‹ Droit et moraleChapitre 14 sur 126 · DOUBLE EFFET · texte numérisé non relu

DOUBLE EFFET

d'accomplir un acte intrinsèquement mauvais. Mais la troisième condition (c) doit nous retenir davantage (13).

25. Le bon effet doit provenir « immédiatement » de l’action. Cela signifie seulement que le bon effet ne peut s’obtenir grâce au mauvais, n'être qu’un effet médiat de l’action et le résultat immédiat de l’effet mauvais. — Ce serait procurer le bien par le mal et vouloir effectivement le mal de quelque manière, notamment en tant que produisant le bien. Cela n’est jamais permis, Car « la fin ne justifie pas les moyens » (14) et S. Paul dit clairement: « Ne faisons pas le mal pour que le bien arrive » (Rom. 3, 8).

En conséquence, on ne peut, sans autre raison suffisante, négliger sa santé au point d’abréger sa vie (mauvais effet) et d’échapper ainsi à de grands malheurs (bon effet). Il n’est pas licite d’accepter, un duel et d’encourir ainsi un péril mortel (mauvais effet), pour prévenir la perte de sa position et de ses biens, car ce serait uniquement par le fait même de s’exposer ainsi avec un prétendu courage qu'on sauverait son honneur (!) et ses biens (bon effet). Une femme enceinte ne peut prendre un médicament ou subir une opération, n'ayant d'autre effet immédiat que l'avortement (mauvais effet), alors que celui-ci procurerait ultérieurement sa guérison (bon effet). Si, au contraire, un remède déterminé est le seul possible pour enrayer directement une grave maladie, remède qu’on prescrirait également à d’autres personnes souffrant du même mal, il peut être licite de s’en servir, au risque de causer une fausse-couche comme suite ultérieure. Il y aura aisément une raison proportionnellement grave à l’emploi de cette médication, si l’enfant ne peut, quoi qu’on fasse, être sauvé. Et qu’on ne se récrie point contre la prétendue subtilité de cette solution. Par hypothèse l'avortement n’est nullement nécessaire à la guérison de la femme, et dès lors le rétablissement ne se produit pas de par l'avortement: on ne recourt donc nullement à un mauvais moyen pour attendre une bonne fin, et il ne reste qu’à examiner Si la raison d’agir est proportionrellement grave pour ne pas devoir prévenir l’effet mauvais.

Cette solution est admise par tous les moralistes, par tous les médecins; elle le sera par tout homme réfléchi, s’il en pèse bien les éléments. — C’est une tout aufre question (semblable à celle qui a été citée, en premier lieu, dans le texte traitant de l’avortement) qui a suscité, entre moralistes et médecins, de nombreuses discussions, à savoir: l'avortement directement provoqué est-il défendu dans tous les cas? Voir Geneeskundige Plichtenleer.

(13) La plupart des auteurs distinguent quatre conditions. Mais la raison d’agir proportionnellement grave se confond d’ordinaire avec le bon effet; celui-ci pris adéquatement constituera précisément la raison d’agir proportionnellement grave.

(14) L’axiome soi disant « Jésuitique » : « La fin justifie les moyens » a occupé peu avant la guerre, les tribunaux de Trèves et de Cologne. A la suite de promesse faite de payer une forte somme à qui prouverait que ce principe est enseigné dans les ouvrages des moralistes de la Compagnie de Jésus, les tribunaux rendirent un jugement favorable... aux Jésuites en déboutant le demandeur.

26. La raison grave d’agir, se confondant pratiquement avec le bon effet, doit être en proportion de l'importance du mauvais effet, de la connexion plus ou moins intime et certaine de l'effet avec l’action, des autres inconvénients qui résulteraient de cet acte, le scandale, par exemple. Tout cet ensemble, dûment considéré, doit être mis en balance avec le mobile de l’action. Ce motif poussant à l’action doit donc être d'autant plus grave que le mauvais effet est plus considérable, surtout quand il se complique de dommage pour quelques innocents ou pour le bien commun; d'autant plus grave aussi que le mauvais effet est en connexion plus intime et plus certaine avec l’action, c’est à dire d'autant plus grave qu’en s’abstenant d'agir on préviendrait plus efficacement l’effet mauvais; d'autant plus grave enfin que d’autres mauvais effets, comme le scandale, sont à redouter.

Naturellement, la raison grave tombe, dès qu’il y a une autre solution possible, permettant d'atteindre le bon effet, sans avoir à craindre le mauvais.

27. Les exemples abondent. La raison d’agir n’est pas proportionnellement grave, et il y a péché à agir dans les cas suivants. Pour échapper à une injure et sans autre motif je donne à un mendiant une aumône, dont, sans aucun doute, il abusera pour s’enivrer, au grand dommage de sa femme et de ses enfants. — Dans l’unique intention de s’accommoder aux idées modernes, l'autorité civile permet la construction de théatres ou autorise des représentations d’où, au moins à la longue, sortira fatalement la corruption des mœurs. — Un catholique, exclusivement pour prévenir un certain froissement ou l’étonnement plus ou moins profond d’un de ses amis, se permet de suivre un «enterrement civil >. — Un prisonnier, pour échapper simplement à une détention de quelques semaines, s’évade, au péril imminent de sa vie. — Par entrainement sportif, par folle témérité, sans utilité scientifique et tout en négligeant les précautions voulues, on se livre à des courses dangereuses, à des expériences d'aviation des plus périlleuses etc.

Au contraire, la raison d’agir peut être regardée comme proportionnellement grave, et il n’y a point de péché, quand, par exemple, le mendiant dont il a été précédemment question, me menace sérieusement de très mauvais traitements, en cas de refus; quand pour échapper aux flammes, on se précipite du haut d’un toit etc.

28. Légitime défense. Le Docteur angélique (2. 2. q. 64. a. 7) en appelle au « principe du double effet » pour établir la théorie de la légitime défense. Bien que cette explication soit contestable, nous pouvons traiter ce sujet à cet endroit de notre travail. D'ailleurs, au point de vue pratique, les auteurs, s'ils diffèrent entre eux sur le mode d'explication, sont tous d’accord sur les solutions.

En repoussant un injuste agresseur, j’agis avec une bonne intention (a): ma volonté n’est nullement de tuer mon adversaire,

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