AVANT-PROPOS XI
attention. Monsieur le professeur Vliebergh, le maître universellement vénéré, en a parfaitement caractérisé la tendance, dans la Préface par laquelle il me fit l'honneur de présenter mon travail au monde juridique. — On a parfois exprimé le désir d’une « jurisprudence de conscience »; mais cette casuistique, dans le bon sens du mot, existe depuis longtemps dans les œuvres des moralistés, qui examinent les types de questions pratiques. Dans les cours de théologie morale on consacre bien du temps à l’étude, au point de vue de la conscience, du droit civil, des devoirs professionnels des juges, des avocats etc. Et parfois ceux-ci ne soupçonnent même pas, que les prêtres ont étudié ces matières, dans le but précisément d'éclairer, suivant la mission reçue de Dieu et de l'Eglise, la conscience des fidèles! De bonne foi, des jurisconsultes tranchent en un tour de main des questions de conscience devant lesquelles hésitent des théologiens de profession! Puisse ce livre susciter des doutes salutaires et provoquer le désir d'informations plus amples!
Cet ouvrage, en effet, ne prétend nullement présenter une solution toute faite pour n'importe quel cas de conscience. Qu'on ne s’imagine pas qu’il rende toute consultation superflue! — Ne fût-ce que pour connaître la gravité du devoir de conscience, pour savoir s'il est question de péché mortel ou de péché véniel, un examen ultérieur s’imposera. En principe cette question a été laissée dans l’ombre. Au reste, la seule norme à donner serait celle-ci: Une faute contre la justice est objectivement un péché grave, quand elle cause au prochain un dommage considérable, comme la privation de ce dont il a besoin journellement lui et les siens, pour vivre Suivant sa condition. En outre il y a une limite, mettons 100 francs dans les circonstances actuelles. qu'on ne peut dépasser sans faute grave, si ce n’est peutêtre quand l'injustice se commet par petites quantités, au détriment de plusieurs personnes dont aucune ne subit un tort considérable. Aïnsi donc, quand dans les pages qui suivent, o1 condamne une conduite déterminée, il ne faut pas d'emblée conclure au péché mortel. Par contre, une action qui n’est pas « péché », n’est pas par le fait même « recommandable ».
Notre point de vue, celui d’un manuel de théologie morale pour les hommes de loi, et non d’un aperçu juridique à l’usage des confesseurs (1), explique aussi pourquoi certains grands principes de droit sont seulement mentionnés, tandis que des applications, moins importantes en elles-mêmes mais très pratiques, sont traitées avec plus d’ampleur. Notre Bibliographie fournit d’ailleurs quelques indications pour des études ultérieures: au bas des pages on cite souvent des noms d'auteurs, dont les ouvrages sont énumérés à la fin du livre.
Si toutefois le lecteur trouve encore notre exposé trop succinct, qu’il veuille bien peser toute la portée de nos expressions, suivant des déductions strictement logiques, et ne pas nous attribuer ce que nous n’avons pas dit. Si quelque solution paraît étrange à première vue, il se demandera avec bienveillance si cette première impression
(1) Comme les ouvrages d’ALLÈGRE, DE JAVEL, DUYNSTEE, GOUSSET, LEHMKUHL. mentionnés à la Bibliographie.