AVANT-PROPOS
Ce livre n’est pas conçu comme un étude originale, théologique où philosophique, juridique ou sociale. C’est un manuel appliquant les notions de morale naturelle et chrétienne aux questions de droit; manuel destiné à fournir aux hommes de loi quelques indications, rapides et claires, pour guider leur conscience dans l'exercice de leur noble profession,
Nous ne prétendons pas écrire un livre de droit civil, un commentaire des lois existantes. Gardons-nous bien de poser en juriste: ne sutor supra crepidam! Mais prenant comme point de départ le droit civil, surtout le droit belge, avec son interprétation commune, nous nous demandons quelles conclusions pratiques en découlent pour la conscience.
Le Droit, c’est-à-dire, d’après l’acception courante, le Code civil et les autres lois de l'Etat, n’a pas un domaine équivalant à celui de la Morale. Celle-ci est la science de fous les devoirs de l’homme, donc aussi des obligations, que ne connait point la loi civile et qui dérivent du droit naturel, du droit divin positif ou du droit ecclésiastique. Son domaine est donc plus étendu que celui du Droit. — La Morale vise la perfection de l’homme, sa fin derrière, le service de Dieu en cette vie et le salut éternel en l’autre, à procurer par l’observation de fous les devoirs de conscience. Le Droit a en vue le « bien commun» des citoyens de la communauté terrestre. — Les lois de l'Etat sont subordonnées au droit naturel, partant à la morale. Leurs prescriptions ne sont pas toujours confirmées par une obligation directe de conscience (n. 59); d’autre part, il est des devoirs de morale naturelle que l'Etat ne sanctionne pas par une obligation civile ou par une action devant ses tribunaux.
Il arrive donc que, légitimement, le droit et la morale ne se prononcent pas de la même manière sur une obligation déterminée. N’en concluons pas que par essence ils soient en opposition. La diversité de finalité et de point de vue justifie souvent des réponses différentes. Mais c’est une tendance louable de la jurisprudence, que de diminuer écart que la loi et la doctrine avaient établi entre le devoir naturel et le devoir civil (1).
S'imaginer que le dernier mot est dit, quand on a constaté ce que décide le droit civil, c’est avoir la vue bien courte. Les gens consciencieux, les hommes de loi catholiques considèrent autre chose encore. Précisément le but de ce livre est d’y fixer leur bienveillante
(1) Voir PERREAU, Les obligations de conscience devant les tribunaux (Rev. trim. de droit civil. Paris, 1913, p. 503).