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ses et importantes fonctions du commerce pour rassembler de la mer Noire, de l'Afrique, de l'Espagne, des pays du Nord, les matières premières, et pour les distribuer, transformées et mises en œuvre, à toutes les nations de la terre. Les familles les plus illustres de Florence, de Venise, de Gênes, de Lucques, de Bologne, participaient ;aux travaux de l'industrie et du commerce; leurs capitaux y fructifiaient, et leurs fortunes, incessamment accrues par leur activité, se répandaient en riches salaires sur les artisans et les artistes. De là, ces magnifiques palais, bâtis par de simples citoyens, qui l'emportent par leur étendue, par l'épaisseur colossale de leurs murailles, sur ceux des empereurs romains. De là, les chefs-d'œuvre d'architecture, de sculpture, de peinture, des édifices publics. De là aussi (car tout se lie dans l'histoire de la civilisation), les merveilleux progrès de la culture intellectuelle de l'Italie.
Le savant historien des républiques italiennes (1) n'hésite pas à attribuer ces progrès dans tous les genres à l'esprit libre et divers des institutions muncipales. « Avec une seule capitale, dit-il, les Italiens n'auraient formé qu'une seule école; les mêmes préjugés, les mêmes erreurs, devenus dominants par le talent d'un professeur, l'intrigue d'une cabale ou la protection d'un maître, se seraient répandus uniformément sur toute la contrée. On aurait cru ne pouvoir penser, écrire, parler purement la langue qu'à Rome, par exemple, comme en Fi ance on croit ne pouvoir le faire qu'à Paris. La poésie italienne y aurait perdu de son originalité et de sa variété ; mais le dommage aurait été surtout senti par les provinces, qui, n'espérant plus d'illustration, n'auraient plus contribué aux progrès de l'esprit, et, en retour, n'en auraient point ressenti le bénéfice. Dans le quinzième siècle, il n'y eut pas de chef-lieu d'un État indépendant, quelque petit qu'il fût, qui ne comptât plusieurs hommes distingués: il n'y eut pas de ville sujette, quelque grande qu'elle fût, qui en conservât un seul dans son sein. Pise, malgré sa décadence, était une ville bien plus riche, bien plus peuplée, bien
(1) M. de Sismondi, tome XII, page 32.
plus considérable qu'Urbin, que Rimini, que Pesaro; mais Pise, une fois assujettie aux Florentins, n'a plus produit un homme marquant dans la littérature ou la politique : tandis que les petites cours de Frédéric de Montefeltro, à Urbin ; de Sigismond Malatesta, à Rimini ; d'Alexandre Sforza, h. Pesaro, rassemblaient chacune plusieurs philosophes et plusieurs littérateurs. Ferrare et Mantoue n'étaient point supérieures en populations à Pavie, à Parme et à Plaisance ; mais autour de la résidence du gouvernement, dans les premières villes, brillait tout le lustre des arts, de la poésie et de la science, tandis que, dans tout le duché de Milan, la ville de Milan seule possédait la même illustration. Le royaume de Naples était un exemple plus frappant encore de la dépression des provinces, lorsqu'une capitale s'élève h leurs dépens. Dans ce beau royaume, qui comprenait seul un tiers de la nation italienne, qui, plus que tout le reste de la Péninsule, était favorisé par la nature, et qui, n'ayant qu'uneseule frontière, et pour voisin que l'Église, était moins exposé aux ravages de la guerre qu'aucun autre État de l'Italie, la capitale seule avait participé au mouvement qui, dans le quinzième siècle, avait ranimé la culture des lettres et de la philosophie ; malgré la faveur d'Alphonse, malgré le crédit des grands littérateurs qui formèrent sa cour, aucun homme de talent n'avait ouvert d'école dans les villes si nombreuses et si heureusement situées de la Calabre et de la Pouille. Ces provinces appartenaient encore h la barbarie, et jusqu'à nos jours elles n'ont point ressenti l'influence de la civilisation européenne. »
unitarisme XXIX. — Le municipe, cette unité élémentaire et féconde de italien. |a civiiisation et de la nationalité italienne, a été altéré dans ses principes essentiels à la suite de l'invasion française et sous l'empire des lois qui mirent les municipes dans la dépendance immédiate des préfets et des sous-préfets (1). C'est de cette époque que datent, en Italie, les gouvernements vraiment absolus, puisqu'ils ne sont plus même tempérés par les franchises
(1) Le municipitlitù dipendono immediatamente del perfetto f> vice-perfetto. Lege del 2Zi juglio 1802, art. 49, 50 et 51. (Bolj.ettino dclla rcpublica italiana.)
municipales, et l'unitarisme démocratique, qui, sous prétexte d'affranchir les populations du despotisme des princes, soit nationaux, soit étrangers, tend à les soumettre à la tyrannie des démagogues.
La plupart des démocrates italiens croient pouvoir emprunter à l'Angleterre le mécanisme multiple de ses institutions politiques, et demander en môme temps à la France le système d'unité administrative, dont l'expérience du premier Empire aurait dû les désabuser. Se flatteraient-ils d'échapper, même sous un prince national, aux dangers de l'antagonisme entre deux principes contradictoires, dangers que la France parlementaire a vu se réaliser? Comptent-ils pour rien les sacrifices qu'imposeraient les nécessités d'un état centralisé aux libertés civiles qui composent presque toute leur histoire; et leur convient-il d'arborer le drapeau de l'unité politique, sans s'inquiéter des obstacles qu'opposeront nécessairement les traditions historiques et les mœurs diverses de leur patrie au choix d'un môme prince, d'une même capitale, d'un môme symbole de gouvernement?
L'histoire nous montre, il est vrai, l'Italie réunie sous le sceptre de Rome, passant indivise sous la domination des Goths, puis gouvernée presque toute entière par les rois de France ou par les empereurs ; et les Romains du moyen-âge, faisant appel à l'ombre du grand nom de Rome pour rétablir la primauté de l'Italie parmi les nations, et demandant même à l'Allemagne un autre Justinien, sous l'empire duquel (1) les municipes auraient une existence autonome, participeraient, dans une certaine mesure, à l'exercice du pouvoir législatif, et éliraient, dans leur propre sein, des magistrats investis de l'administration locale, à la manière des décurions qui, au déclin de l'Empire, exerçaient sous Yimperium politique des Romains les charges municipales du pays où ils étaient nés. Mais, qui pourrait songer à évoquer aujourd'hui les vieux souvenirs du gibelinisme?
(1) Rex valeat, quidquid capit obtiaeat super hostes Jmperium teneat, Romœ sedeat, regat orbem Princeps terrarum, ceu fecit Justinianus.
(Murât. Script, ver Mal, p. 666 et seq.)
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Fédéralisme D'autres théoriciens (1), persuadés que l'histoire donne 1 *ien* des exemples, non des oracles, et que c'est dans les besoins du présent qu'il faut chercher les éléments de la constitution politique de l'Italie, ont conçu la pensée d'une fédération permanente entre ses États, sous la présidence honoraire du Saint-Siège. Mais, sans rechercher quel pourrait être, en présence d'une suprématie purement honorifique, le chef de la fédération italienne, n'y a-t-il pas en l'état des choses, de graves obstacles à l'idée même de la confédération ?
Ce serait assurément un progrès pour l'Italie que de soumettre à un régime uniforme ses monnaies, ses poids et mesures, ses postes, ses douanes, et, à plus forte raison, les intérêts collectifs de sa défense territoriale, sans altérer l'autonomie de sesmunicipe et l'indépendance de ses États. Mais il est douteux que cet idéal du fédéralisme soit en ce moment réalisable.
Il ne peut exister de fédération qu'entre des peuple libres et capables d'organiser par eux-mêmes un congrès qui, tout en respectant l'indépendance et l'autonomie de chacun des membres de l'union, représente la république entière dans toutes les choses d'intérêt commun, et qui ait, pour l'exécution des volontés générales, ses magistrats, son armée, sa marine, ses tribunaux, concourant à mettre le Corps fédéral en rapport direct avec les citoyens pour toutes les choses de sa compétence. Toute fédération dépourvue de ce caractère, n'est qu'une ligue.
Dans l'antiquité, les ligues achéenne et lycéinne devinrent des fédérations du jour où les villes, instituant un parlement et déléguant à des magistrats indépendants l'administration du corps entier, créèrent en dehors d'elles-mêmes un véritable pouvoir législatif et exécutif. La ligue des amphyctions resta au contraire à l'état de ligue, parce que, malgré les attributions souveraines dont le conseil général était investi, il n'avait cependant pas la plus précieuse de toutes, le droit d'administration.
(1) Le R. P. Ventura, Essai sur le pouvoir publù, ch. xiii, iVapolèou III et Citatie.
— - lui —
Dans des temps plus rapprochés de nous, la république des Pays-Bas a élé une fédération, et l'anse teutonique u«e ligue. Le parlement des Pays-Bas était souverain, puisqu'il disposait d'une administration énergique, qui avait, en droit comme en fait, la force suffisante pour conduire à un but commun les terres confédérées, et pour donner au corps politique une vie unique et individuelle. Au contraire, le conseil de l'anse était, si l'on veut, législateur suprême dans les causes déférées à son autorité par le pacte fédéral, mais il n'était pas investi de l'administration, qui appartenait aux membres de la ligue, et il restait, dans le plus grand nombre de cas, impuissant à gouverner, comme l'avait été le conseil amphyctionique.
La Suisse, dans sa constitution primitive, était plutôt une ligue qu'une confédération. Le pouvoir législatif appartenait en effet aux cantons, dont chacun avait un droit égal de suffrage dans le Vorort, et ne pouvait être contraint par des moyens coërcitifs, dépendants de l'État. On a pu craindre, il y a dix ans, que les efforts faits depuis le commencement de ce siècle pour remédier à l'excès de l'indépendance cantonale, ne fissent prévaloir sur le principe traditionnel de la liberté helvétique, le despotisme exotique d'une démagogie unitaire. Mais, entre ces deux excès, on a su saisir un moyen terme; et la Suisse, sans abdiquer ses lois et ses mœurs antiques, s'est rapprochée dans sa constitution fédérale du modèle des États-Unis. Mais pourquoi la république helvétique a-t-elle réalisé sans secousse ce progrès social? Parce que ses mœurs traditionnelles ont scellé depuis huit siècles la précieuse alliance de Pordiie et de la liberté, et parce que, trouvant dans cette situation privilégiée, un double rempart contre la révolution formentée par l'unitarisme démocratique, et contre les atteintes extérieures qui pourraient la menacer, la Suisse a pu fortifier son unité politique sans compromettre ses libertés. Ce peuple énergique et sensé a accompli ses réformes intérieures par la centralisation progressive des règlements militaires, financiers, économiques, d'un intérêt général, niais ces restrictions au droit de souveraineté cantonale n'ont pas ébranlé le principe conservateur de l'au-
tonomie. Chaque canton est resté maître de son système constitutionnel, de sa législation civile, commerciale, criminelle ; chaque canton a été, comme par le passé, également représenté dans une assemblée unique, la Diète fédérale ; et grâce à l'harmonie qui n'a pas cessé d'exister entre son principe fédératif et la libre administration de ses cantons et de ses communes, la Suisse est restée, sauf quelques exceptions regrettables, un modèle de paix, de liberté et d'indépendance.
L'Italie est-elle prête pour une évolution de ce genre? Est-ce de l'unité politique qu'elle doit d'abord se préoccuper ? N'a-t-elle pas à résoudre préalablement un autre problème, celui de l'affranchissement de ses municipes encore courbés sous des gouvernements absolus et sous la domination étrangère?
L'idée d'une fédération permanente entre les États de l'Italie n'a été réalisée à aucune époque de son histoire.
Dans les grandes associations de ses municipes primitifs, tous les membres conservaient intacte leur propre souveraineté, et l'exerçaient pleinement dans leur propre territoire; ils concouraient, il est vrai, par leurs conseils et leur assistance aux choses d'un intérêt général, mais ils ne relevaient d'aucun état, d'aucun corps souverain.
L'Italie du moyen âge, comme celle de l'antiquité, n'a vécu en quelque sorte que de la vie municipale, et l'esprit d'indépendance individuelle y a étouffé l'esprit d'association, qui, audelà des monts, en Angleterre par exemple, a opéré tant de prodiges. De là l'impuissance des fédérations et la durée éphéroèr des ligues lombarde et véronaise.
La ligue lombarde obtint d'abord des succès rapides, qui lui procurèrent chaque jour de nouveaux associés. Venise, Véfrone, Vicence, Padoue, Trévise, Ferrare, Bresdn, Bergame, Crémone, Milan, Lodi, Plaisance, Parme, Modène, Bologne, prêtèrent le serment de la confédération (1), et forcèrent l'empereur, par leur attitude énergique, de quitter secrètement l'Italie et de retourner en Allemagne.
•(1) MuRAToiu, Dissert. XLVIII, t. IV, p. 261, rapporte le serment
des confédérés.
Le moment était opportun pour transformer une ligue passagère en une fédération permanente. Les villes sortaient de leurs ruines et se relevaient florissantes. L'empereur, chassé de l'Italie, ne les menaçait que de loin. Le danger d'une invasion nouvelle n'était cependant pas conjuré; il fallait le prévenir en créant un lien, un centre d'action entre ces petits États trop faibles pour résister isolément. Une république fédérative pouvait naître en Italie de la ligue lombarde, comme elle naquit plus tard en Suisse, dans les Pays-Bas et en Amérique, des ligues contre le duc d'Autriche, Philippe d'Espagne et Georges III. Soit défaut de lumières, scit égoïsme local peut-être, les villes d'Italie ne surent pas s'élever à la pensée de restreindre leur indépendance particulière au profit des libertés générales, en confiant à un congrès la gestion des intérêts collectifs, et surtout des relations étrangères des Étals confédérés. Elles crurent avoir assez fait en s'obligeant par serment h ne faire ni paix, ni trêve, avec l'empereur, et h le poursuivre par les armes s'il rentrait en Italie (1). Les consuls et les podestats des villes délibéraient en commun sous le titre de recteurs des sociétés des villes, mais leurs résolutions n'étaient pas définitives, et ils les soumettaient au retour dans leur patrie aux délibérations du peuple de chaque cité (2) ; on ne songea pas même a l'établissement d'une diète permanente autorisée à fixer d'une manière souveraine le contingent des divers États, en armes et en contributions, et a protéger l'Italie contre les dissensions intestines et contre le péril de l'invasion étrangère.
Le même phénomène s'est reproduit de nos jours durant la crise de cinq ans qui fut terminée par la bataille de Marengo. Les municipes de l'Italie avaient alors la pleine liberté de s'organiser à leur gré, caressés comme ils l'étaient des deux parties contendantes; et si l'esprit provincial y avait été quelque peu vivace, ils auraient saisi l'occasion propice de se réunir en fé-
(1) Neque pacem, neque treagam, neque guerram recruditam cuui imperatore faciara. (Muratqri, Dissert. XLVtil, p. 265, '266.)
(2) Muratori, A/if. ItaL XLvIII, p. 269.
dération. Tout les y invitait, leur organisation républicaine, la garantie d'indépendance résultant des divisions de leurs ennemis, la crainte qu'ils ne se réunissent au détriment de l'Italie. Mais il fallait adopter un Élat central, une capitale, et les traditions, ainsi que les jalousies réciproques, y mirent obstacle.
Ce dont l'Italie du moyen âge s'est montrée si peu capable, comment pourrait-elle le faire aujourd'hui? est-ce qu'aujourd'hui, comme alors, l'Italie n'est pas dépourvue d'esprit provincial? Est-ce qu'il est possible de ranimer sa vie politique autrement que par les municipes, qui, formés par le concours spontané des citoyens et sans coopération de l'État, ont acquis leur personalité en vertu de leurs propres traditions, se sont fortifiés parle consentement de leurs enfants, à qui ils ont procuré tous les avantages de la vie civile commune, et ont joui seuls et si longtemps d'une pleine autonomie dans l'administration de leurs intérêts locaux ? Par leurs magistrats élus, ces municipes ont toujours rempli les offices relatifs au culte, à l'instruction, à l'édilité, à la bienfaisance, à l'hygiène, à la perception des impôts, à l'administration des revenus communs. Par leur représentans,ils se sont mis partout en rapport, comme de simples individus, avec l'état, quelle que fût la forme de son gouvernement, lui ont demandé protection et secours, pour le libre exercice de leurs droits et de leurs attributions, et lui ont laissé le soin d'assurer et de défendre la vie du corps politique. Mais ils n'ont jamais formé par leur agrégation, des corps intermédiaires entre eux et l'état; ils auraient craint par là de diminuer leur bien-être et leur liberté au dedans, sans acquérir plus de sécurité et d'indépendance au dehors. A-t-il existé, cependant, chez aucun peuple, un lien fédéral, autrement qu'entre des souverainetés divisées en plusieurs parties autonomes? Les pays-bas, les États-Unis ne se sont-ils pas divisés en communes et en districts ; et peut-on citer un seul exemple de fédérations entre de grands corps politiques qui n'aient été subdivisées?
A ne considérer donc que les antécédents historiques, et abstraction faite même des obstacles qu'oppose à une confédéra-
tion italienne l'unitarfsme, soutenu à la fois par l'instinct révolutionnaire de la centralisation et par la complicité intéressée d'une puissance plus disposée à exploiter l'Italie qu'à l'organiser, les peuples de l'Italie, ces peuples d'artistes, de savants et de poètes, sont plus antipathiques à la création d'un corps fédéral, qu'à celle d'un corps unitaire, soutenu par un prince national et même étranger.
D'ailleurs, la première condition d'un gouvernement fédéral, c'est l'autonomie des peuples qui concourent à le former. Où règne le pouvoir absolu, le lien fédéral n'est possible qu'entre les gouvernements, et ce lien ne peut qu'aggraver la servitude des peuples. A ce nouveau titre, la fédération des États de l'Italie offre, dans l'état actuel des choses, un véritable danger. Ce serait, au lieu d'une société de peuples libres, une sorte d'assurance mutuelle entre des gouvernements hétérogènes par leurs traditions, leurs constitutions, leurs mœurs, leurs usages: l'un, plus que jamais hostile aux races latines et à l'Italie : un autre, considéré comme n'étant italien qu'à demi; la plupart d'entre eux, subissant un protectorat étranger, qui ne leur laisserait pas la liberté de leurs mouvements ; tous obligés, pour maintenir une union factice et contre nature, de comprimer et de diriger les aspirations populaires, dont la liberté est, en quelque sorte, l'âme des fédérations.
Avant de songer à fédérer les États de l'Italie, il faut s'occuper de l'affranchissement de ses municipes. La question de la décentralisation est préalable à celle de l'unification, sous quelque forme qu'elle se produise.
XXXI. — Les peuples de l'Italie, réintégrés dans leurs liber- Affranchissetés, sauront bien veiller, par eux-mêmes, au soin de leurs intô- Scipes. rêts politiques. L'expérience leur a prouvé le danger de leurs dissentions, et, de l'aveu de ceux qui les connaissent le mieux, les libertés publiques sont le vrai moyen d'établir un trait d'union entre eux et un principe de nationalité.
Les rancunes entre les républiques dominatrices et les municipes sujets, ont laissé des traces, sans doute, malgré la cessation de la dépendance ; et les rivalités de voisinage, entre les
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cités égales, subsistent. Mais, rendues sages par l'expérience et stimulées par les progrès de la civilisation, les populations italiennes resserrent, chaque jour, les liens de leurs associations fraternelles. La tendance vers un rapprochement triomphe de jour en jour des souvenirs des vieilles querelles, elles rapports intellectuels et commerciaux, toujours plus fréquents, accroissent le sentiment de la nationalité, né de l'identité de langue et de religion, et fortifié par la communauté d'intérêts. Ce besoin d'union et de nationalité trouve, dans le municipalisme, un lien, non un dissolvant; et c'est de la réunion en un patrimoine commun des richesses et des gloires particulières de leurs municipes, rendus à leur liberté première, que les vrais patriotes de l'Italie attendent leur régénération politique.
« Les étrangers, accoutumés à chercher dans l'État la source et la règle de la vie sociale, dit un publiciste cité plus haut, ont peine à comprendre cette vie italienne, qui a pour commencement et pour fin le municipe, qui y trouve sa raison d'être, sa loi, ses conditions de durée. Mais le peuple italien n'en persistera pas moins dans sa voie, et restera immobile, plutôt que d'en suivre une autre.
« Les Italiens demandent à haute et unanime voix l'indépendance de leur patrie, parce qu'ils comprennent que leurs municipes ne peuvent jouir d'une vie pleine et parfaite sans l'union au dedans et l'indépendance au dehors. Mais ils comprennent que pour pouvoir consacrer toutes leurs forces aux réformes politiques ils doivent écarter avant tout les désordres sociaux qui ont troublé, dans ces derniers temps, la plupart des États de l'Europe. Ils comprennent que l'union, et non l'antagonisme des classes, fait la force et la durée des nations, et ils confient au municipe, cette forme antique et inaltérable de leur vie politique, le soin de développer le mouvement lent, mais infaillible qui doit, dans un temps donné, leur rendre l'indépendance et la liberté. >j
Chaque nation, chaque corps politique a, dans l'unité élémentaire qui le constitue, sa règle générale de stabilité. L'Arabie s'est immobilisée dans ses tribus, l'Inde, dans ses cistes,
la Chine dans ses corporations de mandarins, l'Italie dans le municipe. Le municipe simple est l'unité élémentaire de la nation italienne. La vie intérieure de l'Italie a commencé, continue et durera dans le municipe; sa vie intérieure n'a été et ne sera bonne qu'en s'harmonisant avec lui. Le municipe est en Italie, selon l'expression de Mably, le lest du vaisseau de VEtat.
XXXII. — Ici s'élève un redoutable problème : A qui sera-t-il donné d'assurer le repos, la liberté, l'indépendance de l'Italie? Est-ce à ses gouvernements anciens et héréditaires? Est-ce h des gouvernements nouveaux, proclamés par la révolution triomphante ou imposés par l'étranger?
On ne saurait se dissimuler que de déplorables malentendus ont excité des défiances et des haines entre des gouvernements qui ont eu le tort, peut-être, de s'isoler de populations accoutumées à participer à tous les actes de la vie publique, et des peuples que le ressentiment surexcité par des exemples et des conseils étrangers, a encouragés à chercher la liberté dans la révolution. Mais ces causes d'irritation, fomentées parles ambitieux et les anarchistes, céderaient aisément à de hautes et magnanimes influences; et si un congrès européen, s'inspirant de la pensée du droit, s'interposait généreusement entre les peu ples et les gouvernements de l'Italie, il serait plus facile de les concilier qu'il ne. l'est de les armer les uns contre les autres par de ténébreuses intrigues. Ce qui importe à l'Italie, ce n'est pas de détrôner ses princes héréditaires et de confier aux chances de l'élection ou aux fantaisies diplomatiques, le remaniement de sa carte territoriale et le choix de ses gouvernements : c'est de conserver ses anciens Étals et de consolider partout l'ordre traditionnel, en le réconciliant avec le principe de liberté. Ce qui importe à l'Italie et au monde, c'est de clore l'ère des révolutions, en protégeant contre les caprices des multitudes, des trônes dont la chute serait le signal de nouveaux désastres, et en groupant autour d'eux tout ce qui reste dans ces municipes où bat le cœur de l'Italie, de familles honorables et dévouées au bien du pays. C'est de l'Italie surtout qu'on peut dire que la liberté y est ancienne, et le despotisme nouveau.
Le principe, le nœud de la liberté de l'Italie, c'est la souveraineté temporelle du Saint-Siège, consacrée par le respect des siècles, et appelée, dans un avenir peut-être prochain, à faire rentrer par son exemple dans le droit public de l'Europe, les principes de droit, de justice, de charité, qu'en a malheureusement exilés la politique machiavélique. Où donc, en effet, si ce n'est à Rome, retrouverait-on, au sein des défaillances morales de toutes les chancelleries de l'Europe, la sève de vie chrétienne nécessaire au salut social ? Loin que V autorité catholique, fondée sur le dogme, ne puisse pas se concilier avec V autorité conventionnelle, fondée sur les mœurs publiques, les intérêts humains, les besoins sociaux (1), ces mœurs, ces intérêts, ces besoins ne reposeront, dans des conditions durables, que sur cette base. Il est de Vessence de la politique et de l'administration du Saint- Siège de concilier, dans une juste mesure, l'autorité, la liberté, l'égalité, la fraternité, tous ces principes transcendants de la vie sociale, et d'harmoniser les droits de la souveraineté politique avec l'autonomie et l'indépendance des peuples. Né de la reconnaissance enthousiaste de ces peuples délivrés de l'invasion des barbares et du despotisme des empereurs et des exarques par les saint Léon et les saint Grégoire, la royauté pontificale n'a cessé de s'identifier avec les intérêts moraux et matériels des populations. Protestation vivante de la foi contre le scepticisme, de l'esprit de dévoument et de charité contre l'égoïsme, de la loyauté et de la fidélité aux engagements, contre la duplicité et la fourberie, du droit sacré de la faiblesse contre la violence du fait accompli, elle trouve dans l'accord de l'esprit et des principes du chef de l'Eglise avec la conduite du chef temporel, la seule force qui puisse, par l'ascendant de la vertu, conjurer à la fois les périls de la tyrannie des Théodose et de la fureur des Attila; la seule doclrine qui puisse, dans la lutte intellectuelle engagée entre le bien et le mal, dissiper les ténèbres du socialisme et faire briller la vérité de tout son éclat. La souveraineté temporelle du saint-siége est la clef de la voûte de l'édifice so-
(1) Objection de la brochure: Le Pape et Le Congrès, p. 9.
cial de l'Italie et de l'Europe, en même temps que la gardienne inaltérable de la liberté.
D'où sont partis, sinon du Saint-Siège, les premiers accents de la réaction contre le système de concentration du pouvoir qui partout, mais en Italie moins qu'ailleurs, a succédé à la période féodale? Grégoire XVI hésita-t-il à accepter le mémorandum du 21 mai 1831, par lequel l'Europe avait proposé contre les menées révolutionnaires, le concours des délégués des communes et des provinces à l'administration publique? Ne dota-t-il pas ses États en 1838, d'une loi municipale conçue dans un esprit libéral ; et si le suces ne couronna qu'à demi ses généreuses pensées, n'est-ce pas aux insurrections démagogiques qu'il faut l'imputer? Pie IX n'a-t-il pas renouvelé plusieurs fois la tentative d'un gouvernement représentatif appuyé sur des consultes locales et sur une consulte d'État, et ne l'a-t-on pas entendu proclamer dans son motu proprio du 14 octobre 1847, et dans son statut fondamental de l'État Romain du 14 mars 1848, des intentions dont les attentats de la république romaine ont seuls empêché l'accomplissement?
Certes, on n'obtiendra pas de la cour de Rome l'introduction dans ses États d'une législation civile attentatoire à l'indissolubilité du lien conjugal, et à l'autorité domestique; d'un système représentatif fondé, comme le propose un publiciste (1), sur le plus démocratique ou plutôt sur le plus subversif des principes, l'élection par la voie du sort (2) ; mais elle n'adoptera pas davantage les conseils de ceux qui lui proposent de garantir les droits de ses sujets par le cœur du souverain plutôt que par V autorité des lois et des institutions, de n'avoir ni représentation nationale, ni armée, ni presse, ni magistrature, et de régner sur un pays à jamais deshérité de cette noble part d'activité qui,
(1) M. le duc de Valmy, Revue Contemporaine du 15 nov. 1859.
(2) AfxIstote, Polit., liv. IV, ch. ix, et Schoemann, Antichilk Greche, p. 385, apprécient à, sa juste valeur ce triste système d'élection de la démocratie athénienne, reproduit avec le même succès dans la république de Florence.
dans tous les autres est le stimulant du patriotisme et V exercice légitime des supériorités du caractère (1).
L'agitation fiévreuse de la démocratie athénienne, et le calme asiatique d'une oasis de repos et de recueillement ou l'onne pourrait prétendre ni à la gloire du soldat, ni à celle de V orateur ou de l'homme d'Etat, sont également antipathiques au caractère traditionnel et libérai des institutions pontificales, si bien louées par l'homme éclairé qui a, en des temps difficiles, dignement représenté a Rome, l'honneur et les intérêts de la France (2).
XXXIII. — Reconstituer la cité par la famille, et l'État par la cité, à l'aide d'un système de représentation graduelle des intérêts et des droits individuels et sociaux, et participer, tous et chacun, selon des traditions séculaires, à toutes les fonctions de la vie publique, voilà ce que veulent aussi les peuples de celte Italie où notre système de concentration politique et administrative ne prévaudra jamais sur la civilisation poétique dont les brillants vestiges subsistent encore dans ses municipes, ses palais ducaux, ses églises de marbre et d'or décorées des chefsd'œuvre de l'art, ses écoles savantes et ses établissements charitables. Les dominations et les influences de l'étranger n'ont excité quun esprit factice de révolution parmi ces populations inaccessibles jusqu'à ce jour aux ravages des fausses doctrines ; et du jour où l'Italie serait rendue à elle-même, elle n'aspirerait qu'à vivre en paix et en liberté sous le toit protecteur de ses institutions traditionnelles.
A peine le jour de la délivrance a-t-il lui pour les Lombards, que leur premier élan s'est porté vers la restauration et le perfectionnement de leur régime municipal. L'exposé des motifs de la loi du 23 octobre 1859, sur l'organisation communale et provinciale est un heureux présage de l'influence que peuvent exercer dans le royaume Lombardo-Sarde, les traditions pures du municipalisme italien, substituées à l'imitation d'une centra-
(L) Le Pape et te Congrès, p. 18.
(2) M. de Corcelles, Du gouvernement pontifical. Correspondant, 25 août 1856.
lisalion exotique. Le ministre y rend hommage au principe d'unité politique auquel les grands peuples modernes doivent leur force, leur sûreté et leur prospérité, et qui est devenu désormais le dogme des peuples de l'Italie, dont les rivalités et les passions municipales, tendent de plus en plus à s'éteindre. Mais il signale en même temps rattachement de ces peuples au principe de liberté sans lequel la concentration politique n'aboutirait qu'à dessécher les sources de la vie civile de tout l'Etat. Il proteste énergiquement contre le fédéralisme, non peut être sans quelque arrière pensée d'ambition, mais en tout cas parce que, dit-il, les populations italiennes n'auraient pas la force nécessaire pour assurer leur autonomie dans une confédération (1).
a Rappelant ensuite l'immense service rendu par ies franchises municipales à l'Italie et à l'Europe, et les causes d'une décadence, due moins à l'abus de la liberté qu'à l'absence d'un lien qui réunit les communes en corps de nation, et les rendît capables de résister au choc extérieur, il propose un plan d'organisation combiné de manière à exciter tous les intérêts, toutes les activités, toutes les capacités à concourir au gouvernement de la commune. Les conditions du cens abaissé à un chiffre minime, la forme des élections garantie contre le désordre et le despotisme, la durée limitée des charges, la division des attributions, tout concourt à introduire dans le raunicipe les éléments essentiels de l'ordre représentatif, lequel se reproduit ainsi pour la garantie de tous les droits et de tous les intérêts en montant du cercle rudimentaire de la commune jusqu'à celui du parlement.
« Mais comme la commune ne serait pas pourvue de garanties suffisantes, pour résisler isolément aux atteintes du pouvoir politique, la loi institue la province sur le même type et attribue
(l) Il federalismo, quale forma interna, vuol essere respinto siccome un pericolo e pel Regno e per Tltalia, poichè se l'Europa s'innalza oggi al grande concetto di una federazione di nazioni, essa riconosce altresi che queste non avranno la forza necessaria per assicurare la propria autonomia nel novello consorzio, ove ï loro ordini in!:orni, non sieno fortemente constituiti nell' unita, {Préambule de la loi du 23 octobre 1859.)
aux pouvoirs qui en émanent, la représentent et en défendent les intérêts, la haute tutelle des communes, de manière que toutes les affaires communales, sauf les recours aux conseils du roi, se terminent dans l'intérieur de la sphère provinciale, là seulement où on peut avoir une connaissance suffisante de la nature des affaires de ce genre, et de l'importance vraie des intérêts qui en sont l'objet.
a La province donc, soit qu'on la considère dans la forme des élections, d'où sort le droit provincial, soit qu'on la considère clans les attributions de ce pouvoir, se présente comme une grande association de communes destinées à pourvoir à la tutelle des droits de chacune et à la gestion de leurs intérêts collectifs, soit matériels, soit moraux.
« C'est de la province que assortissent les institutions d'instruction publique, de charité et de bienfaisance fondées pour l'avantage des populations, car il convient, sous peine de voir tarir les sources de la charité individuelle, de soustraire ces institutions à V ingérance souviraine de l'Etat, et d'enlever à celles-ci le caractère menaçant pour la liberté qu'elles tendent à prendre là où elles sont placées sous V ombre, peu propice, du pouvoir politique.
« Et comme l'action provinciale ne doit jamais entraver l'action politique du gouvernement qui sera d'autant plus fort et d'autant plus respecté qu'il aura moins d'occasions d'intervenir dans les choses pour lesquelles il a une moindre compétence que les pouvoirs municipaux, le pouvoir royal, d'ailleurs fortement constitué et représenté partout selon la forme constitutionnelle, agit partout avec le concours effectif du pays. Le gouvernement siège, au moyen de ses délégués, à la tête de la commune et de la province, moins pour réfréner que pour favoriser l'évolution des libertés dans les conditions légales, moins pour y faire sentir la main de l'autorité centrale que pour y faire sentir l'avantage de la voir voisine, prompte et compétente. En somme, les gouverneurs, les intendants et les autres officiers publics institués par cette loi pour diriger les provinces et les diverses parties, se présentent simultanément comme les or-
ganes du gouvernement vis-à-vis des populations, et comme les organes de celles-ci vis-à-vis du gouvernement ; et c'est par eux que doit s'affermir la tutelle des droits respectifs, ainsi que l'accord des éléments de la monarchie représentative. »
Telle est la théorie d'une loi qui, malgré ses imperfections pratiques au point de vue de la circonscription arbitraire des provinces, se recommande par ses principes essentiels, directement opposés à ceux du socialisme centralisateur, et rappelle les études de la république de Bodin, bien plus que les firmans des généraux du premier empire. Puissent les gouvernements italiens persévérer dans la voie où les engage ce premier pas !
La politique anglaise s'est opposée et continuera à s'opposer à cette tendance, en faisant briller aux yeux des populations éblouies, le mirage del'unitarisme révolutionnaire; mais cette politique égoïste et pleine d'embûches excite, en Angleterre même, l'indignation des honnêtes gens. « Italie, Italie ! » s'écrie un de ses écrivains, àme généreuse, esprit éminent (1), « n'écoute pas « cette politique aveugle, qui voudrait réunir toutes tes cités, en « deuil de leurs républiques, dans un seul empire ; fausse, « pernicieuse illusion ! Ton seul espoir de régénération est dans « la division; Florence, Milan, Venise, Gênes, peuvent être a libres encore, pourvu que chacune de ces villes soit libre ; « mais ne songe pas à la liberté du tout avec des parties esclaves ; « le cœur doit être le centre du système, le sang doit circuler « librement partout. Et dans la vaste communauté que tu rêves, « on ne voit qu'un géant faible et bouffi, dont le cerveau est « imbécile, dont les membres sont morts, et qui paye en ma- « laise et en faiblesse la faute d'avoir voulu dépasser les pro- « portions naturelles de la santé et de la vigueur. »
En France comme en Angleterre, tout ce qu'il y a d'esprits élevés répudie la politique révolutionnaire et envahissante à l'égard de l'Italie, et quiconque se ressouvient des atteintes por-
(1) Sir Edward Bulwer Lytton. Les derniers jours de Pompéi, chap. m, p. 108.
tées dans les premières années de ce siècle à ses constitutions municipales par les lois recueillies dans le bulletin de sa république et empruntées à notre législation de l'an VIII, peut s'étonner de voir figurer, parmi les réformes proposées, le rétablissement des libertés municipales, c'est-à-dire un état de choses diamétralement opposé à l'esprit centralisateur de la révolution française. Dieu, qui sejoue des desseins des hommes, voudrait-il faire sortir d'une guerre soudainement entreprise, soudainement terminée, et dont le but est encore indécis, l'affermissement chez les peuples qui ont le bonheur d'en jouir, et le rétablissement chez ceux qui en sont privés, de ces libertés civiles qui ne marchent pas le fer à la main à la destruction des gouvernements, mais dont la bienfaisante influence anime, conserve et développe les grands principes sociaux!
EtltG'des XXXIV. — Les gouvernements du nord de l'Europe paraislibertés sen{; eux aussi, se poser avec une sollicitude imprévue le grand
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lanord de problème qui consiste à concilier l'unité politique et les liberîEmope. t^s municipales.
Trois petits États, régis par des formes politiques diverses, ont su, malgré l'exiguité de leurs territoires, maintenir leurs liberlés civiles et leurs régimes municipaux. Les populations de la Suisse se sont préservées des influences extérieures par une neutralité toujours respectée, et par le respect des vrais principes de l'administration intérieure (1). La Belgique (2) et la Hollande (3), ont dû, en grande partie le salut de leurs lois et de leurs mœurs antiques aux descendants de ces familles patriciennes qui, à l'exemple du bourgmestre d'Anvers Van Huere, sauvèrent, en les achetant par un pieux fidei-commis, les édifices publics et les richesses qu'ils contenaient, vendus à l'encan par les commissaires de la révolution française. Mais la plupart des
(1) Voyez les lois municipales des divers cantons, édictées en 1832, 1867, 1868, et le rapport de M. Bloech sur les lois communales du canton de Berne, du 9 juin 1851, etc.
(2) Voyez la Bévue provinciale, par M. de Kergolay, Institutions communales de la Belgique, t. II, p. 321 et 425.
(3) Constitution néerlandaise de 1868, ch. iv, sect. 3.
autres États du nord de la vieille Europe, formés des débris de l'empire d'occident, sont en proie à une agitation presque égale à celle de l'Italie. On parle de réformes dans la Gonfédératian germanique, et dans les rapports de l'Autriche avec quelquesuns des États qui font partie de son vaste empire. Quelle peut être la base de ces réformes sinon la réaction contre le principe de l'absolutisme au nom du principe municipal?
Les franchises communales et provinciales de l'Allemagne du moyen âge (1) avaient été abrogées en Prusse par Frédéric Ier, qui avait supprimé toutes les autorités électives et les avait remplacées par des conseillers des contributions , fonctionnaires royaux, chargés a la fois du règlement et de la perception des impôts. Un grand minisire, le prince de Stein, compléta par la loi des villes (stadte-ordnimg), du 19 novembre 1808, le système d'émancipation qu'il avait commencé en abolissant le servage, les maîtrises et jurandes, en affranchissant le sol des charges féodales, et en instituant la landivehr. Cette loi, et celle du 17 mars 1831 qui l'a révisée, sont en quelque sorte les chartes municipales de la Prusse et des autres États de l'Allemagne qui en ont reproduit les dispositions essentielles (2). Ces lois reposent sur deux principes : l'élection populaire confirmée par le chef de l'État, et la libre administration des intérêts locaux, par les mandataires élus, sauf l'intervention du gouvernement en cas de conflit, soit entre les intérêts des communes et ceux des administrateurs ou de l'Etat, soit entre ceux des générations présentes et des générations futures. Les provinces reconquises par les traités de 1815, n'ont joui du bienfait de ces lois que depuis
(1) Voyez V Histoire politique et juridique de l'Allemagne, par M. Eichhorn, et la Dissertation de M. Van Bosse, De regiminis municipalis origine, progressu et presenti conditione in Francia, Germania, etc. Amsterdam, 183/j.
(2) Voyez les lois municipales du royaume de Saxe, du 2 février 1832, de la Bavière, -du 17 mai 1818 et de 183/i ; du Wurtemberg, du 1er mars 1822 et du 15 mars 1828 ; du duché de Hesse, du 30 juin 1831 ; du duché de Bade, du 31 décembre 1831, de 1832 et de 1836, etc.
le 17 mars 1831 (1); et c'est, chose remarquable, à dater de cette époque, que ces provinces animées auparavant de l'esprit français sont redevenues prussiennes, tant il y a de rapport entre les franchises locales et l'esprit de nationalité! La loi autrichienne du 17 mars 1849 et les lois prussiennes du 11 et du 17 mars 1850 semblaient avoir fixé, dans un sens conservateur et libéral, les institutions municipales de l'Allemagne. Il en a été autrement, surtout en Autriche, et l'on ne saurait se dissimuler que les mouvements politiques qui se sont manifestés dans plusieurs provinces de cet empire, ont eu pour principale cause les atteintes rétrogrades portées à leur autonomie, à leurs mœurs et à leurs usages. Aussi peut-on en tenir pour certain que s'il s'accomplit une réforme dans la Confédération germanique, elle prendra pour drapeau, d'une part, l'affranchissement des États secondaires de l'hégémonie des deux puissances qui se disputent la prépondérance dans la diète ; de l'autre, au sein des grands comme des petite États, l'extension des libertés civiles. Telle est l'aspiration populaire qui vient de se manifester dans la fête nationale de Schiller à laquelle l'Allemagne entière a pris part et qui a adopté la double et significative devise : Unité et Liberté. Tel sera, il faut espérer, le symbole des représentants des dix-sept millions d'hommes dont se composent les petits États dans les conférences inaugurées par celle de Wurtzbourg ; et l'Autriche elle-même, que de salutaires avertissements paraissent avoir éclairée sur les dangers de l'autocratie, au point de la faire songer à rendre même aux municipalités et aux comitats de la Hongrie, les libertés civiles dont elles les avait dépouillés; l'Autriche comprendra que les réformes qu'elle médite dans l'administration intérieure de l'Empire, n'atteindront le but qu'autant que des changements analogues auront été opérés dans ce vieux corps germanique , dont les divisions sont pour l'Allemagne une cause de faiblesse et d'embarras perpétuels.
(I) Voyez dans le tome III de la Revue française et étrangère % le tableau des lois communales de l' Allemagne,' p. 451 et 517.