‹ Droit municipal au moyen âgeChapitre 47 sur 61 · XII. — Le Soissonais (2) était situé sur les confins de la · texte numérisé non relu

XII. — Le Soissonais (2) était situé sur les confins de la

(1) Nous mandons à deux de vous que vous vous transportiez an bailliage de Senlis; et faites venir par devant vous en certain lieu ou plusieurs, et à une journée ou plusieurs, si comme bon vous semblera, nos amez et féaulx, les prélaz, abbez, prieurs conventuaux, barons... et hommes du dit bailliage, et aussi les habitai» des bonnes villes et lieux notables du dit bailliage {Ordnn. du roi Jean, 1354, t. II p. 557).— (2) Atlas de la généralité de Soissons divisée en sept élections, savoir : de Soissons propre, de Guise, de Noyon, de Clermont, de Crespy, de Château-Thierry et de Laont par Mil. de la Fosse et Chambon (il&l).— Mélanges pour servira l'histoire du Soissona<3, par Darcosse (I84/i). — Dissertation historique sur l'état du Soissonais y par de Longdemarc (1745). — Notice mr Inorganisation de C assemblée provinciale de Soissons, par Ml- THOH (1863).

Picardie, dont la capitale était Soissons, autrefois Noviodu n um% chef-lieu des peuples Suessione*, que Clovis conquit sur Siagrius, et où Clotaire, son lils, établit sa résidence. Depuis le règne de Clotaire II, fils de Chilpéric, la ville de Soissons obéit aux rois de Neustrie, et, sous les Carlovingiens, elle demeura à Charles-le-Chauve, roi de la France occidentale, et à ses successeurs. Les comtes de Vermandois s'en rendirent maîtres au dixième siècle ; mais ce comté tomba en quenouille, et fut porté successivement dans les maisons de Nesle, de Bar, de Luxembourg et de Vendôme.

Soissons, vers la fin du septième siècle, au temps d'Ébroïn, maire du palais, conservait encore sa curie, puisque l'hagiographe d'un évêque de ce temps raconte qu'il convoqua les anciens et les chefs du peuple (seniores et plébiscite)*) par les conseils et la sagesse desquels il avait coutume de traiter toutes les grandes affaires et de juger toutes les causes.

La charte communale de Soissons émane de Louis-le- Gros; elle ne permet pas d'exiger la mainmorte de qui que ce soit (1). Une charte de Philippe- Auguste, de 1187, étend ses dispositions à plusieurs bourgs du diocèse (2) . L'histoire de la commune de Soissons a été écrite par M. Augustin Thierry, dans ses Lettres sur t histoire de Frante (lettre XIX).

Compiègne (Comperttiium), dont le nom est romain, mais dont aucun livre de l'antiquité ne fait mention, avait

(1) Consuetudines communias urbi Suessoniensi concessœ a Ludofico Crasso, art. 18, in fine : Nec cuiquam licebit ab aliquo vel aliqua de communia manummortuamexigere (d'Acherii, SpiciUgium, t XI, p. 340 et seq.). — (2) Philippùslf, pagensibus de Vailly, de Condé, de Chavanoir, dePilaineet de Paregui, diocœsis Suessionis, communiam confirmât et auget : avus noster Ludovi- CQ8 burgensibus Suessionibus communiam inter se habendam concessit et sigilli sui auctoritate confirmavit (Ibid.,LXÎf p. 238).

un palais, fort célèbre dans l'histoire du moyen âge, où mourut le grand Clovis. Cette ville, chérie de Charles-le Chauve, qui la fit appeler Cariopolie, prit, sous Philippe- Auguste, le nom de Cuise, à cause de la forêt (sylva Cosia) qui l'avoisine. Elle a toujours fait partie du domaine des rois de France et participé aux faveurs dont les villes de rile-de-France furent dotées parleurs souverains; ce fut de Louis VII que ses bourgeois obtinrent leur charte.

XIII. — Laon, que Hugues-le-Grand, duc de France et comte de Paris, força Louis-d' Outre-Mer de lui mettre entre les mains, et qui devint un sujet perpétuel de compétition entre les princes de la deuxième et ceux de la troisième race, n'avait été, sous l'empire romain, qu'une bourgade, dépendant du territoire de Reims. Ce fut saint Remy, évoque de Reims, qui sépara Laon de son diocèse, et qui créa Genebaud premier évêque de cette ville.

La charte communale de Laon est postérieure, de peu d'années, à la première charte d'Amiens. C'est Louis-le- Gros qui la lui donna, en 1228, en récompense de la bonne conduite des Laonnais, dans la guerre contre l'empereur Henri IV, et d'ailleurs comme un moyen de transaction et de paix. Laon était, en effet, devenue, à cette époque, le théâtre de grands désordres. Un évêque normand, homme d'église à mœurs militaires, les aggravait par sa tyrannie; les clercs, les chevaliers et les bourgeois s'étaient confédérés, et avaient juré ensemble une charte d' affranchissement. C'est cette charte, acceptée par F évêque, que Louis VI scella du grand sceau, moyennant une prestation pécuniaire de la commune, qui imprima au contrat un caractère synallagniatique (1).

(1) Compulsas est rex largitione plebleia id ipsum jurçjuraodo conflrmare.

Les droits politiques qu'elle assura aux bourgeois de Laon consistèrent en l'élection du mayeur et des jurés par les hommes de la commune; en l'abolition de la servitude et des redevances féodales, remplacées par un tribut fixe; en l'égalité devant les juges communaux, épiscopaux ou royaux ; au droit de n'être arrêté que par ordre du magistrat; au privilège d'être armé, pour soutenir la liberté municipale contre les entreprises des nobles. Le mayeur et les jurés furent, d'ailleurs, investis du droit de punir les coupables, qui durent rendre tête pour tête, membre pour membre, ou payer une amende proportionnée à leurs crimes (1).

Cette charte n'atteignit malheureusement pas le but que s'était proposé son généreux fondateur; de nouveaux débats éclatèrent entre les bourgeois et l'évêque de Laon* L'évêque fut tué dans une sédition populaire, et l'un des conjurés lui coupa le doigt avec une épée, pour s'emparer de l'anneau. Après la Jacquerie, vint la trahison. Les bourgeois firent appel à Thomas de Marie, sire de Coucy, ennemi personnel du roi, qui encouragea le pillage et le massacre, et qui fut excommunié par un concile provincial.

Une horrible guerre civile, mue, à cette occasion, entre les bourgeois et les partisans de l'évêque, fut terminée par la médiation du roi , et par la concession d' une charte nouvelle , que Louis VII confirma, malgré l'opposition de l'évêque. Cette charte, annulée d'abord par Philippe H, fut ensuite rétablie par lui (2) ; mais, deux siècles plus tard, en butte à

(1) Quod si reus inventas fuerit, caput pro capite, membrura pro meinbro reddat ; vel ad arbitrium majoris et juratorum pro capite aut membri qualitate dignamsolvatredemptionem.— (2) Recueil des ord. des rois de l<rance% t XI, p. 185. — Ord* des rois de France % t. XII.

de nouvelles attaques et à des alternatives de confirmation et de suppression, elle fut définitivement abolie en 1551, à cause de l'abus qu'en avaient fait les bourgeois. La charte de Bruyère et autres bourgs des environs de Laon, octroyée par les prédécesseurs de Philippe- Auguste, ad modttm paris Laudunensis, et confirmée par ce prince en 1186, contient les mêmes dispositions que la charte de Laon et entre autres Y abolition de la mainmorte.

Coucy, ville située entre Laon et la rivière d'Oise, était divisée en haute et basse ville : Tune appelée Coucy-le- Châtel, l'autre Coucy ville. Son ancien nom latin était Codiciacum. Gouvernée du temps des Carlovingiens par l'archevêque de Reims qui, vers la fin du dixième siècle, la laissa aux moines de Saint-Rem i, cette ville fut donnée en fief à plusieurs chevaliers, et passa de la maison d'Enguerrand à la maison royale de France.

Noyon, ville ancienne, mais peu considérable au temps des Romains, contre lesquels elle ne put promettre que dh mille hommes, devint, sous l'épiscopat de saint Médard, la capitale du diocèse, qui siégeait auparavant à Saint- Quentin, et fut régie par des institutions municipales analogues à celles de Soissons.

Noyon reçut, en 1108, de l'évêque Baudri, une charte qui fut ratifiée par Louis-le-Gros, et confirmée par Philippe-Auguste en ces termes : « Communionem in Novione «constitutam consilio clericorum ac militum necnon et « burgensium a domino rege Ludovico concessam. »

XIV. — Un autre pagus de l'Ile-de-France, le Beauvoisis, situé sur les confins de Y Amiénois et du pays de Santerre, et qui comprenait le Vindelois, le Chambliois, le Senlissois, faisaient partie de l'ancien Belgium. Les peuples Bellovaci qui l'habitaient sont appelés par César les plus puissants de la Belgique. Leur capitale, Beauvais (Ce-

soramagm) , devint le chef-lieu d'un comté qui fut donné par Hugues, comte de Champagne, à son frère Roger, évêque de Beauvais.

Les habitants de Beauvais conquirent par une conjuration la charte qui devint le modèle de celle que Louis VU accorda aux bourgeois de Compiègne, et dont l'art. 22 est ainsi conçu : « Moi, Louis, je veux faire savoir à tous que les hommes de la commune de Beauvais, interrogés par nous sur le point de savoir comment ils ont tenu leur con** mune, ont répondu que, depuis qu'ils ont juré la commune, jamais ils n'ont vu payer la mainmorte à Beauvais , et qu'ils sont prêts à l'affirmer devant nous par serment, s'il est besoin. »

Au nombre des dépendances de l'évêché-comtéde Beauvais était Gerberoy (Gerboredum) , dont les seigneurs prirent le titre de vice-domus ou vidame, parce qu'ils tenaient leur château et seigneurie comme vassaux de l'évêque de Beauvais, qui était leur seigneur suzerain. La race des seigneurs vidâmes de Gerberoy s' étant éteinte, les évêques de Beauvais prirent eux-mêmes le titre de vidâmes de Gerberoy. Le comté de Glermont, que saint Louis donna à so» fils cadet, Robert, tige de la maison de Bourbon, et qui fut confisqué sur le connétable de Bourbon et réuni à la couronne, faisait aussi partie du Beauvoisis.

Senlis, ville de la seconde Belgique, bâtie par les Romains, et dotée par eux d'un territoire, des droits de cité et du nom romain Augmtomagus eut, au dixième siècle, des comtes de la maison de Vermandois. Lorsque Hugues* Gapet fut élu roi, il était déjà propriétaire de cette ville où il ne restait plus que des chevaliers qu'on nommait bouleiliiers de Senlis.

Le pays ou comté de Valois (comitatus Valesienm) fut réuni par Philippe VI au patrimoine de la couronne* La

charte de Crépy, capitale de ce petit royaume féodal, accordait aux habitants le droit de clameur, c'est-à-dire le droit de dénoncer les violences et exactions des seigneurs au capitaine commandant les troupes du roi, dont le domaine était limitrophe. Elle autorisait les bourgeois à tenir des assemblées et à confier la gestion des affaires communales à des hommes de leur choix. Quinze magistrats électifs, y compris le bailli, fof maient le tribunal de la commune. Ce tribunal connaissait des affaires civiles et des délits, à la réserve du meurtre, du rapt et de l'homicide, lesquels reasortissaient de la compétence du bailli royal.

XV. — Au couchant du Beauvoisis était situé le Vexin français, séparé du Vexin normand par la rivière d'Eue ; sa capitale était Pontoise (Brive-Isara) , marquée dans 17//néraire d'Antonin. Il n'est point fait mention, dans les actes avant saint Louis, du Vexin français; mais, en 1255, ce roi donna et unit à l'archevêché de Rouen l'archidiaconé de Pontoise, qui était de collation royale, à la charge que l'archevêque Odo et ses successeurs auraient un vicaire à Pontoise, pour juger les causes des bourgeois et des habitants des villages voisins qui en dépendaient. On réservait à f archevêque et à son officiai de Rouen la connaissance du crime d'hérésie et de faux, avec l'appel au tribunal ecclésiastique de Rouen des jugements du vicaire de Pontoise. Chaumont (Calvus morts) , place forte, dont Guillaume-le-Breton fait mention en 1188; Meulan, (Mellentum), séparée en deux villes, dont l'une faisait partie du Vexin et du diocèse de Rouen, et l'autre du diocèse de Chartres; Mantes (Medunta), dont les comtes du Vexin étaient seigneurs depuis le dixième siècle; Montfort, surnommé l' Amaury, à cause de l'un de ses seigneurs; Montlhéri (mon* lœthereticî) remarquable par le château qu'y bâtit le roi Robert; Dourdan (Dordinga), située sur les

confins de la Beauce, et où mourut Hugues-le-Grand, duc de France et comte de Paris; Melun (Melodunum), ville du territoire de Sens, et voisine de Fontainebleau, maison royale déjà connue sous Philippe- Auguste ; Montereau- Fault- Yonne (monasterialum Senonum), que Chopin affirme, au viie ch. du Ier livre du Domaine, avoir été acquise en échange par Philippe-Auguste du seigneur d'Auquoy, mais quel1 historien Nicole Gilles représente comme cédée forcément à saint Louis, par Thibaud, comte de Troyes,qui s'était révolté contre lui; Moret {Muritum j ; Nemours (nemus Nemosium) , que l'un de ses seigneurs chevaliers céda, en 1276, àPhilippe-le-Hardi, petit-fils de saint Louis, et qui, donné en apanage par Charles VI à Charles, roi de Navarre, rentra, par une confiscation, dans le domaine de France, en 1425, mais en sortit de nouveau, et ne fut définitivement réuni à la couronne que par un arrêt du parlement du 22 février 1532; telles étaient, au moyen âge, les villes les plus considérables de l'Ile-de-France.

Page 1