‹ Droit municipal dans l'antiquitéChapitre 25 sur 91 · LU · texte numérisé non relu

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F&iraiisme ,0’autres théoriciens (1), persuadés que l’histoire donne italien. ^ exemples, non des oracles, et que c’est dans les besoins du présent qu’il faut chercher lesélémeutsgle la constitution politique de l’Italie, ont conçu la pensée d’une fédération permanente ; entre ses États, sous la présidence honoraire du Saint-Siège. Mais, sans rechercher quel pourrait être, en présence d’une su- . prématic purement honorifique, le chef de la fédération italienne,

’ „ n’y a-t-il pas en l’état des choses, de graves obstacles à l’idée t même de la confédération î

Ce serait assurément un progrès pour l’Italie que de soumettre à un régime uniforme ses monnaies, ses poids et mesures, ses postes, ses douanes, et, à plus forte raison, les intérêts collectifs ’ , de sa défense territoriale, sans altérer l’autonomie de ses municipe et l’indépendance de ses États. Mais il est douteux que cet idéal du fédéralisme soit en ce moment réalisable. fct. Il ne peut exister de fédération qu’entre des peuple libres et capables d’organiser par eux-mêmes un congrès qui, tout en respectant l’indépendance et l’autonomie de chacun des mem- • bres de l’union, représente la république entière dans toutes ■j, , les choses d’intérêt commun, et qui ait, pour l’exécution des Volontés générales, ses magistrats, son armée, sa marine, ses tribunaux, concourant à mettre le Corps fédéral en rapport direct avec les citoyens pour toutes les choses de sa compétence. Toute fédération dépourvue de ce caractère, n’est qu’une ligue.

Dans l’antiquité, les ligues achéenne et lycéinne devinrent des fédérations du jour où les villes, instituant un parlement et déléguant à des magistrats indépendants l’administration du corps entier, créèrent en dehors d’elles-mêmes un véritable pouvoir législatif et exécutif. La ligue des amphyctions resta au contraire à l’état de ligue, parce que, malgré les attributions souveraines dont le conseil général était investi, il n’avait cependant pas la plus précieuse de toutes, le droit d’adxnjnis- IratioD.

(1) Le R. P. Vf.stur.v G’sai ,»ur te pouvoir public, ch. un, Napolivn lll cil' Italie.

Daus des temps plus rapprochés de nous, la république des Pays-Bas a été une fédération, et l’anse teuloniquc uncf ligue. Le parlement des Pays-Bas était souverain, puisqu’il disposait d’une administration énergique, qui avait, en droit comme en fait, la force suffisante pour conduire à un but commun les terres confédérées, et pour donner au corps politique une vie unique et individuelle. Au contraire, le conseil de l’anse était, si l’on veut, législateur suprême dans les causes déférées à son autorité par le pacte fédéral, mais il n’était pas investi de l’administration, qui appartenait aux membres de la ligue, et il restait, dans le plus grand nombre de cas, impuissant à gouverner, comme l’avait été le conseil amphyctionique.

La Suisse, dans sa constitution primitive, était plutôt une ligue qu’une confédération. Le pouvoir législatif appartenait en effet aux cantons, dont chacun avait un droit égal de suffrage dans le Vorort, et ne pouvait être contraint par des moyens coércitifs, dépendants de l’État. On a pu craindre, il y a dix ans, que les efforts faits depuis le commencement de ce siècle pour remédier h l’excès de l’indépendance cantonale, ne fissent prévaloir sur le principe traditionnel de la liberté helvétique, le despotisme exotique d’une démagogie unitaire. Mais, entre ces deux excès, on a su saisir un moyen terme; et la Suisse, sans abdiquer ses lois et ses mœurs antiques, s’est rapprochée dans sa constitution fédérale du modèle des États-Unis. Mais pourquoi la république helvétique a-t-elle réalisé sans secousse ce progrès social? Parce que ses mœurs traditionnelles ont scellé depuis huit siècles la précieuse alliance de l’ordie et de la liberté, et parce que, trouvant dans cette situation privilégiée, an double rempart contre la révolution formentée par l’unitarisme démocratique, et contre les atteintes extérieures qui pourraient la menacer, la Suisse a pu fortifier son unité politique sans compromettre ses libertés. Ce peuple énergique et sensé a accompli ses réformes intérieures par la centralisation progressive des réglements militaires, financiers, économiques, d’un intérêt général, mais ces restrictions au droit de souveraineté cantonale n’ont pas ébranlé le principe conservateur de l’au-

tonomie. Chaque canton est resté maître de son système constitutionnel, de sa législation civile, commerciale, criminelle; chaque canton a été, comme par le passé, également représenté dans une assemblée unique, la Diète fédérale ; et grâce à l’harmonie qui n’a pas cessé d’exister entre son principe fédératif et la libre administration de ses cantons et de ses communes, la Suisse est restée, sauf quelques exceptions regrettables, un modèle de paix, de liberté et d’indépeudance.

L’Italie est-elle prêle pour une évolution de ce genre? Est-ce de l’unité politique qu’elle doit d’abord se préoccuper ? N’a-t-elle pas à résoudre préalablement un autre problème, •ni celui de l'affranchissement de ses nninicipes encore courbés sous des gouvernements absolus et sous la domination étrangère?

L’idée d’une fédération permanente entre les Étals de l’Italie n’a été réalisée à aucune époque de son histoire.

'■ Dans les grandes associations de ses municipes primitifs, tous

les membres conservaient intacte leur propre souveraineté, et

l’exerçaient pleinement dans leur propre territoire ; ils concouraient, il est vrai, par leurs conseils et leur assistance aux choses , d’un intérêt général, mais ils ne relevaient d’aucun état,d’uucuu corps souverain.

L’Italie du moyen âge, comme celle de l’antiquité, n’a vécu en quelque sorte que de la vie municipale, et l’esprit d’indépendance individuelle y a étouffé l’esprit d’association, qui, audelà des monts, en Angleterre par exemple, a opéré tant de prodiges. De là l’impuissance des fédérations et la durée éphémèr des ligues lombarde et véronaise.

La ligue lombarde obtint d’abord des succès rapides, qui lui procurèrent chaque jour de nouveaux associés. Venise, Vérone, Vicence, Padoue, Trévise, Ferrare, Brescia, Bergame, Crémone, Milan, Lodi, Plaisance, Parme, Modène, Bologne, prêtèrent le serment de la confédération (1), et forcèrent l’empereur, par leur altitude énergique, de quitter secrètement l’Italie et de retourner en Allemagne.

M (') Mi n.vrom, Hissa i. M.VIII, t. IV, p. 261, rapporte le serment des confédérés.

Le moment était opportun pour transformer une ligue passagère en une fédération permanente. Les villes sortaient de leurs ruines et se relevaient florissantes. L'éhipereur, chassé de l’Italie, ne les menaçait que de loin. Le danger d’une invasion nouvelle n’était cependant pas conjuré; il fallait le prévenir en créant un lien, un centre d’action entre ces petits États trop faibles pour résister isolément. Une république fédérative pouvait naître en Italie de la ligue lombarde, comme elle naquit plus tard en Suisse, dans les Pays-Bas et en Amérique, des ligues contre le duc d’Autriche, Philippe d’Espagne et Georges III. Soit défaut de lumières, scit égoïsme local peut-être, les villes d’Italie ne surent pas s’élever à la pensée de restreindre leur indépendance particulière au profit des libertés générales, en confiant à un congrès la gestion des intérêts collectifs, et surtout des relations étrangères des États confédérés. Elles crurent avoir assez fait en s’obligeant par serment à ne faire ni paix, ni trêve, avec l’empereur, et à le poursuivre par les armes s’il rentrait en Italie (1). Les consuls elles podestats des villes délibéraient en commun sous le litre de recteurs des sociétés des villes, mais leurs résolutions n’étaient pas définitives, et ils les soumettaient au retour dans leur patrie aux délibérations du peuple de chaque cité (2) ; on ne songea pas même à l’établissement d’une diète permanente autorisée à fixer d’une manière souveraine le contingent des divers États, en armes et en contributions, et à protéger l'Italie contre les dissensions intestines et contre le péril de l’invasion étrangère.

Le même phénomène s’est reproduit de nos jours durant lu crise de cinq ans qui fut terminée par la bataille de Marengo. Les municipes de l’Italie avaient alors la pleine liberté de s’organiser à leur gré, caressés comme ils l’étaient des deux parties conteudantes; et si l’esprit provincial y avait été quelque peu vivace, ils auraient saisi l’occasion propice de se réunir en fé-

(1) iVequc paceui, neque treagam, neque guerram recruditim eum imperatore faciani. (Mürvtom, Dissert. XLY1II, p. 265,060.) (î) Ml'lUTORl, /tnt. Hat. XLVlll, p. 269.

dération. Tout les y invitait, leur organisation républicaine, la garantie d’indépendance. résultant des divisions de leurs ennemis, la crainte qu’ils ne se réunissent au détriment de l’Italie. Mais il fallait adopter un État central, une capitale, et les traditions, ainsi que les jalousies réciproques, y mirent obstacle.

Ce dont l’Italie du moyen âge s’est montrée si peu capable, comment pourrait-elle le faire aujourd’hui? est-ce qu’aujourd’hui, comme alors, l’Italie n’est pas dépourvue d’esprit provincial? Est-ce qu’il est possible de ranimer sa vie politique autrement que par les niunicipes, qui, formés par le concours spontané des citoyens et sans coopération de l’État, ont acquis leur personalité en vertu de leurs propres traditions, se sont fortifiés par le consentement de leurs enfants, à qui ils ont procuré tous les avantages de la vie civile commune, et ont joui seuls et si longtemps d’une pleine autonomie dans l’administration de leurs intérêts locaux ? Par leurs magistrats élus, ces municipes ont toujours rempli les offices relatifs au culte, h l’instruction, à l'édililé, à la bienfaisance, à l’hygiène, à la perception des impôts, à l’administration des revenus communs. Par leur représentai, ils se sont mis partout en rapport, comme de simples individus, avec l’état, quelle que fût la forme de son gouvernement, lui ont demandé protection et secours, pour le libre exercice de leurs droits et de leurs attributions, et lui ont laissé le soin d’assurer et de défendre la vie du corps politique. Mais ils n’ont jamais formé par leur agrégation, des corps intermédiaires entre eux et l’état; ils auraient craint par là de diminuer leur bien-être et leur liberté au dedans, sans acquérir plus de sécurité et d’indépendance au dehors. A-t-il existé, cependant, chez aucun peuple, un lien fédéral, autrement qu’entre des souverainetés divisées en plusieurs parties autonomes? Les pays-bas, les États-Unis ne se sont-ils pas divisés en communes et en districts ; et peut-on citer un seul exemple de fédérations entre de grands corps politiques qui n’aient été subdivisées?

A ne considérer donc que les antécédents historiques, et abstraction fuite môme des obstacles qu’oppose à une confédéra-

lion italienne l’unitarisme, soutenu à la fois par l’instinct révolutionnaire de la centralisation et par la complicité intéressée d’ane puissance plus disposée à exploiter l'Italie qu’à l'organiser, les peuples de l'Italie, ces peuples d’artistes, de savants et de poêles, sont plus antipathiques à la création d’un corps fédéral, qu’à celle d’un corps unitaire, soutenu par un prince national et môme étranger.

D’ailleurs, la première condition d’un gouvernement fédéral, c’est l’autonomie des peuples qui concourent 5 le former. Où * règue le pouvoir absolu, le lien fédéral n’est possible qu’entre les gouvernements, et ce lien ne peut qu’aggraver la servitude des peuples. A ce nouveau titre, la fédération des États de l’Italie offre, dans l’état actuel des choses, un véritable danger. Ce serait, au lieu d’une société de peuples libres, une sorte d’assurance mutuelle entre des gouvernements hétérogènes par leurs traditions, leurs constitutions, leurs mœurs, leurs usages: l’un, plus que jamais hostile aux races latines et à l’Italie; un autre, considéré comme n’étant italien qu’à demi; la plupart d’entre eux, subissant un protectorat étranger, qui ne leur laisserait pas la liberté de leurs mouvements ; tons obligés, pour maintenir une union factice et contre nature, de comprimer et de diriger les aspirations populaires, dont la liberté est, en quelque sorte, l’âme des fédérations.

Avant de songer à fédérer les États de l’Italie, il faut s'occuper de l'affranchissement de ses municipes. La question de la décentralisation est préalable à celle de l’unificati m, sous quelque forme qu’elle se produise.

XXXI. — Les peuples de l’Italie, réintégrés dans leurs liber- Affranchi**», tés, sauront bien veiller, pareux-mémos, au soin de leurs inté- municipc». rôts politiques. L’expérience leur a prouvé le danger de leurs dissenlious, et, de l’aveu de ceux qui les connaissent le mieux, les libertés publiques sont le vrai moyen d’établir un tra't d’union entre eux et un principe de nniionalilé.

Les rancunes entre les républiques dominatrices et les municipes sujets, ont laissé des traces, sans doute, malgré la cessation de la dépendance ; et les rivalités de voisinage, entre les

cités égales, subsistent. Mais, rendues sages par l’expérience et stimulées par le3 progrès de la civilisation, les populations italiennes resserrent, chaque jour, les liens de leurs associations fraternelles. La tendance vers un rapprochement triomphe de jour en jour des souvenirs des vieilles querelles, elles rapports intellectuels et commerciaux, toujours plus fréquents, accroissent le sentiment de la nationalité, né de l’identité de langue et de religion, et fortiCé par la communauté d’intéréts. Ce besoin d’union et de nationalité trouve, dans le raunicipalisme, un lien, non un dissolvant; et c’est de la réunion en un patrimoine commun des richesses et des gloires particulières de leurs inunicipes, rendus à leur liberté première, que les vrais patriotes de l’Italie attendent leur régénération politique.

« Les étrangers, accoutumés h chercher dans l’État la source et la règle de la vie sociale, dit un publiciste cité plus haut, ont peine à comprendre cette vie italienne, qui a pour commencement et pour fin le municipe, qui y trouve sa raison d’élre, sa loi, ses conditions de durée. Mais le peuple italien n’en persistera pas moins dans sa voie, et restera immobile, plutôt que d’en suivre une autre.

« Les Italiens demandent à haute et unanime voix l’indépendance de leur patrie, parce qu’ils comprennent que leurs municipes ne peuvent jouir d’une vie pleine et parfaite saus l’union au dedans et l’indépendance au dehors. Mais ils comprennent que pour pouvoir consacrer toutes leurs forces aux réformes politiques ils doivent écarter avant tout les désordres sociaux qui ont troublé, dans ces derniers temps, la plupart des États de l’Europe. Ils comprennent que l’union, et non l’antagonisme des classes, fait la force et la durée des nations, et ils confient au municipe, celte forme antique et inaltérable de leur vie politique, le soin de développer le mouvement lent, mais infaillible qui doit, dans un temps donné, leur rendre l'indépendance et la liberté. »

Chaque nation, chaque corps politique a, dans l’unité élémentaire qui le constitue, sa règle générale de stabilité. L’Arabie s’est immobilisée dans ses tribus, l’Inde, dans ses castes,

la Chine dans ses corporations de mandarins, l’Italie dans le municipe. Le municipe simple est l’unité élémentaire de la nation italienne. La vie intérieure de l’Italie a commencé, continue et durera dans le municipe; sa vie intérieure n’a été et ne sera bonne qu’en s’harmonisant avec lui. Le municipe est en Italie, selon l'expression de Mably, le lest du vaisseau de F État .

XXXII. — Ici s’élève un redoutable problème : A qui sera-t-il donné d’assurer le repos, la liberté, l’indépendance de l’Italie? Est-ce à ses gouvernements anciens et héréditaires? Est-ce à des gouvernements nouveaux, proclamés par la révolution triomphante ou imposés par l’étranger?

Ou ne saurait se dissimuler que de déplorables malentend us ont excité des défiances et des haines entre des gouvernements qui ont eu le tort, peut-être, de s’isoler de populations accoutumées à participer à tous les actes de la vie publique, et des peuples que le ressentiment surexcité par des exemples et des conseils étrangers, a encouragés à chercher la liberté dans la révolution. Mais ces causes d’irritation, fomentées parles ambitieux et les anarchistes, céderaient aisément à de hautes et magnanimes iuQuences; et si un congrès européen, s’inspirant de la pensée du droit, s’interposait généreusement entre les peuples et les gouvernements de l’Italie, il serait plus facile de les concilier qu’il ne l’est de les armer les uns contre les autres par de ténébreuses intrigues. Ce qui imjmrte à l’Italie, ce n’est pas de détrôner ses princes héréditaires et de confier aux chances de l'élection ou aux fantaisies diplomatiques, le remaniement de sa carte territoriale et le choix de ses gouvernements : c’est de conserver ses anciens États et de consolider partout l’ordre traditionnel, en le réconciliant avec le principe de liberté. Ce qui importe h l’Italie et nu monde, c’est de clôre l’ère des révolutions, en protégeant contre les caprices des multitudes, des trônes dont la chûte serait le signal de nouveaux désastres, et en groupant autour d’eux tout ce qui reste dans ces municipes où bat le cœur de l’Italie, de familles honorables et dévouées au bien du pays. C’est de l’Italie surtout qu’on peut dire que la liberté y est ancienne, et le despotisme nouveau.

Le principe, le nœud de la liberté de l’Italie, c’est la souveraineté temporelle du Saiut-Siége, consacrée par le respect des siècles, et appelée, dans un avenir peut-être prochain, à faire rentrer par son exemple dans le droit public de l’Europe, les principes de droit, de justice, de charité, qu’en a malheureusement exilés la politique machiavélique. Où donc, en effet, si ce n’est à Rome, retrouverait-on, au sein des défaillances morales de toutes les chancelleries de l’Europe, la sève de vie chrétienne nécessaire au salut social ? Loin que l'autorité catholique, /ondée sur le dogme , ne puisse pas se concilier avec l’autorité conventionnelle, fondée sur les mœurs publiques, les intérêts humains, les besoins sociaux (1), ces mœurs, ces intérêts, ces besoins ne reposeront, dans des conditions durables, que sur cette base. Il est de l’essence de la politique et de l’administration du Saint- Siège de concilier, dans une juste mesure, l’autorité, la liberté, l’égalité, la fraternité, tous ces principes transcendants de la vie sociale, et d’ harmoniser les droits de la souveraineté politique avec l’autonomie et l’indépendance des peuples. Né de la reconnaissance enthousiaste de ces peuples délivrés de l’invasion des barbares et du despotisme des empereurs et des exarques par les saint Léon et les saint Grégoire, la royauté pontificale n’a cessé de s’identifier avec les intérêts moraux et matériels des populations. Protestation vivante de la foi contre le scepticisme, de l’esprit de dévoument et de charité contre l’égoïsme, de la loyauté et de la fidélité aux engagements, contre la duplicité et la fourberie, du droit sacré de la faiblesse contre la violence du fait accompli, elle trouve dans l’accord de l’esprit et des principes du chef de l’Eglise avec la conduite du chef temporel, la seule force qui puisse, par l’ascendant de la vertu, conjurer à la fois les périls de la tyrannie des Théodose et de la fureur des Attila; la seule doctrine qui puisse, dans la lutte intellectuelle engagée entre le bien et le mal, dissiper les ténèbres du socialisme et faire briller la vérité de tout son éclat. La souveraineté temporelle du saint-siège est la clef de la voûte de l’édifice soft) Objection de la brochure : l.e Pape et le Congés, p. 9.

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cial de l’Ilalie et de l’Europe, en même temps que la gardienne inaltérable de la liberté.

D'où sont partis, sinon du Saint-Siège, les premiers accents de la réaction contre le système de concentration du pouvoir qui partout, mais en Italie moins qu’ailleurs, a succédé à la période féodale? Grégoire XVI hésita-t-il à accepter le mémorandum du 21 mai 1831, par lequel l’Europe avait proposé * 4’ contre les menées révolutionnaires, le concours des délégués des communes et des provinces à l’administration publique?

Ne dota-l-il pas ses États en 1838, d’une loi municipale conçue dans un esprit libéral ; et si le sucés ne couronna qu’à demi ses généreuses pensées, n’est-ce pas aux insurrections démagogiques qu’il faut l’imputer? Pic IX n’a-t-il pas renouvelé plusieurs fois la tentative d’un gouvernement représentatif appuyé sur des consultes locales et sur une consulta d’État, et ne l’a-t-on pas entendu proclamer dans son motu jrroprio du 14 octobre 1847, et dans son statut fondamental de l’État Romain du 14 mars 1848, des intentions dont les attentats de la répu- . , blique romaine ont seuls empêché l’accomplissement? ,

Certes, on n’obtiendra pas de la cour de Rome l’introduction . dans ses États d’une législation civile attentatoire à l’indissolubilité du lien conjugal, et à l’autorité domestique; d’un système représentatif fondé, comme le propose un publiciste (1), sur lé plus démocratique ou plutôt sur le plus subversif des principes, l’élection par la voie du sort (2) ; mais elle n’adoptera pas davantage les conseils de ceux qui lui proposent de garantir les droits de ses svjcts par le cœur du souverain plutôt que par l'autorité des lois et des institutions, de n’avoir ni représentation nationale, ni armée, ni presse, ni magistrature, et de régner sur un pays à jamais déshérité de cette noble part d'activité qui.

(1) M. le duc de Valmt, Revue Contemporaine du 15 nov. 1859.

(2) Aristote, Polit., Hv. IV, ch. ix, et Schobmahk, Antichilà Grcche, p. 3S5, apprécient à sa juste valeur ce triste système d’élection de la démocratie athénienne, reproduit avec le môme succès dans la république de Florence.

dam tous les autres est le stimulant du patriotisme et F exercice légitime des supériorités du caractère (1).

L’agitation fiévreuse de la démocratie athénienne, et le calme asiatique d’une oasis de repos et de recueillement ou l'on ne pourrait prétendre ni à la gloire du soldat, ni à celle de l'orateur ou de l’homme d'Élat, sont également antipathiques au caractère traditionnel et libéral des institutions pontificales, si bien louées par l’homme éclairé qui a, en des temps difficiles, dignement représenté à Rome, l’honneur et les intérêts de la France (2).

XXXIII. — Reconstituer la cité par la famille, et l’État par la cité, à l’aide d’un système de représentation graduelle des intérêts et des droits individuels et sociaux, et participer, tous et chacun, selon des traditions séculaires, à toutes les fonctions de la vie publique, voilà ce que veulent aussi les peuples de cette Italie où notre système de concentration politique et administrative ne prévaudra jamais sur la civilisation poétique dont les brillants vestiges subsistent encore dans ses municipes, ses palais ducaux, ses églises de marbre et d’er décorées des chefsd’œuvre de l’art, ses écoles savantes et ses établissements charitables. Les dominations et les influences de l’étranger n’ont excité qu'un esprit factice de révolution parmi ces populations inaccessibles jusqu’à ce jour aux ravages des fausses doctrines ; et du jour où l’Italie serait rendue à elle-même, elle n’aspirerait qu’à vivre en paix et en liberté sous le toit protecteur de ses institutions traditionnelles.

A peine le jour de la délivrance a-t-il lui pour les Lombards, que leur premier élan s’est porté vers la restauration et le perfectionnement de leur régime municipal. L’exposé des motifs de la loi du 23 octobre 1859, sur l'organisation communale et provinciale est un heureux présage de l’influence que peuvent exercer dans le royaume Lombardo-Sarde, les traditions pures du mnnicipalisme italien, substituées à l’imitation d’une centra-

it) Le Pape et te Congrès, p. 18.

(â) M. de Corcklles, Du gouvernement pontifical. Correspondant, 25 août 1856.

lisation exotique. Le ministre y rend hommage au principe d’unité politique auquel les grands peuples modernes doivent leur force, leur sûreté et leur prospérité, et qui est devenu désormais le dogme des peuples de l’Italie, dont les rivalités et les passions municipales, tendent de plus en plus à s’éteindre. Mais il signale en même temps l’attachement de ces peuples au principe de liberté sans lequel la concentration politique n’aboutirait qu’à dessécher les sources de la vie civile de tout l’Etat. Il proteste énergiquement contre le fédéralisme, non peut être sans quelque arrière pensée d’ambition, mais en tout cas parce que, dit-il, les populations italiennes n’auraient pas la force nécessaire pour assurer leur autonomie dans une confédération (t).

« Rappelant ensuite l'immense service rendu par les franchises municipales à l’Italie et à l’Europe, et les causes d’une décadence, due moins à l'abus de la liberté qu'à l’absence d’un lien qui réunit les communes en corps de nation, et les rendit capables de résister au choc extérieur, il propose un plan d'organisation combiné de manière à exciter tous les intérêts, toutes les * activités, toutes les capacités à concourir au gouvernement de la commune. Les conditions du cens abaissé à un chiffre minime, la forme des élections garantie contre le désordre et le despotisme, la durée limitée des charges, la division des attributions, tout concourt à introduire dans lemunicipe les éléments essentiels de l’ordre représentatif, lequel se reproduit ainsi pour la garantie de tous les droits et de tous les intérêts en montant du cercle rudimentaire de la commune jusqu'à celui du parlement J.

a Mais comme la commune ne serait pas pourvue de garanties suffisantes, pour résister isolément aux atteintes du pouvoir politique, la loi institue la province sur le même type et attribue

(I) Il federalismo, quale forma interna, vuol essere respfnto siccome uu pericolo e pel Itegno e per Ntalia, poichè sc l’Europa s’innalza oggi al grande concetto di una federazione dl uazionl, essa riconosce altresi clic queste non avranno la forza necessaria per assicurare la propria autonomia nel novello consorzio, ove 1 loro ordini in terni, non sieno Cortemente cohsttlultl nell’ unita, (Préambule de la loi du 23 octobre 1859;)

aux pouvoirs qui en émanent, la représentent et en défendent les intérêts, la haute tutelle des communes, de manière que toutes les affaires communales, sauf les recours aux conseils du roi, se terminent dans l’intérieur de la sphère provinciale, lit seulement où on peut avoir une connaissance suffisante de la nature des affaires de ce genre, et de l’importance vraie des intérêts qui en sont l’objet.

« La province donc, soit qu’on la considère dans la forme des élections, d’où sort le droit provincial, soit qu’on la considère dans les attributions de ce pouvoir, se présente comme une grande association de communes destinées è pourvoir ù la tutelle des droits de chacune et à la gestion de leurs intérêts collectifs, soit matériels, soit moraux.

« C’est de la province que ressortissent les institutions d’instruction publique, de charité et de bienfaisance fondées pour l’avantage des populations, car il convient, sous peine de voir tarir les sources de la charité individuelle, de soustraire ces institutions à l'ingérance souviraine de l'Etat, et d'enlever à celles-ci le caractère menaçant jx>ur la liberté qu’elles tendent à prendre là ou elles sont placées sous l’ombre, peu propice, du pouvoir politique.

« Et comme l’action provinciale ne doit jamais entraver l’action politique du gouvernement qui sera d’autant plus fort et d’autant plus respecté qu’il aura moins d’occasions d’intervenir dans les choses pour lesquelles il a une moindre compétence que les pouvoirs municipaux, le pouvoir royal, d’ailleurs fortement constitué et représenté partout selon la forme constitutionnelle, agit partout avec le concours effectif du pays. Le gouvernement siège, au moyen de ses délégués, à la tête de la commune et de la province, moins pour réfréner que pour favoriser l’évolution des libertés dans les conditions légales, moins pour y faire sentir la main de l'autorité centrale que pour y faire sentir l’avantage de la voir voisine, prompte et compétente. En somme, les gouverneurs, les intendants et les autres officiers publics institués par cette loi pour diriger les provinces et les diverses parties, se présentent simultanément comme les or-

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ganes du gouvernement vis-à-vis des populations, et comme les organes de celles-ci vis-à-vis du gouvernement ; et c’est par eux que doit s'affermir la tutelle des droits respectifs, ainsi que l’accord des éléments de la monarchie représentative. »

Telle est la théorie d’une loi qui, malgré ses imperfections pratiques au point de vue de la circonscription arbitraire des provinces, se recommande par ses principes essentiels, directement opposés à ceux du socialisme centralisateur, et rappelle les études de la république de Bodin, bien plus que les firmans des généraux du premier empire. Puissent les gouvernements italiens persévérer dans la voie oit les engage ce premier pas !

La politique anglaise s’est opposée et continuera à s’opposer à cette tendance, en faisant briller aux yeux des populations éblouies, le mirage de l’unitarisme révolutionnaire; mais cette politique égoïste et pleine d’embûches excite, en Angleterre même, l'indignation des honnêtes gens. « Italie, Italie ! » s’écrie un de ses écrivains, âme généreuse, esprit éminent (1), « n’écoute pas a cette politique aveugle, qui voudrait réunir toutes tes cités, en • deuil de leurs républiques, dans un seul empire ; fausse, « pernicieuse illusion 1 Ton seul espoir de régénération est dans « la division; Florence, Milan, Venise, Gênes, peuvent être « libres encore, pourvu que chacune de ces villes soit libre ; « mais ne songe pas à la liberté du tout avec des parties esclaves ; « le cœur doit être le centre du système, le sang doit circuler « librement partout. Et dans la vaste communauté que tu rêves, « on ne voit qu’un géant faible et bouffi, dont le cerveau est « imbécile, dont les membres sont morts, et qui paye en ma- « taise et en faiblesse la faute d’avoir voulu dépasser les pro- « portions naturelles de la santé et de la vigueur. »

En France comme en Angleterre, tout ce qu’il y a d’esprits élevés répudie la politique révolutionnaire et envahissante à l'égard de l’Italie, et quiconque se ressouvient des atteintes por-

(1) Sir Edward Bulwer Lytton. Les derniers jours de Pompéi, chap. ni, p. 108.

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