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Section I. — Influence de la religion à Rome.
Si nous remontons aux premiers temps de l'Etat romain, nous voyons celui-ci d’abord plus faible que ses voisins se fortifier peu à peu par une sage politique, pour arriver par des étapes successives à dominer les peuples d'Italie, puis à conquérir l'empire du monde.
Pour parvenir à ces résultats le levier le plus puissant de Rome fut assurément la religion.
C'est, au témoignage de Niebuhr, la religion qui fut le point de départ de sa puissance; c’est à elle
(1) « Telle est, d’après Hagenbuch (bei Orelli Inser. t. I. p. 392) et Marini (Ati. p. 708, 714 et 754), l'orihographe qui se trouve dans les inscriptions les plus dignes de foi ; les Latins écrivaient Fetialis; les grecs Daruwixs. (Den. d'Hal. Ant. rom. I. 72. — Plutarque; Camille, 18; — Numa 12; quest. rom. 62) et nous ne trouvonsdans aucun texte authentique l'orthographe l'ecialis ou Fæcialis ; que quelques auteurs modernes ont cru devoir admettresans vérification ».
(Weiss. — Le droit létial et les féliaux sous la République romaine, thèse 1880).
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qu’il faut attribuer la réunion de Roma et de Rémuria, « soit qu'on fut menacé d’un danger par l'approche des conquérants étrusques, soit qu’on le craignit du côté d’Albe. — Lorsque dans la suite des temps des mariages réciproques et un culte commun eurent préparé les esprits à l’idée de ne faire qu'un seul peuple, les deux villes s’entendirent pour n’avoir plus qu’un Sénat, qu’une assemblée de la nation, qu’un roi. Dès lors on unit le nom des deux peuples. — Populus romanus et » (1).
L'influence extraordinaire de la religion à Rome est incontestable. « Ce qui unit les membres de Ia
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famille antique, « dit M. Fustelde Coulanges (2) », c’est la religion du foyer et des ancêtres ». « La formation des curies, des phratries, des tribus s’explique par un même culte (3)». La religion préside atout. « Il n’y avait pas un seul acte de la vie publique dans lequel on ne fit intervenir les dieux (4) », et comme en témoigne l’éminent auteur de la Cité antique, « chez les Grecs et chez les Romains comme chez les Hindous, la loi fut d’abord une partie de la religion (5) Les Pontifes furent longtemps les seuls jurisconsultes. Droit et Religion ne faisaient qu’un » (6).
(1) Niebuhr. — Histoire romaine I. p. 411. (Traduction de Golbery).
(2) La Cité antique,, p. 43.
(3) Fustel de C., loc. cit., p. 145.
(4) Fustel de C., loc. cit., p. 204.
(9) Loc. cit. p. 236.
(6) Loc. cit. p. 237 et 238.
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Mais, d'autre part, il est constant que chez les peuples antiques, la religion était éminemment nationale. « De même que le culte du foyer domestique était secret et que la famille seule avait droit d’y prendre part, de mème le culte du foyer public était caché aux étrangers. Nul, s'il n’était citoyen, ne pouvait assister au sacrifice. Le seul regard de l'étranger souille l'acte religieux » (1).A ce point de vue, il semble au premier abord que la religion ait pu être plus nuisible qu’utile au développement de l'Etat; mais 1l n’en est rien et c’est avec raison que Cicéron a pu dire : « C’est par la religion que nous l'avons emporté sur tous les peuples de l'univers »(2).
En outre,il convient de remarquer que «la religion était purement civile, c’est-à-dire spéciale à chaque cité » (3). C'était une religion essentiellement politique(+) et, au témoignage de de Beaufort, «la religion et les auspices étaient les principaux ressorts de la politique et du Sénat» (5).
(1) Fustel de Coulanges, loc. cit. p. 184 et 188.
(2) De arusp. respons. 9. « Sed pietate ac religione, atque hac una sapientia quod deocum immortalium numine omnia regi gubernarique perspeximus, omnes gentes nalionesque superavimus ».
(3) Fustel de Coulanges, loc. cit., p. 245.
(4) Les critiques anciens dérivent en général ce nom (religio) de la même racine qui produit les mots diligens et diligentia ; ils pensent qu’à l’origine cela voulait dire simplement exactitude et régularité. — (Boissier. — La religion romaine I, p. 21). Ces qualités étaient les seules qu’on exigeait alors des gens religieux.
(5) La république romaine p. 72.
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Le culte des dieux que la religion comportait était d’une nature tout à fait singulière. «LesRomains,» dit Boissier (1), «ont une façon particulièrede comprendre les rapports de l’homme avec la divinité : Quand quelqu'un a des raisons de croire qu’un dieu est irrité contre lui, il lui demande humblement la paix,c’est leterme consacré (pacem dsorum exposcere) etl’on suppose qu'il se conclut alors entre eux une sorte de traité ou de contrat qui les lie tous les deux'; il faut que l’homme achète la protection céleste par des prières et des offrandes:,$ inais il serait peu convenable à un dieu qui a-bien accueilli un sacrifice,,de ne pas répondre pRiguer que faveur » TANT
dé tie si la SAT Ne EE eus à nationale et si, en principe, l'étranger n'ayant aucuné part à:là religion n’avait rien à attendre d'une «divinité romaine, les Romains n’en invoquaient pas moins, au besoin, les divinités tutélais res de ceux qu'ils combattaient,et,, quand. ils s’étaient emparés d’une ville, transportaient à Rome leurs statues pour $e concilier leurs faveurs (2).
(1) La religion romaine I. p. 21.
(2) Pline, Hist, nat. XXVHI,4. — Tile-Live. V.22 ; XXIX, 14. Ar pl « La politique qui régnait dans la religion des Romains se développa encore mieux dans leurs victoires. Si la, Isuperstilion avait été écoutée, on aurait porté chez les vaincus les dieux des vainqueurs ; on aurait renversé leurs. temples et, en établissant un nouveau .culte, on leur aurait imposé une scrvitude plus rude que la première, On fit mieux : Rome se
Mais 1l ne faut pas l'oublier, Rome était unie aux Etats qui l’avoisinaient par une origine commune ; loin d’être un obstacle à leur assimilation, la religion constituait donc à leur égard un lien tout naturel. « Quelques dieux, » dit Duruy (1), «avaient de plus nombreux adorateurs, comme Jupiter, le dieu de Pair et de la lumière, Janus le soleil..; et leur culte était le dernier lien qui tint réunies des cités d’une mème origine. C’étaient de véritables amphyctionies italiennes (2) que la religion présidait et que rompit plus tard la politique des Romains, après qu’il se furent eux-mêmes
soumit elle-même aux divinités étrangères ; elle les reçut dans son sein ; et par ce lien, le plus fort qui soit parmi les hommes, elle s’attacha les peuples qui la regardèrent plutôt comme le sanctuaire de la religion que comme la maîtresse du monde.— Mais pour ne point multiplier les êtres, les Remains, à l'exemple des Grecs, confondirent adroitement les divinités étrangères avec les leurs ; s’ils trouvaient dans leurs conquêtes un dieu qui eût du rapport à quelqu'un de ceux qu'on adorait à Rome, ils l’adoptaient, pour ainsi dire, en lui donnant le nom de la divinité romaine et, en lui accordant, si j’ose me servir de cette expression, le droit de bourgeoisie dans leur ville. Les Romains, qui avaient proprement d'autre divinité que le génie de la République, ne faisaient point attention au désordre et à la confusionqu'’ils jetaient dans la mytologie ; la crédulité des peuples, qui est toujours au-dessus du ridicule et de l’extravagant, réparait tout. » (Montesquieu. Politique des Romains dans la religion).
(1) Histoire des Romains, I. p. 78.
(2) On appelait ainsi douze villes liées par des traités d’alliance ; chaque année, elles déléguaient des ambassadeurs (xepuxns) pour s'occuper des intérêts commuss.