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derniers des Romains aient échoué dans leurs tentatives pour régénérer des mœurs gangrénées, et qu'en présence d'une corruption inouïe dans les annales du monde, le despotisme des Césars soit devenu un mal nécessaire, dans d'autres États, et à ,Rome même, dans des circonstances moins désespérées, les efforts des réformateurs ont obtenu des succès que nous permettent d'ambitionner nos souvenirs historiques et l'état actuel de nos mœurs.
XLV. — Nous avons atteint par plusieurs siècles d'efforts non interrompus, l'apogée de l'unité politique. La France est la nation la plus compacte de l'Europe par l'unité du territoire, de la langue, des lois, des mœurs, et c'est là le double secret de sa supériorité militaire et de sa puissance d'initiation; mais ce peuple soldat ne doit pas, ne peut pas abdiquer ses libertés civiles au point d'être gouverné comme un régiment.
Les citoyens, dit excellemment le poëte Florentin (1) ne sont pas faits pour les consuls ni la nation pour le roi, mais au contraire les consuls sont faits pour les citoyens et le roi pour la nation ; et de là il suit que quoique le consul et le roi soient, par rapport à la voie, les seigneurs des autres, néanmoins par rapport au terme, ils sont leurs ministres, et c'est surtout le monarque qui doit être le ministre de tous. Respectons, aimons dans le monarque l'autorité suprême appuyée sur les lois fondamentales, et s' appliquant elle-même à aimer ce qui convient à tous (2) ; mais gardons-nous, sous peine de compromettre notre dignité et même notre existence nationale, de voir dans le chef de l'État le prince de Machiavel ou le Léviathan de Hobbes.
Jouissons de la grandeur, de l'éclat de notre capitale, mais
(1) Non enim cives propter consules nec gens propter regem, sed e converso consules propter gentes... hinc etiam patet quod, quamvis consul sive rex respectu viae sint domini aliorum, respectu autem termini aliorum ministri sunt, et maxime monarcha qui minister omnium procul dnbio habendus est. (Dante Allighieri, de Monarchia, lib. I, c. xiv.)
(2) Disciplina imperandi est amare quod omnibus expedit. {Lettre de Dante, Epist., 9, § 9.)
n'exagérons pas outre mesure, sa population et sa puissance
absorbante. .
Un sénateur, membre de l'Institut, annonçait il y a deux ans, avec une espérance enthousiaste en portant un toast amical au lord-maire de la cité de Londres, que Paris aurait en 1860, irois millions d'habitants. Londres en a presque autant, mais Londres n'est pas une ville unique obéissant au grand ressort du pouvoir central; Londres est une réunion de municipalités autonomes, et, endehorsde la cité, le lord-maire n'a aucun pouvoir. En Angleterre, chaque cité, chaque bourg, chaque paroisse vit de sa vie propre ; et l'esprit national, dont la chambre des lords et la chambre des communes offrent la double exprèssion, résume les libertés aristocratiques et populaires. Dans de telles conditions politiques, l'excès de population d'une capitale n'a pas les mêmes inconvénients que dans un Etat ou 1 abus de la centralisation a tari en quelque sorte toutes les sources de la vie locale et dont la constitution administrative a pour prototype
Ninive ou Pékin.
Trente-huit mille communes composent la nation française. Chacune d'elles a droit à sa part de vie et de liberté, car chacune d'elles fournit à l'État la puissance de son contingent de sacrifices, et a ses mœurs privées et publiques, sa part d'influence.
On oublie trop à notre époque, disait naguères un membre éminent de l'épiscopat, que les grandes cités ont été créées d'abord par les fils de Caïn, tandis que les entants des justes conservaient la vie pastorale. C'est par les petites cités, par les plus petites, que s'édifie l'humanité. C'est à Bethléem qu'est né le Sauveur du monde, et c'est à Nazareth^qu'il a été élevé. Petite ou grande, rurale ou urbaine, la commune chrétienne est le microscome des sociétés vraiment libres, et c'est de l'union hiérarchique des assemblées municipales que doivent être formées les assemblées nationales, chargées de concourir avec les chefs des États aux progrès de la civilisation.
C'est pour propager ces idées que j'ai étudié les principes du droit municipal de l'antiquité et du moyen âge, dans le travail dont je soumets la première partie au public, non-seulement
comme un sujet d'études rétrospectives, mais comme un modèle d'institutions pour l'avenir. Les temps changent, mais il y a dans le gouvernement des sociétés, des principes immuables ; ce sont ceux qui, aux yeux des anciens, constituaient la loi naturelle, et qui, pour nous, sont inscrits en caractères divins dans les tables du Décalogue. Ces principes respectés, dans une certaine mesure, par les peuples libres de l'antiquité, et qui ont fait, de la civilisation chrétienne du moyen âge et des temps modernes un modèle impérissable, constituent le droit municipal, droit qui s'allie avec toutes les constitutions politiques, et dont, au sein de formes infiniment variées, le principe essentiel et immuable repose sur la triple base de toutes les sociétés : religion , (amille, propriété.