Manuel d'Économique, p
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pour ce qui est de l’activité économique de l’homme, si elle se déploie en fait dans la société, nous ne devons pas oublier qu'il peut y avoir une économie de l'individu isolé que des vérités économiques peuvent être énoncées où l’idée de rapports sociaux ne sera nullement impliquée ». M. Vilfredo Pareto s'exprime de façon semblable (1) ; l'économique traite d’un komo œconomicus abstrait et isolé,dont les caractères psychiques généraux, indépendants de toute organisation sociale, sont l'explication dernière de tous les phénomènes économiques.
Nous ne croyons pas cette conception plus défendable que la précédente ; car, comme celle-ci, elle nie l'évidence : à savoir que les phénomènes de valeur, comme tous autres phénomènes économiques, sont des phénomènes sociaux, qui dépendent toujours à quelque degré des caractères des sociétés où ils s’accomplissent. Les savants mêmes de lécole autrichienne se sont vus forcés de reconnaitre à la fin cette vérité ; et MM. Wieser et Clark ont reconnu, contre Jevons et Walras, qu'il y a une valeur sociale, qui dépend d'autre chose que des besoins de chaque individu pris isolément, et qui tombe sous l'influence de l’organisation sociale. On reconnait aujourd’hui que la valeur se fixe autrement dans une société commu-
1. Comment se pose le Problème de l'Economie pure, 1898, p. 8.
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niste et dans une société «individualiste » (1). Nous dirons, nous, que la valeur est doublement sociale. Elle l’est en elle-même ; c'est-à-dire qu audessus des désirs spéciaux à chaque individu il y a les croyances et les désirs du groupe, une valeur collective directement réglée par le groupe, soit de façon diffuse par la simple pression de l'opinion, soit même par voie d'autorité (taxes des prix, des salaires, etc.). C'est ce qu'impliquent d'ailleurs des concepts comme celui de rente du consommateur, qu'on ne saurait définir autrement que «la différence entre la valeur sociale etla valeur individuelle » (2). Mais la valeur, même la valeur individuelle, est quelque chose de social dans ses conditions et dans ses causes. Elle suppose un marché, c'est-à-dire une société, et on verra que ses lois varient selon ce qu'est la structure de cette société, et aussi selon son régime, selon qu'y règnent pour prendre les expressions de Stuart Mill, la coutume ou la concurrence : il y a, ainsi que le disait Tarde, des « prix de coutume » et des « prix de mode », qui ont des effets tout dit-
1. V. en général Schumpeter. On the concept of social value (Quarterly Journal of Economics, février 1909, p: 213-232).
2. C’est pour ne s'être pas placés à ce point de vue que des auteurs comme Nicholson (Principles of political economy, 1893, p. 57 et suiv.) nient la réalité et l'intérêt de la notion de rente du consommateur.