CHAPITRE PREMIER
Le cheval d'obstacles en générai
De Vélevage du cheval de selle en France,
Célèbres sauteurs français
A quel signe extérieur peut-on reconnaître un cheval d'obstacles !
Il n'est pas facile d'établir une règle. Le sauteur type a souvent été défini — un animal bien d'aplomb sur ses quatre membres, à l'épaule puissante, à la poitrine large, au rein solide et court, aux jarrets bien soudés et bas, au port de tête souple et harmonieux .
La pratique contredit bien des fois cette description théorique, et nous tenons à dire de suite que nous avons rencontré de par le monde, d'excellents jumpers, particulièrement mal bâtis; avec un rein long, des genoux creux, des jarrets pitoyables et n'ayant absolument rien dans leur structure qui puisse flatter l'œil d'un connaisseur.
En revanche, nous n'avons jamais vu un mauvais cheval
J2 LE CIIKVAL L) OBSTACUliS
cléponrvu de sang, de classe et d'allures devenir un cliani])ion d'obstacles.
L'acquéreur d'un jeune cheval qui voudra mettre dans son jeu quelques bons atouts, devra avant toutes choses rechercher trois bonnes allures.
De ces trois allures, le pas trompe bien rarement. Lue bête de quelque origine (ju'elle soit, (jui s'en va, scandant l)ien, martelant bien son pas, posant avec énergie ses sabots sur le sol, portant beau une tête finement attachée sur une longue encolure, sera ])resque toujours un bon clieval et un galopeur.
Si son dressage sur l'obstacle vient à manquer, s'il n'accuse pas de dispositions spéciales pour le saut, il pourra être utilisé pour tout autre service, et ne sera jamais d'vme défaite difficile, pouvant faire indififéremment un bon hack ou un parfait hunter.
Il est un signe pourtant ]3resf;ue infaillible. Un cheval cjui a ses jarrets en dedans situés bas, larges, bien engagés sous le ventre, un cheval qui, dans son branle de galop, amène bien ses jarrets sous ses é])aules, fera presque toujours un bon cheval d'obstacles.
Où trouve-t-on les meilleurs sauteurs? Pendant un nombre intini d'années, tous les hommes ou livres de sport proclamaient les prouesses uniques des champions d'Angleterre et d'Irlande.
Le Royal-Horse-Show de Dublin ; les foires du Leicestershire et d'Irlande étaient les unicjues marchés où s'achetaient les seuls bons chevaux de l'L nivers.
Le Champion Stone-Wall, la grosse épreuve du Concours Irlandais, n'était accessible qu'aux produits de la \'erte-Erin. Le reste du monde était complètement dépourvu de chevaux et de cavaliers.
Pauvres Continentaux, si longtemps dénigrés par les insulaires d'Outre-Manche, nous avons réduit aujourd'hui ces légendes à leur juste valeur, et forcé nos voisins à convenir qu'il existe de bons sauteurs ailleurs (|ue dans les Iles Britanniques, avec d'excellents cavaliers pour les monter.
Mais il faut rendre justice à qui de droit.
Tous ceux qui ont parcouru l'Irlande; tous ceux qui ne se contentent pas d'assister aux ventes de Chéri ou du Tattersal (où du reste ils n'achètent jamais rien et ne couvrent que la première enchère) pour se délivrer à eux-mêmes un brevet de fins connaisseurs, reconnaîtront avec nous, que, pour le saut, à l'heure actuelle encore, la race anglaise est sans rivale.
LIv CIIKVAL D OnSTACLlîS
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11 n'est pas un coin d'Europe et d'Amérique où, en faisant ses preuves, elle n'ait établi sa suprématie, et il y aura fort à faire pour lui enlever son incontestable royauté.
Les cavaleries de tous les pays cjui ne produisent qu'une race médiocre ou inférieure vont se irecruter de l'autre côté du détroit du Pas-de-Calais. N'est-ce pas la preuve la plus éclatante de ce que nous avançons.
La Belgique, l'Italie, l'Espagne, l'Amérique, l'Argentine importent annuellement des milliers d'Irlandais, que leurs officiers pilotent brillamment dans tous les Concours Internationaux.
Est-ce à dire que nous soyions condamnés à être éternellement tributaires de nos maîtres incontestés en matière de production chevaline et d'élevage, et à ne jamais créer une race de sauteurs, cfe hunters, de hacks ou de chargers (i), ayant autant de brio et de qualité ?
Bien du papier a été noirci dans ces derniers temps sur ce sujet et combien d'intéressants volumes il y aurait à écrire encore. Nous ne voulons pas sortir du modeste cadre que nous nous sommes tracé; nous ne ferons donc qu'efHeurer au galop la question, laissant à d'autres plus compétents le soin de discuter, de détailler, de conclure.
A notre sens, les éleveurs Français ne se sont jamais sérieusement imposé la tâche de faire le beau hunter ou le cheval de selle, ne s'appliquant qu'à améliorer le cheval de race galopeuse ou trotteuse, comme étant la poule aux œufs d'or.
Tous les ratés, tous les déchets de ces deux catégories forment le médiocre lot, que la remonte et les amateurs de haks ou de hunters doivent se partager.
Le cheval n'a donc été juscju'ici pour l'éleveur qu'un engin de jeu. qu'un ticket de pari mutuel.
Jamais, que je sache, les belles poulinières normandes, bretonnes, limousines ou autres, n'ont été sélectionnées avec soin pour les donner à des étalons hunters de pur sang; autrement dit, reproducteurs de clicvaux de selle et de troupe.
« Les juments normandes de classe, me disait un officier de remonte, très documenté sur la question, sont en général, saillies par des demi-sang trotteurs ».
Le génial moyen pour créer des galopeurs ! Et ces courses au
(i) « Charger « cheval d'armes ou d'officier, pouvant porter du poids.