CHARITÉ
on déclarer à l'officier de l’état-civil un enfant trouvé (a. 58)? avertir un aveugle qui se dirige vers un précipice ? prévenir un homme peu entendu, qu’un exploiteur attire dans des entreprises financières dangereuses ? peut-on refuser une aumône indispensable pour parer une nécessité grave ? un ouvrier doit-il avertir le chef d'industrie de l'immoralité, de la séduction, de la propagande clandestine des écrits et journaux mauvais, qui sont en faveur à l'usine? un particulier doit-il dénoncer un voleur pour amener le recouvrement de grands biens à la personne lésée (n. 380)? un simple citoyen doit-il dévoiler à l’autorité une conspiration ourdie contre la sécurité du pays ? Dans ce dernier cas, il est difficile d'imaginer détriment propre assez grand pour permettre le silence.
Enfin il est tout à fait interdit aux électeurs de « s’abstenir » ou de déposer un bulletin blanc dans l’urne, quand cette conduite pourrait mettre en danger le bon résultat. Cette solution peut dans certaines circonstances paraître bien dure, mais il faut considérer l'importance des intérets menacés. Ce devoir existe indépendamment de toute loi rendant, comme en Belgique, le vote obligatoire. Cette loi d’ailleurs «est d’elle-même purement pénale (n. 59).
49. La charité impose donc certaines obligations Sous peine de péché, de péché grave même. Quelques-uns se figurent bien à tort que tout devoir vis-à-vis du prochain relève de la justice (28), comme si la charité se bornait à des conseils de perfection. Gardons-nous d’un certain libéralisme moral appliquant le « laisser faire, laisser passer » aux rapports des hommes entre eux, les considérant comme des unités simplement juxtaposées, se tirant d'affaire comme elles peuvent dans la lutte pour l’existence. Rien de plus opposé que cet égoïsme glacial à la chaude fraternité surnaturelle que la morale évangélique veut établir entre les hommes.
50. En effet, il y a plus encore. L’Evangile n'insiste pas seulement sur les devoirs stricts de charité, les devoirs à remplir sous peine de péché. Il nous prêche une charité expansive, qui de toute manière, par la parole et l’action, par l’appoint pécunaire et l'appui moral, cherche à procurer le plus grand bien spirituel et temporel et à épargner tout dommage à nos frères en Jésus-Christ.
En cette matière, comme en toute autre, nous ne considérons dans ce livre que le devoir strict : nous traitons de morale, non d'ascétisme ou de tendance au plus parfait. — Mais, que Île lecteur veuille bien ne pas s’y tromper, nous sommes bien loin de méconnaître la noblesse et l'importance deces sentiments plusélevés.
(28) Le principe « Tous les devoirs vis-à-vis du prochain ne relèvent pas de
la justice » est rendu évident encore par ce fait que les obligations réciproques des parents et de leurs enfants (a. 203, 371-4) dérivent de la pietas ou piété
filiale. — La disposition de l’article 374, défendant à l’enfant de quitter la maison paternelle sans l’autorisation de son père, est purement pénale, en tant qu’elle dépasse la loi naturelle. D’après celle-ci, l’enfant est, en effet, libre dans le
choix d’un état de vie et peut par conséquent abandonner la maison paternelle, si les parents s'opposent déraisonnablement à ce choix.