LOI DIVINE; LIBRE ARBITRE SJ
de notre premier père, se montre si tyrannique, qu’il faut des moyens d'ordre supérieur pour lui commander d’une façon quelque peu aisée et durable. C’est ce à quoi la Providence a pourvu par la grâce et les sacrements.
Des pédagogues et moralistes non catholiques, très bien intentionnés d’ailleurs, ont écrit des pages admirables sur la morale et la formation du caractère. Néanmoins il marque quelque chose à leur système éducatif, parce qu’ils n’apprécient ni n’utilisent les motifs et les moyens d'ordre surnaturel, dont Dieu a rendu exclusivement, pour ainsi dire, son Eglise dépositaire. — II importe qu’en décernant à ces écrivains des éloges, mérités sous certains rapports, les catholiques ne perdent pas de vue ces lacunes d’une «neutralité » trop prononcée. Qu'ils ne s’aventurent point à la légère à se joindre aux protestants ou aux incrédules, pour tendre en commun à un but d’ailleurs excellent: sur le terrain de la morale pure la collaboration pratique avec ceux qui ne partagent pas nos croyances, aboutit presque fatalement à des conflits de théorie absolument irréductibles.
3. Libre arbitre. Comme fondement subjectif de la morale, la doctrine chrétienne suppose chez l’homme l'existence du libre arbitre. Quand la volonté, dans les conditions normales de connaissance et d'absence de trouble physique, veut un objet déterminé, elle pourrait aussi bien vouloir le contraire, ou s’abstenir de toute volition — Telle est l’essence exacte de la véritable liberté, la liberté physique interne, dont nous défendons la réalité contre les déterministes.
Bien des personnes confondent d’une façon déplorable les différentes acceptions du mot diberté. — L'homme jouit de l'exercice de son libre arbitre ou liberté physique interne, quand sa volonté ne se trouve forcée ni directement (ce qui n'arrive jamais), ni indirectement, comme dans certains états extraordinaires et anormaux de l’intelligence, du sentiment ou de l'imagination. — Il jouit de la liberté physique externe, quand ses puissances externes peuvent exécuter ce que la volonté détermine, par exemple aller où il veut. — En un mot la liberté physique est l'absence de coaction, rendant la volition et l’acte extérieur possibles; toutes les facultés, à l'exception de la volonté, peuvent être directement forcées ou entravées dans leur exercice. Le voleur qui bâillonne sa victime, la contraint à se taire, non à vouloir se taire.
L'homme jouit de la liberté morale, quand ïl lui est permis de poser une action ou de l’omettre. Devant Dieu et la conscience cette liberté subsiste, tant que le suprême Législateur ou son légitime mandataire n’a pas imposé d'obligation; — négliger celle-ci n’est plus l'exercice de la liberté morale, c’est de la licence.
Ce que Dieu défend, l'autorité humaine parfois le tolère, c'est-àdire le laisse sans répression, pour des raisons d’ailleurs suffisantes ou non. Un père de famille ferme les yeux devant telle incartade de son enfant, pour éviter de plus grands inconvénients. L'Etat tolère parfois la prostitution publique; en vertu des « libertés modernes »
du culte et de la presse, il ne réprime point l’exercice des fausses religions ou les écarts de la presse impie. Les personnes moins instruites confondent souvent cette folérance, cette simple absence de répression de la part de l'autorité humaine, la liberté civile comme on dit parfois, avec une approbation où même avec la licéité devant la
conscience (n. 77).
Résumons par un exemple. J'ai, dans les circonstances ordinaires, la
liberté physique d’aller à la messe le dimanche: je puis le vouloir ou non; je puis le faire, aussi longtemps qu’un obstacle extérieur ne se met point à la traverse; je puis l’omettre tant qu’on ne me traine pas de force à l’église. Mais je nai point la liberté morale devant Dieu et devant l'Eglise de négliger ce devoir; l'Etat, de son côté, ne s'occupe point de cette négligence, il la tolère.
Le jeu du libre arbitre reçoit sa meilleure explication dans la théorie scolastique. À l’exception du Bien suprème, tout bien susceptible d’être l’objet de la volonté, a non seulement des motifs d’être recherché, mais aussi des motifs d’être délaissé, ne fût-ce que l’insuffisance de ce bien fini à satisfaire l’homme; l'intelligence, sous l'influence de la volonté libre, peut considérer davantage les motifs de rechercher l’objet proposé ou les motifs de le rejeter: tant que l’intelligence ne se laisse pas dominer (à tort ou à raison) par les uns ou par les autres, la volonté reste libre dans son choix (3).
4. Imputabilité. L'activité interne de la volonté, aussi bien que l'action extérieure qui en est la résultante, est donc vraiment propre et personnelle à l’homme normal. Toutes deux sont spécifiquement des actes humains, actus humanus, dont à bon droit l’homme doit répondre.
La libre détermination de la volonté suffit pour entraîner imputabilité (4) devant Dieu. Qui veut déterminément mal agir, mais se voit empêché d’exécuter son projet, n’est pas moins coupable devant Dieu que s’il avait agi. La règle fondamentale et universelle d’imputabilité en conscience s’énonce: « Dans la mesure précise où l’on a connu et voulu un objet déterminé on s’en trouve responsable devant Dieu ».
Au contraire sans activité du libre arbitre, point d’imputabilité. Ainsi par exemple: les actions posées par l’homme sans conscience aucune, comme tout ce qui se passe en lui en dehors de sa volonté, sont tout au plus des actes de l’homme, actus kominis, ne portant pas la marque spécifique de l’être raisonnable. On ne rend pas les machines ou les animaux respon-
(3) Voir le développement de la preuve de l'existence du libre arbitre dans ue ANNE GUTBERLET, et autres philosophes chrétiens
(4) Dans la rigueur des termes, imputabilité se dit des actions ou de leurs effets; parlant de l’homme, voulant ou agissant, on doit dire responsabilité; à
cause de leur corrélation nécessaire ces deux expressions ) se confon souvent dans l’usage. a pe