en échelons. Elles existent encore aujourd'hui.

Cette construction fut conduite par Hans Dehn surnommé Rothfelser, mais les plans avaient été fournis par l'ingénieur des fortifications, Gaspard Vogt de Wierandt. C'est lui qui fit venir des artistes d'Ita-

Le Gt • . reconstruit en is .

lie et pénétrer ainsi en Saxe l'influence de la Renaissance italienne.

Le plus marquant de ces artistes était Juan .Maria de Padua.Son nom indique son origine. Vers 1520. il travaillait à Venise, sous Sansovino, comme aide sculpteur : en 1527, il contribua à décorer le Santo de sa ville natale Puis il passe les monts, on le retrouve en Bohême, en Pologne. Le Sukiennice halle- aux draps de < racovie, Lui est attribué. [1 amena sans doute à Dresde des praticiens d'Italie, mais il dut aussi

oyer des artisans allemands. Si La conception générale est inspirée Renaissance italienne et si l'on remarque une certaine habile main dans l'ornementation plus délicate des pilastres, des chapiteaux, dans la frise de la tour nord-ouest <iui représente des combats de cavalerie mouvementés, la lourdeur des hernies qui encadrent les entrées des ours d'angle, guerriers aux formes colossales parmi lesquels on reconnaît d'une mâchoire d'âne, la représentation d'Adam et d'Eve

Cour du Château. — Tour d"angle nord-ouest et loggia du \vi siècle. avant la transformation de 1896.

par un couple humain nu et velu, l'instinct de grosse bouffonnerie qui rend caricaturales certaines figures humoristiques, attestent la survivance del'esprit allemand du moyen âge

A l'ombre de la tour centrale fut érigé un balcon à triple étage formant une loggia à l'italienne, porté par quatre ordres de colonnes superposées : toscan, ionien et corinthien pour les deux derniers . Celles du rez-de-chaussée étaient engagées dans des arcades aveugles Au-dessus court une frise à sept compartiments, dont deux en retour, représentant les exploits de Josué, la prise de Jéricho par exemple, allusion aux victoires remportées sur Charles-Quint par l'Electeur Maurice. Ces sculp-

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tures. assez lourdes, attribuées à un artiste allemand dont on n'a pu déterminer le nom, ne sont pas sans valeur.

Lors de la reconstruction de 1896, on a un peu modifié l'ordonnance de ce balcon, en avançant la colonnade de deux mètres. On ouvrit les arcades bouchées; on plaça des fenêtres dans les arceaux au premier et au second étage; on restaura le troisième dont l'ancien toit en bois fut remplacé par une toiture d'une forme plus élégante.

Intérieur du Château.

Cabinet des Porcelaines, voussures et décoration à l'italienne, du xvi° siècle.

En 1550, l'Électeur Maurice avait fait venir, pour le service de la chapelle électorale, des musiciens italiens, les trois frères de Thola. Deux d'entre eux étaient également peintres; son successeur Auguste Ier les employa à décorer les murailles du château de peintures en sgraffiti, à l'extérieur aussi bien que dans la cour. Un autre italien, Fr. Richino, peignit à fresque une Adoration des Mages au second étage de la loggia formée par le balcon décrit plus haut.

L'intérieur du château s'embellit aussi de tapisseries, de solives et plafonds peints. Rien n'a survécu des fresques; une partie seulement des soffites en bois peint, exécutés par IFans Willkomm et Georg Fleischer, a subsisté, notamment dans la salle des Wettin, restaurée en 1892

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