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L’histoire de Paris, depuis la fin du seizième siècle, n’est pas sans quelque analogie avec l’histoire de Rome, aux jours de ses progrès matériels et de sa décadence morale.
Sire, écrivait un prévôt des marchands, François Miron, à Henri IV : « Vous avez tort d'attirer à Paris tant et tant d’arti- « sans et manouvriers; votre capitale doit être cité de luxe et « ville des beaux-arts, et non autre ; si les pauvres sont en raa- « jorité, ils deviendront le marteau et votre couronne l’enclume, « ce qui m’a donné à réfléchir. » Henri IV hésitait à se rendre et continuait à faire bâtir des cités ouvrières. « Où donc avez- « vous la tête, mon cher Sire, lui écrit Miron, que vous appe- « liez à son de trompe tant d’ouvriers étrangers à Paris? Faites « de vos villes secondaires des cités commerçantes et artisanes, « c’est bien pensé; mais Paris, votre capitale, cité ouvrière et « ruche d’artisans, c’est poser votre couronne sur un tonnelet « de poudre, pour y mettre le feu vous-même. » Henri IV insista. « Cher Sire, écrivit au roi le courageux éohevio, permel- « tez que je me retire : en jurant fidélité au Roi, j’ai promis de « soutenir la royauté. Or, Votre Majesté me commande un acte « pernicieux à la royauté, je refuse. »
« Compère, répondit Henri IV, vous ôtes vif comme un han- « neton, mais à la fin de compte, un brave et loyal sujet Soyez « content, on fera vos volontés, et le Roi de France ira long- «r temps encore â votre école de sagesse et de prud’hommie. Je « vous attends à souper et vous embrasse, Henri. » Ni la prud'homie des magistrats municipaux, des Buisson, des Miron, des Flesselles, ni les bonnes intentions de nos rois n’ont suffi pour empêcher le prodigieux développement de la centralisation parisienne.
XL1V. — Je n’oserais pas proposer, malgré mes doutes & ce sujet, de diminuer au lieu de l’accroître, l’attrait de la capitale du monde civilisé. Quelque exorbitant que puisse paraître un budget de 103 millions affecté à une seule ville, j’applaudis, non sans quelques réserves, aux travaux qui ont transformé les rues étroites et tortueuses et les impasses infects de la boueuse Lutèce en boulevards aérés, en squares verdoyants, en rues
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larges et alignées. Mais peut-être dans la reconstruction d’une tille de quatorze siècles faudrait-il se préoccuper plus qu’on ne Ta fait jusqu’ ici des idées que rappellent les monuments et les traditions municipales du vieux Paris. Dans l’antique cité de Philippe-Auguste et de Saint- Louis, apparaissent entre les deux bras dn fleuve fréquenté par les nautes parisiens, l’Eglise de Notre-Dame, le Palais-de-Justice, autrefois le palais des rois, la Sainte-Chapelle, l’Hôtel-Dieu, comme pour attester l’esprit de religion, de justice, de charité, de notre vieille monarchie. Sur les bords du fleuve sont, d’un côté, les écoles du quartier latin, de l’autre l’Hôtel-de-Ville entouré des rues consacrées h l’édilité parisienne. Près de ces monuments du moyen ftge, survivent dans les quartiers de l’ancienne aristocratie quelques débris des hôtels somptueux que l’action du temps transforme chaque jour en maisons bourgeoises. La ville nouvelle a aussi ses monuments symboliques. C’est le prosaïque temple de Plutus, ce sont les immenses bazars construits à la place des petites boutiques tra*ditionnelles, ce sont les palais où trônent les compagnies financières entourées d’armées de commis dont l’uniforme administratif remplace les livrées bariolées des anciens seigneurs. L’éclat prodigieux de notre civilisation matérielle et la décadence parallèle de notre civilisation morale, respirent en quelque sorte dans les monuments de Paris.
Une étude attentive des transformations de la grande ville, révèle une autre plaie sociale, c’est l’antagonisme des classes dans la confusion des éléments de la hiérarchie sociale.
Le propre du municipe libre est de rapprocher, sans les confondre, des hommes de classes diverses, livrés à des occupations analogues et toujours disposés à se soutenir et à s’entre-aider. Le lien de la cohabitation est un puissant élément de concorde entre les classes de la société, distinctes d’ailleurs les unes des autres par l’éducation, les mœurs, le langage.
Le régime des préfectures tend au contraire à substituer à l’ordre dans la variété, l’uniformité dans le pêle-mêle. Plus de distinctions professionnelles dans l’organisation des quartiers, des rues, des habitations. Plus de ces costumes nationaux qui
s’harmonisent à la fois avec la physionomie distincte des races etavec la diversité des conditions. Nulle autre hiérarchie sociale que l’échelle des revenus. Mais au centre, la ville des riches et autour d’elle, comme une ceinture de fer et de feu, la ville des pauvres avec son immense population nomade d’où pourraient sortir h un jour donné de nouvelles hordes de barbares.
De là, bien plus que de son étendue peu supérieure à celle de Boston et de New-York et inférieure à celle de Londres, la nécessité où l’on s’est trouvé de priver Paris de ses libertés municipales, tout en laissant à celle capitale des révoltes ta puissance révolutionnaire dont elle a si souvent abusé pour , troubler le repos du inonde. De là les progrès d’un régime de commissions municipales déjà étendu à la seconde ville de France et qui a failli l’être à la vieille cité phocéenne, tandis qu’il faudrait au contraire s’engager résolument dans la voie progressive de l’affranchissement des communes.
Que deviendrait, en eflet, devant une autre invasion de barbares celte France sans institutions municipales, sans esprit public et ne vivant en quelque sorte que de la vie de Paris 7 Contre cet immense péril, il n’y a qu’un préservatif possible, c’est la reconstitution, dans les provinces et dans les communes, de l’aristocratie à la fois traditionnelle et personnelle des talents consciencieux, des caractères éprouvés, des familles consacrées par les vertus héréditaires.
Association et patronage sous l’influence de l’esprit municipal et chrétien, tel est le drapeau que notre jeunesse doit arborer en opposition au triple dogme emprunté par les philosophes du dernier siècle à l’école de Machiavel : Matérialisme en doctrine, êgoisme en morale, isolement en politique.
Il est difficile sans doute de gouverner par l’idée du droit, uu peuple qui livré depuis plus d’un siècle au hasard des révolutions, ne reconnaît en quelque sorte d’autre principe que le