‹ Droit et Economie PolitiqueChapitre 4 sur 93 · — II · texte numérisé non relu

— II

ment sa nature, et non celle de l'individu ; et c'est pourquoi 1l n’y parvient pas spontanément.

IT. — c) Par là même déjà nous apprenons que la répélition sociale est quelque chose de spécifique “sidaus sa source, el non seulement dans son mode. La source des faits d’hérédité est doublement physique ; ils procèdent de l’organisalion physique des parents, et ils agissent par celle de l'individu lui-même. Au contraire, la répétition sociale résulte, non d’une nécessité physiologique, mais d'une pression directe exercée plus ou moins consciemment par la société. Autrement dit, l’acte hérédaire est nécessaire ; le fait social est toujours à quelque degré obligatoire :il est imposé à l'individu par une puissance extérieure et supérieure à lui, et qui ne peut être que celle du groupe. — Nous atteignons ainsi son second caractère général, qui le différencie maintenant à la fois des faits d'habilude et des faits d'hérédité. Ceux-ci, étant seulement transmis d’individu à individu, ne se répètent que dans le lemps ; les faits sociaux, étant imposés par la société simultanément à tous ses membres, se répètent et dans l’espace et dans le temps.

ditions et ses causes exclusivement dans l'association humaine et ses modalités varient selon ce qu'est celle-ci.

L'éducation dépend des formes de la famille, qui sont indifférentes à l’hérédité.

Il n’est donc pas nécessaire, pour qu’un faitsoit social, qu'il soit collectif, c’est-à-dire accompli par un groupe ; il suffit qu’accompli par un individu, il soit réglé par le groupe. Nous parvenons donc en fin de compte à la définition suivante : Les faits” sociaux sont des faits traditionnels et obligatoires accomplis ou directement réglés par une société.

Nous sommes maintenant en mesure d'introduire dans ce genre de faits des classes, en considérant quelles modalités revêtent leurs caractères. Nous pourrons ainsi les différencier les uns des autres par deux voies :

1° D’après les modalités de leurs caractères généraux, c’est-à-dire de ceux qu'ils ont en commun avec les autres ordres de faits, notamment avec les faits psychologiques et même avec les faits biologiques ;

2° D'après les modalités de leurs caractères spécifiques, qui les distinguent des autres phénomènes et en font, dans la réalité, un genre à part.

Considérons seulement, dans ce paragraphe, le premier mode de classement. D'après la définition même, nous trouvons deux sortes de faits

sociaux : des faits de groupement, ou des sociétés, et des faits qui se passent dans ces sociétés. C'est la distinction générale des organes et des fonctions, des faits de morphologie et des faits de physiologie. À cel égard, les modalités du fait social sont analogues à celles du fait biologique.

Mais si nous prenons seulement les faits de physiologie sociale, nous allons avoir à les diviser comme se divisent les faits psychologiques. Ces faits de physiologie sont, soit des notions ou représentations, soit des actes ou pratiques ; ce sont des manières de penser ou des manières de faire. — En combinant ces deux modes de division, nous obtenons, de ce premier point de vue, trois espèces de faits sociaux : les organisations, les représentations, et les pratiques, dont chacune pourrait faire l’objet d’une science distincte :; la morphologie sociale, ou étude des types de sociétés ; la psychologie sociale, ou étude des lois de la pensée collective ; la physiologie sociale, ou connaissance des lois de l’action collective.

Il y a ainsi des organisalions économiques, comme les familles, les métiers, les entreprises ; des notions économiques, comme la valeur ; des pratiques économiques, comme l'échange ; et chacun de ces genres de faits pourrait faire de même l’objet d'une branche ou d'une division distincte de l’économique.

Page 1