‹ Droit des gensChapitre 89 sur 143 · Costa, ouvrage cité, II · texte numérisé non relu

Costa, ouvrage cité, II

Néanmoins, môme j^our les guerres les plus récentes, il est des narrations qui prouvent que les blessés n'avaient qu'une très-médiocre confiance dans la pitié du vainqueur. Ainsi n'est-

' ce pas ce qui explique la surprise qu'éprouvaient les soldats russes en Crimée, lorsque les Français leur témoignaient de l'intérêt et de la

I bienveillance? Voici ce qu'en dit le docteur Scrive, médecin en chef de l'armée' : « A la suite des soins que nous prodiguions aux blessés russes, sur le champ de bataille et dans nos ambulances, c'était un émouvant spectacle que de voir l'étonnement profond dans lequel les mettaient nos bons traitements, et les sentiments exaltés que la reconnaissance faisait naître chez ces braves gens, trahis par la chance des batailles. En signe de leur extrême gratitude, ils nous embrassaient les mains rougies de leur sang , et rendaient au ciel, en y portant religieusement les yeux, des actions de grâces pour les bienfaits de notre secourable compassion. »

Cette conduite n'empêcha pas les appréhensions des blessés pendant la campagne d'Italie

1. Scrive, Relation medico-chirurgicale de la campagne d'Orient, k68.

en 1859'; leur triste situation ne leur semblait pas encore une garantie sumsante. Dans les caves de Magenta, par exemple, dans les recoins les plus obscurs de ce bourg désolé, plus de mille Autrichiens, la plupart blessés, s'étaient blottis après l'action, taisant leurs plaies et leur faim, tant ils avaient peur de leurs ennemis. Leur ignorance et leurs préjugés y étaient sans doute pour beaucoup; mais qui oserait affirmer que leurs craintes fussent dénuées de tout fondement ?

Concluons donc, encore une fois, que le premier alinéa de l'article G a sa raison d'être dans la Convention.

§ 3. Le deuxième alinéa a peu de valeur en apparence, car il ne fait qu'attribuer aux commandants en chef une faculté que personne ne songe à leur contester, du moins avec les réserves dont on a pris soin de l'accompagner, c'est-à-dire à la condition qu'elle ne tournera pas au préjudice des blessés et qu'elle ne s'exercera qu'autant que les deux belligérants seront d'accord pour cela.

On comprend très-bien que l'on n'ait pas l'ait au vainqueur, maître du champ de bataille,

Page 1