Peyrilhe, Histoire de la chirurgie, II
point sujets à être faits prisonniers de guerre, et seront renvoyés le plus tôt possible....
« Art. 26. Qu'on prendra soin des blessés de part et d'autre; qu'on paiera les médicaments et leur nourriture ; que les frais seront restitués de part et d'autre; qu'il sera permis de leur envoyer des chirurgiens et leurs domestiques avec des passe-ports des généraux; qu'au surplus^ ceux qui auront été faits prisonniers, aussi bien que ceux qui ne le seraient pas, seront renvoyés sous la sauvegarde des généraux, avec liberté d'être transportés par eau ou par terre, suivant la plus grande commodité et convenance des lieux où l'on sera, et par le plus court chemin, à condition, toutefois, que ceux qui ont été faits prisonniers ne serviront pas qu'ils ne soient échangés ou rançonnés.
« Art. 27. Que les malades de part et d'autre ne seront point faits prisonniers, qu'ils pourront rester en sûreté dans les hôpitaux, où il sera libre à chacune des parties belligérantes et auxiliaires de leur laisser une garde, laquelle, ainsi que les malades, seront renvoyés sous des passe-ports respectifs des généraux, par le plus court chemin, et sans pouvoir être troublés ni arrêtés.
« Il en sera de même des commissaires des
guerres, aumôniers, médecins, chirurgiens, apothicaires, garçons infirmiers, servants ou autres personnes propres au service des malades, lesquels ne pourront être faits prisonniers et seront pareillement renvoyés. »
Sept mois après, le l""" septembre 1759, un cartel, dont les articles 23, 27 et 28 sont conformes à ceux reproduits ci-dessus, était signé à Brandebourg, entre le marquis de Rougé, maréchal de camp des armées du roi de France, et le baron de Buddenbrock, général-major du roi de Prusse. Ce traité fut ratifié le même jour par Frédéric, et le 19 septembre par Louis XV \
Lorsque les luttes qui donnèrent lieu à ces conventions temporaires furent passées, tout cela tomba dans l'oubli, tellement que, fort peu d'années après, M. de Gliamousset, qui avait été intendant général des hôpitaux sédentaires des armées du roi de France, proposa quelque chose d'analogue, sans faire aucune mention d'essais dont on a peine à comprendre qu'il n'eût pas entendu parler. Dans un mémoire sur
1. Revue scientifique et administrative des médecins des armées de terre et de mer, t. VI, 1861 . — Gama, ouvrage cité,
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les hôpitaux militaires, qui parut vers 1764, il s'exprime comme suit :
- à Je crois devoir à l'humanité, en général, une réflexion sur le respect que les nations devraient accorder à ces asiles sacrés, où le ver^ tueux défenseur de la patrie va chercher la guérison d'une blessure dont la cause est si noble. Il est des pays où les criminels trouvent une retraite assurée dans les temples : les plus cruels ennemis se secourent lorsqu'ils sont blessés. La politique assure la liberté à ces troupes qui sont destinées à maintenir la police et le bon ordre dans les armées, et des blessés sont obligés de fuir un ennemi qui ne devrait plus voir en eux que des hommes frères, puisqu'ils sont hors de défense ! On ne
devrait donc -pas regarder les hôpitaux comme des conquêtes et les malades quils renferment comme des prisonniers. A combien de milliers de malades ou de blessés la crainte de tomber sous la puissance de l'ennemi n'a-t-elle pas coûté la vie! Les évacuations font périr un nombre infini de malheureux, qu'on aurait sauvés s'ils fussent restés dans le lieu oii ijs avaient été déposés d'abord. Comment est-il possible que des nations policées ne soient pas encore convenues de regarder les hôpitaux
comme les temples de l'humanité, qui doivent être respectés et protégés par le vainqueur? La voix d'une politique inquiète devrait-elle l'emporter sur le cri de la sensibilité qui réclame des droits si sacrés? Dans un siècle où l'on a tant gagné du côté de l'esprit et des lumières, ne devrait-on pas prouver qu'on n'a rien perdu du côté du cœur et des sentiments, et le moment ne serail-il pas venu d'établir parmi les nations une convention réclamée par V humanité^? » — Le souhait de M. de Charaousset ne fut pas exaucé, et ceux qui partageaient ses sentiments durent s'armer de patience pour attendre des temps meilleurs.
Pourtant Peyrilhe, qui connaissait le traité de 1 743, écrivait encore en 1 780 : « Aujourd'hui, les souverains ne devraient-ils pas convenir entre eux, par une loi non moins sacrée que celle de prendre soin des malades ennemis faits prisonniers, que les hôpitaux militaires seront, de part et d'autre, des asiles inviolables pour les malades et pour ceux qui les servent; qu'ils seront reeardés comme des sanctuaires dont il n'est pas permis d'approcher les armes à la main; enfin, que ceux qui les habitent ne se-