SPÉCULATIONS
du moins que les moyens employés ne sont pas mauvais et frauduleux en eux-mêmes. En effet la partie adverse consent à ce caractère plus aléatoire de la convention, d’après l’usage universel, même des gens « honnêtes » (n. 125, 206); elle consent à telle interprétation ou tel mode d'exécution, qu’elle est prête à utiliser elle-même à son avantage à la première occasion; disposée à rendre la pareille, elle ne peut trouver mauvais que son « partenaire » engage la « lutte » à armes égales, au sujet desquelles l'accord est fait et sans l’emploi desquelles la concurrence économique est devenue presque impossible.
Mais le fait même de ce consentement, et partant cet es de lucre artificieux et combatif, est profondément déplorable. Il supplante l’esprit de probité, de loyauté, de charité, qui devrait dominer partout entre chrétiens, et qui, somme toute, est encore le meilleur facteur de la prospérité économique.
290. Ces considérations nous fournissent aussi un critère pratique pour nous faire, le cas échéant, une opinion morale, sur les mille industries employées de nos jours dans le commerce et les spéculations de Bourse. Si telle manière d'agir n’est pas contre les règles exposées plus haut touchant les contrats en général ou en particulier, ni contre l’usage communément reçu par des personnes qui passent encore pour vraiment honnêtes, on doit s’abstenir de stigmatiser cette conduite comme décidément injuste, comme équivalant au vol et à la tromperie. Souvent toutefois il sera bien plus louable de l’éviter, si ce n’est peut-être en cas de véritable nécessité, par exemple pour ne pas devoir abandonner les affaires.