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Le diaconat

L'épiscopat a donné lieu, dans le cours des âges, aux pafriarçlies (voyez ci-dessous § 114), aux exarques (voir plus loin § 114), aux primats (ci-dessous, § 115), aux métropolitains ou archevêques (ci-dessous, § IIG).

Du sacerdoce sont sortis les archiprêtres (ci-dessous, § 423) et les prélats (§ 71 et suiv.).

Du diaconat sont issus les archidiacres.

De ces divers degrés, qui n'ont qu'une existence historique', il ne reste plus guère que le nom, devenu un litre honorifique.

§ 59. Coustidition «In TÉg-Iisc protestante.

Origine et caractère de l'Église protestante '.

L Le protestantisme justifie sa séparation en disant que l'Église catholique s'est tellement éloignée de la doctrine pri-

^ Voyez sur la distinction entre la tonsure et les ordres mineurs, le concile de Trente, sess. xxiii, de rcform., cap. vi, c. 10; Catech. rum., de saciam ord., n. 13. La tonsure ne peut être appelée un ordre clérical que dans un sens impropre, comme dans le ch. xi, x, De œlate et qualil. ordiiiiSyi, li. Voj'ez Phillips, op. cit., t. I, § 34; Kober, Encuclop. de la théol. ciilli., t. XI, p. 83 et suiv.

* Voyez aussi cap. i, dist. xxi; Daude, MajcsLis hiérarchise ecclesiasticse, Bainberg., 1760, in-4°; Frethurijer Kircheiilcxicou, t. V, p IGi et suiv.

' Jacobson, Grandlage dcr \'er[(issun(i der evmiyelischen Kirche, dans Zeitschrift fur chi islb'.he IVissenscliaft, 18j9, n" 10-13; Ricliter, Gnnuilaqen der Kirchcnverfassuny, dans Ze.tschrifl fiir deulscltes Reclil, IV, 1; le même, Geschichte der evuiujelischcn Kirchenverfassumj, Leipzig, 1851;

JG 1)R0IT CANON,

mitive qu'elle l'a défigurée au point qu'elle n'est plus l'Église de Jésus-Christ. Les protestants appuient donc la légitimité de leur nouvelle Église sur la prétention de vouloir restaurer la vraie Église de Jésus-Christ. Dans leurs livres symboliques, ils assignent à cette Église les caractères suivants ' :

1° Elle doit être visible et reconnaissable à des signes visibles-. Humainement, les méchants en font aussi partie, tant qu'ils demeurent attachés à sa communion extérieure ^ ; mais devant Dieu, elle ne renferme que les bons, et, à ce point de vue, la véritable ÉgUse est invisible et n'est connue que de Dieu '*.

Cependant, ceux qui cherchent l'Église véritable ont suffisamment de moyens pour la reconnaître dans l'Église visible, car la parole de Dieu et les sacrements peuvent être efficacement administrés même par les méchants *.

Hœfling, Gruiidsœtze dcr evangelisch-luterischen Kirchenverfassung, 3<^ éd., Erlangen, 18S3 ; contre Hœfling, suivi par Richter, voyez Numemeyer, jDas Amt des nuen Testamenles, Osterode, 1853; Stahl, Die Kirchenverfassung der Proteslanten, 2" édit., Erlangen, 1862; O. Meyer, Grimdlagen des lutherischen Kirchenregimenls, Rostock, 186i; Sclieurl, Zur Lehre vom Kirchenregiment, Erlangen, 1862, et Dove, Zeitsclirift fur Kirchenrechl , VI, 28; VII, 131.

"• Voyez Walter, Lehrbuch, § 31, qui contient les preuves à l'appui de ce qui suit. Voyez aussi Richter, Lehrbuch, §§ 61-6-i, 94-97.

2 August. Conf., art. 7 : « Est autem Ecclesia congregatio sanclorum, in qua evangelicum recte docetur et recle administrantur sacramanta. »

— Belg. Conf., art. 29 : « Credimus imprimis diligenler ac circumspecte ex verbo Dei discernendum esse, qusenam vera sit Ecclesia, siquidem omnes sectse, quotquot hodie in mundo sunt, Ecclesiœ nomen prsetexunt.

— Notée quibus vera Ecclesia cognoscitur haec sunt : si Ecclesia pura Evangelii prsedicatione, si sincera sacramentorum ex Cbristi prœscripto administratione utatur. » — Angl. Conf., art. 19 : « Ecclesia Cbristi est visibilis cœtus fidelium, in quo verbum Dei purum prEedicalur, et sacraraenta — administrantur. » (Note du trad.J

3 Helvet. Conf., I, cap. xvii : « Non omnes qui numerantur in Ecclesia, sancti et viva alque vera sunt Ecclesise membra. Sunt enim hypocritse multi. — Et tamen dum bi simulant pietatem, licet ex Ecclesia non sint, numerantur tamen in Ecclesia : sicuti proditores in republica, priusquam detegantur, numerantur et ipsi inter cives. » Belg. Conf., art. 29; Gallic. Conf., art. 27; Angl. Conf., art. 26; August. Conf., art. 8; Apolog. Conf., 4, de Ecclesia. (Note du trad.J

'> Helvet. Conf., II, art. 14.; Helvet. Conf., I, cap. xvii; Belg. Conf., art. 27; Scotic. Conf., art. 16.

5 August. Conf., art. 8 : « Quauquam Ecclesia proprie sit congregatio sanctorum et vere credentium : tamen, cum in bac vita multi bypocritse et mali admixti sint, licet uti sacramentis, quœ per malos administran-

LA CONSTITUTION' DE LÉGLISE EN GÉNÉIIAI.. 17

2° L'unité essentielle de la véritable Église consiste surtout dans la doctrine et dans les sacrements'. Or, comme on n'a point institué d'organe visible de cette unité*, il s'est formé avec le temps, dans les différentes Églises évangéliques, une grande variation dans la doctrine mèmc^

3° Les livres symboliques déclarent également que la véritable Église est nécessaire au salut % ils exigent que ceux qui veulent entrer au ciel s'unissent avec elle ^

tur. Et sacramenta et verbum propter ordinationem et mandatum Christi sunt effîcacia, etiamsi per malos exhibeantur. » Apolog. Conf., IV, do Ecclesia. Helvet. Conf., I, cap. xviii, Angrl. Conf., art. 26. (Note du trail J

^ August. Conf., art. 7 : « Ad veram unitatem Ecclesise salis est consentira de doctriua Evangelii et admiuistratione sacramentorum. » — Helvet. Conf., I, cap. xvii : « In dogmatibus itaque in vera concordique prsedicatione Evangelii Christi, et in ritibus a domino diserte traditis, dicimus veram Ecclesise constare concordiam. (Note du Irad.J

^ Apolog. Conf., IV', de Ecclesia.; Artic. Snialc, part. II, art, 4, de papatu; Helvet. Conf., II, art. 28; Helvet. Conf., I, cap. xvii; Gallic. Conf., art. 30.

Artic. Smalc, part. II, art. i, de papatu : « Episcopi omnes, pares officio (licet dispares sint quoad dona), summa cum diligentia conjuncti sint unanimitate doctrinse, fîdei, sacramentorum, orationis et operum caritatis. » (Note du trad.J

' Les auteurs des livres symboliques déclaraient, en jetant un regard de travers sur l'Église catholique, qu'il n'y avait d'accessoire que le consentement dans les usages et les parties accidentelles. Aug. Conf., art. 7 ; Apolog. Conf., IV, de Ecclesia; Helv. Conf., I, cap. xvii, xxvii; Angl. Conf., art. 16.

* August. Conf., art. 7; Apolog. Conf., IV, de Ecclesia; Helvet. Conf., I, cap. XVII, xxvii; Angl. Conf., art. 34.

'■■ Apolog. Confess., IV, d3 Ecclesia : « Neque vero pertinet (promissio salutis) ad illos qui sunt extra Ecclesiam Christi, ubi nec verbum nei; sacramenta sunt, quia regnum Christi tantum cum verbo et sacramentia existit. » — Helvet. Conf., I, cap. xvi : « Communionem vero cum Ecclesia Christi vera tanti facimus, ut negemus eos coram Deo vivere posse, qui cum vera Dei Ecclesia non communicant, sed ab ea se séparant. » — Belg. Conf., art. 28 : « Credimus quod cum sanctus hic coetus et congregatio, servandorum sit coelus, atque extra eam nulla sit salus, neminem cujuscumque ordinis aut dignilalis fuerit, sese ab ea subducere debere, ut se ipso conlentus separatim negal; sed omnes pariter teneri huic se adjungere, eique uuiri, Ecclesise unita unitatem conservare, seque iliius doctrinœ et disciplinée subjicere. — Ut porro melius hoc observetur, omnium fidelium officium est, sese secundum Dei verbum, ab iis omnibus qui extra Ecclesiam sunt disjungere, v.t huic se congregationi adjungant, ubicumque iilara Deus conslilucrit, quamvis magis- Iratus priucipumque ediclis adversanlibus, quinimo licet mors aut qualisouniqu»? corporis pœna subeunda esset. ^> (Xotf du Ivad.j

II. Avec le temps cependant, cette notion de l'Église invisible s'est considérablement étendue ; on l'a appliquée même aux affaires temporelles, et l'on a entendu de l'Église invisible tout ce que les anciennes confessions de foi entendaient de l'Église visible. L'idée de l'Église invisible est aussi le point de départ de l'union conclue entre les luthériens et les réformés (§ 56, p. 706, t. I). Dans ce sens agrandi, on entend par Église invisible l'unité dans le culte véritable que toutes les confessions rendent à Dieu. D'après la théorie des unionistes, tous les signes visibles de la communion, de l'Évangile et des sacrements se trouvent dans la conscience des individus '.

g 60. Orgpanlsation des ponvotrs dans l'Ég'Iise protestante*.

I. Dans l'Église protestante, tous les membres sont égaux entre eux ; les pouvoirs divins ne sont pas conférés à une classe particulière, mais à toute l'Église. 11 n'y a donc point de hiérarchie, point de qualité distinctive entre l'ordre et la juridiction. Les protestants admettent un sacerdoce général, qui autorise chacun à exercer les actions saintes du culte. Ils n'ont retenu l'ordination que comme un témoignage solennel et public donné au nom de l'Église pour attester qu'un tel est apte à exercer le ministère sacré, ad docendum Evangelium et ad sacramenta porrigenda populo, c'est-à-dire à enseigner l'Évangile et à conférer les sacrements au peuple^. La mission légitime, la vocation au ministère spirituel découle régulièrement de l'ordination.

II. Les protestants n'admettent point de corps enseignant investi d'une autorité particulière. Leurs confessions de foi déclarent que les Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testa -

■• Voyez pour le contraire Rothe, Die Aiifsenge der christlichen Kirche und ihre Verfassimg, t. IV, Wiltenberg, 1837, p. 98-138.

« Richter, Geschichte der evangelischeti Krrchenverfassung (cité au paragraphe précédent); le même, Sammluiig der evangelischen Kirchenordnungen des 16 Jarhrhimderts, Weimar, 1846; Hundesbagen, BeUrxge znr Kirchenverfassungsgeschichte, Wiesbaden, 186-i, t. I ; Stselin, Das landesherrliche Kirchenregiment, Leipzig, 1871 ; Wasserscbleben, Das landesherrliche Kirchenregimenl, Berlin, 1873.

3 August., Conf., art. 5, 7, 14; Apolog. Conf., lit. VII; Helvet. Conf., II, art. lo, 17; Helvet. Conf., I, cap. 18; Gallic. Conf., art. 2S, 31; ABgl. Conf., art. 23; Scotica Conf., art. 12.

i.A CONSTITUTION DE l.'ÉGUSE EN GÉNÉRAL. 19

ment sont l'unique source où l'on doit puiser la connaissance de la révélation ' .

ADDITION DU TRADUCTEUR

Quant à savoir comment ils possèdent les saintes Écritures, question fort grave, et qui leur en garantit l'authenticité, les protestants ne s'en sont point occupés; seules quelques confessions réformées déduisaient cette certitude d'une inspiration immédiate du Saint-Esprit. Ils ne s'inquiètent pas non plus de savoir ce qui adviendrait si des divergences éclataient eutre les membres du corps enseignant ou parmi les laïques sur l'interprétation de l'Écriture, et si chaque parti soutenait qu'il est d'accord avec l'Église. Luther écartait cette question en disant que l'Écriture était parfaitement claire par elle-même et ne donnait pas lieu à des interprétations différentes. Cependant, quand le cas se présenta réellement, il revint lui-même à une autorité décisive en matière de foi -.

III. Le gouvernement ecclésiastique fut revendiqué par l'Église protestante soit dans la confession d'Augsbourg \ soit dans les livres symboliques de la réformation \ Mais comme la réforme fut introduite dans la plupart des territoires par la violence des princes temporels (§ 34), et qu'après avoir rejeté l'autorité du pape et des évéques, les protestants n'avaient plus de représentant du pouvoir ecclésiastique, ce pouvoir, dans ce qu'il a d'essentiel, échut presque toujours au pouvoir civil *.

Les réformés de France furent les seuls qui se donnèrent une constitution synodale et presbytérale autonome (voy. ci-dessous, § 139); comme ils étaient en lutte avec l'autorité civile, ils furent obligés de se créer une constitution à part, et c'est ce qu'ils firent notamment par « la discipline ecclésiastique des Églises réformées de France, » instituée dans le premier synode national français tenu à Paris en 1559. Les réformés de Hongrie,

' Helv. Conf., II, art. 1-3; Helv. Conf., I, cap. i, ii; Gallic, art. 4, 5; Belg. Conf., art. 2, 5, 7; Angl. Conf., art. G, 20, 21 ; Scotic. Conf., art. 18. 19. Voyez Augusl. Conf., tit. VII.

» Walter, Droit canon, p. 78 et suiv.

' August. Conf., tit. VII, de potestate ecclesiastica. Artic. Smalc. Tractât, de potestate et jurisdictione episcoporum. Seulement les réformés n'admettaient pas que la juridiction épiscopale fût appuyée par le bras civil.

* Helv. Conf., II, art. 16, 19; Helv. Conf., I, cap. xvni.

5 Voyez les observations de Dœllinger, l'Église et les Églises, Munich 1861, p. o2.

de la Frise orientale, de Londres, et, dans la seconde moitié du seizième siècle, ceux du Bas-Rhin (Juliers, Clèves, Berg et La Marche, imitèrent cet exemple '.

IV. Quand on eut décidé qna le gouvernement ecclésiastique serait dirigé par les princes temporels, on imagina différents systèmes pour justifier cet ordre de choses'. La dogmatique lulhérienno établit ce principe qu'il y a trois classes dans l'Église : la classe des gouvernants (status politiciis), ou des princes, chargés de la direction extérieure; la classe des docteurs (status ecclesiasticus) , qui administrent le pouvoir des clefs à raison de leurs connaissances doctrinales; la classe des familles (status œconomicus), qui ont charge d'âmes dans la société domestique.

Quant au pouvoir ecclésiastique des princes temporels, on se contenta d'abord de le justifier en disant que la diète de l'empire en 1355 ayant suspendu la juridiction des évèques catholiques sur ceux qui adhéraient à la confession d'Ângsbourg (voyez ci-dessus § 33, p. 136), le pouvoir épiscopal avait passé', ou, selon d'autres, était retourné aux princes. On appelait cela le « système épiscopal '*. »

Un autre système, le système territorial, repose sur cette opinion que le pouvoir ecclésiastique supérieur réside déjà en germe dans l'autorité du prince temporel'. Au système terri-

< Voyez Richler, Droit eccL, % 6o, et les preuves à l'appui de chnque point.

* Voy. Netlelbladt, De tribus systemalibiis doctrinœ de jure sacrorum dirigendornm domini lerritorialis evnngelici quoctd Ecclesias evanqclicas sui lerritorii, in ejusd. Obscrr. Jur. ecd.. Halle, 1783; Richter, Manuel, § 64, et les citations; Phillips, Droit eccL, t. III, p. -430.

3 Voy. Slephani (mort en 16i6), De jurisdictione, Francf.-sur-le-Mein, •1611, in— 4"; Reinkingk (mort en 1061), Tractatus de jurisdictione sœcutiiri et ecclesioslico, Giess., 18G9, in-4°; Basil., 1023; B. Carpzov , le juriste (mort en 16G6), Jurisprud. consistorialis, Lips., 1645; J.-B. Carpzov (mort en 1699, théologien), De Jure decidendi controversias Vneoloçjicas, Lips., 169j; Fr.-C. V. Moser, Vcrlraute Briefe iiber das protestantisc/ie geislliche liecht, Francfort-sur-le-Mein, onzième lettre, 1761; Netlelbladt, Aricrkcnnunçi iiber die Kirchenqeimlt der eranqclischen Landesherrn, in dessen Ahlùindlungen, Halle, 1783; Ueber das bischœfliche Recht in der evaiigelisclicn Kirche in Deutsclihnd, Berlin, 1828 [Jahrbûcher des prcussischen Gesetzgebung, livrais. 61).

■'' C'était le sentiment de Reinkingl, op. cit.

' C'était l'opinion de Grotius dans son ouvrage posthume : De imperio summarum potestatum circa sacra (Paris, 1646-1647). Les philosophes

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