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d'Alexandre VII au Commencement de soTi règne (1), aràt par le rûle qu'il avait joué dans les querelles intérieures de l'Église, eoit surtout pai" les quatre articles de 1682 qui avaient rendu justiciable dea Conciles la puissance peœtificale, et qui avaient proclamé l'indépendance de ia couronne, dans les questions de discipline, et des décisions Papes et de celles des Conciles. La cour de Rome avait tendu avec sa patience ordinaii'e le moment propice , demander l'adjolilion de tnaJimes qu'elle considérait comi tendant à subordonner à la force des multitudes les droits du chef de l'Église. Innocent XI mil à profit les revers de la France pour raviver les questions irritantes, et pour liiser l'institution pontificale de trente candidats pi par Louis XIV pom' des prélatures. De là des querelles veniméea où, malgré les torts de la polémique du 80p( Odescalchi, Louis XIV eut le tort plus grave de livrer risées de ses poëtes, et aux arrêts de son Parlement cei Église romaine qui est le type primitif de tous les gouvernements libres et stables, et dont la législation politique et administrative renferme des principes plus sages que ceux des philosophes et des constitutions modernes sur l'organisation des États libres et sui' la division des pouvoirs législatif, exécutif, administi'atif et judiciaire. Louis expia, de son vivant même, la faute d'avoir voulu être' terreur du Vatican, et l'orgueil national fut abaissé dans personne, jusqu'à voir les évêques qui avaient signé lui plaire les quatre propositions se soumettre au refui bulles, et dire au Souverain-Pontife dans leur acte d tj'actation : «Prosternés au pied de votre Béatitude, professons et déclarons que nous sommes repentants dessus de tout ce qu'on peut dire, de ce qui s'est Ml
(1) VOLTAIBB, Siéele de Umis XIV. ch. Vil.
s aBoembiées à l'égard de ia puissance eccléâaslàque et
e l'autorité pontificale, et que nous le regardons comme a' ayant point été ordonné, u Louis XIV lui-m6me démolit 1 œuvre de ses propres mains. En 1682 son Parlement ïyait, Sur son ordre, prescrit à la Sorbonne et à l'Univer- S d'enseigner les quatre propositions. En 1716, à la prâlle de sa mort, les prisons regorgeaient de Français couples du seul crime d'avoir soutenu la même doctrine.
XX. — Les rapports de la France avec l'Autriche et ^Angleterre subirent ausai les tristes retours des excès du pouvoir absolu.
Tandis que toutes les forces de l'omnipotence royale wnyergeaient vers l'établissement en France d'mi système ïoniformité administrative, fondé siu- la ruine dea chartes sommunales et provinciales, l'Autriche se défendait contre s intrigues diplomatiques de Louis XIV, qui exploitait s divisions des peuples dont l'empire était composé, en îspectant au contraire, sans exception, les chartes dis de ces peuples, et en les unissant à l'empire par fattrait de la liberté. La Hongrie jouissait presque d'une BUtouomie républicaine; la BohÈme et le royaume de hiaplea étaient satisfaits d'une liberté moindre et vivaient B paix î les Pays-Bas, plus agités à cause des voisiiLS, jlUùent encore pour ne pas rompre. En Autriche seulement ."autorité était absolue ; de là des dilï'érences dans le droit boblic de l'empire, qui exigeait de ses hommes d'État 9 connaissances très- variées dans l'art du gouvernement, t qui rachetait les désavantages de ses di\'isions géoraphiques par le double développement des libertés au- )DOineâ des peuples, source féconde de leur progrès, et 3es talents des conseillers et des ministres de la Couronne, obligés de diversifier, selon les convenances locales, des résolutions fondées sur des observations variées. Le respect
de l'empereur Charles VI et de sa fille, pour les prind d'un droit public fondé sur ces deux solides bases, lurent en grande partie à l'Autriche les progrès si politiques, compatibles avec l'autorité absolue du gouve nement un et indivisible qui siégeait à Vienne ; qu'en Hongrie et en Bohême tous les privilèges i définis et respectés, et tous les pouvoirs légalement poi dérés. Le pouvoir souverain fut fixé à la même en Angleterre, où s'ouvrit enfin l'ère des gouvernementi libres, appuyés sur l'hérédité du pouvoir suprême, proscrivant à la fois Guillaume III et Jacques II pi appeler au trône, dans !a personne de la fille du premioj et de la sœur du second, une dynastie allemande, lan britannique prouva qu'elle était en possession d'elle-mêmffl et qu'elle tenait à concilier la tradition et la liberté. 1 était cependant partagée entre deux factions : les i qui avaient fait la révolution, et les torys qui l'av subie. Les vïhigs gouvernèrent d'abord, mais la i Anne les remplaça en 1712 par les torys, et dès « époque s'est établi l'admirable mécanisme parlementaire! qui appelle successivement au pouvoir les chefs des d« partis, dont l'émulation a pour mobile, non le désir ( détruire , mais le désir de conserver le gouvei'm établi, en dirigeant les atTaires selon que les circnustaoces l'exigent,
(]e serait peut-être ici le lieu de mettre en parall^ l'Autriche affermissant le principe d'autorité par des c cessions intelligentes aux droits légitimes des peuples, l'A gleterre fondant le principe de liberté sur la double I de la stabilité du pouvoir et de la hiérarchie sociale, e France, dont les destinées étaient attachées à la vie d*u homme qui avait mérité le surnom de Grand , m^s q n'était plus que l'ombre de lui-même, incessamment©
traînée par l'instabilité des institutions et par la versatilité des caractères, tantôt vers les excès de pouvoir, tantôt vers les oppositioiis factieuses. Dès la fin du règne de Louis XIV apparaissent ces résultats divers des trois politiques, mais leur complet développement n'eut lieu qu'après la mort du grand Roi. Réservons-nous de les -signaler dans la suite de cette histoire, et bornons-nous ;4 constater ici que la coalition de l'Europe si longtemps tremblante devant la France , sembla près d'atteindre son Ibut dans les journées désastreuses de Hochstœdt et de jUalplaquet; mais que Dieu, qui protège notre patrie, la sauva à Denain par lé bras du maréchal de Villars.
XXI. — Malgré cette faveur spéciale de la Providence, |ui suspendit une ruine imminente, peine inexorablement Ittachée au mépris des lois sociales et à la corruption des mœurs, la fausse théorie de l'omnipotence de l'État et du pjlte superstitieux de la personne royale , continua néanjCnoins ses ravages, et la perturbation introduite dans l'ordre ïnoral vers la fin du règne de Louis XIV, atteignit profondément les ressources de la France.
Chamiliart, cumulant le ministère de la guerre et la place e contrôleur général des finances, prétendit d'abord i-emiacer à la fois Colbert et Louvois; puis, obligé de céder à 'évidence de son incapacité, il prit pour auxiliaire, comme pinistre de la guerre, de Voisin k homme de néant en tous [enres, dit Saint-Simon, incapable, ignorant, intéressé, ïans amis que ceux de sa faveur et de ses places ; haï à la M)ur et détesté des troupes par sa sécheresse, son orgueil i, hauteur. » Sous un pareil ministre, l'armée fut comme apitée; Turenne, Luxembourg, Catinat, d'Estrées n'é- ^ent.plus : on vit à leur place des Bedons, des Uxelles, ' 3 Villeroi. De Villars et Berwick, qui rappelaient seuls la ^oîre éclipsée des anciens beaux jours , gémissaient de
l'état déplorable auquel étaient réduits les soldats, vivant, faute de pain, d'herbes et de racines; et ces géoéraui étaient obligés de désobéir à un ministre imprévoyant, pour sauverune armée qui barrait aux ennemis l'entrée la France (l),
Chamillart chercha dans le crédit de l'État le moyen subvenir à ses ressources épuisées : il voulut battre monnaie avec les billets d'État, et multiplia, pour les propager, des ordonnances royales qui demeurèrent impuissantes. Devant cet expédient et autres de même nature, l'argent cache ou sort du royaume; on cherche alors de tous côl des formes nouvelles d'impôts; Vauban propose, sous nom de dime royale, un double impôt : l'un sur les l'autre sur l'industrie et le commerce. Louis XIV rej* la proposition comme attentatoire à l'autorité de sea nistres et par conséquent à la sienne (2) ; il récom] par une disgrâce, le zèle d'un bon citoyen, et s'empj de son idée, ajoute à toutes les charges qui pesaient déjà Hurla nation l'impôt du dixième du revenu, et l'impOt odieux sur les mariages et sur les baptêmes. Resté néanmoins toujours en présence, d'un côté, d'une dette font de plus de 2 milliards et de 500 millions de bUlets de l'autre côté, d'un revenu de l'Etat de 200 millions, convie le neveu deColbert, Desmareta, à une tâche l'hiver désastreux de 1709 achevait de rendre trës-dîlHi La taxe des pauvres est instituée; la naiaèrela paralyse: famine déchaînée irrite et soulève les populations Desmarets déprécie les monnaies, empi-unte à des
(1) Voyez les Mémoires de Saint-Simon, %. VU, p. 383, 3Sf Mémoires de Vil/ars, p. 257. 258, 359, 281 et 382 ; les Mémoires J Benmclc, follect. Petitot, t. 60 de la 1' série, p. 1?|5, IÙ6. J (2) Mémoires de Sainl-Simon, t VII, p. 289. — (3) Ihid. . p. 105 fli
vsaraires, autorise le clergé, lee communes , les C(»^orartidOB à se racheter de la capitation, en payant quinze fois la valeui- de la somme à laquelle on les avait taxés annuell^foent ; le rachat du droit de panlette est permis aux ma- ^trats, de nouvelles charges sont créées; les jeux et les mt appelés à covnhler, aux dépens de la morale publique, les vides du trésor. Ces expédients, joints à î'inipût du dixième du revenu établi en 1710, iirent croire ï l'Europe que Louis XIV avait d'immenses ressources; tj' était leur principal objet.
XXII. -^ Que ne cherchart-on alors dans le rachat dea ^oits féodaux un moyen de tirer l'agriculture de l'état de «fHBsme auquel la réduisait l'oppression fiscale des seigneurs ï Loin de là : on aggrava les abus du droit de triage, I 00 fit des règlements impuissants pour la culture des area (1). Ni ces règlements, ni ceux du commerce, ni les ^i^ents du système prohibitif ne purent remédier à des c que des administrations libres auraient soulagés. La ine pesta, malgré l'intrépidité de Jean Bart et de Dulay-Trouin, dans l'état où elle était tombée depuis la bataille de 1» Hougue, et le maréchal Villars, se rendant dans gouvernement de Provence, vit avec douleur dans les Wrta les débris des flottes qui y pourrissaient. Les colonies e ss relevèrent pas des mutilations ou des dévastations h' elles avaient subies. L'industrie et le commerce frappa } cteur par la révocation de l'édit de Nantes cherchèrent n refuge dans les États étrangers, et la misère des ajOr pflgnes devint , selon Bots-<^uilbert (2), tellement af&euse ( dan» certaines provinces les grains périssaient aur ^jace, pendant que dans d'autres lieux tout proches, lia va-
d) ÂJuiennes ioù françaises, t XX, p. 541, 5i!|2, 544.— (2) Détail la France, cb. m, des tailles, édit. de 1712, p. 16-
Ideot uu prix exorbitant ; ce qui ruinait également les dei contrées, parce que tout pays qui ne vend point ses rées ne tire point celles des autres,
XXill. — Dépouillée de toutes ses libertés et même du droit de remontrance par un prince toujours en armes, et cumulant tous les pouvoirs, la nation ne trouva pas dans la sagesse de la Cour et de ses ministres un dédommagement de la perte de ses franchises. Le chancelier Pontchartrain fît cependant quelques réformes dans l'admini»tration de la justice civile et criminelle, et quelques' règlements sur le grand Conseil et sur la juridiction ecclé-' siastique (1) . L'ordonnance de la marine, de 1681 , reçut aussi quelques modifîcations importantes. On fit des efforts pour relever les colonies et pour améliorer le sort des esclaves (2) ; on chercha les moyens de rendi'e la vie au merce en promettant aux nobles de s'y livrer sans dérogeTi en instituant le Conseil général de commerce, en moltl' pliant les chambres de commerce et les juridictions coi laires, et en instituant la taxe des chemins pour l'entre des grandes routes, réduites à im état si affreux qu'il lait, selon Saint-Simon, doublei' et tripler le nombre di chevaux pour traîner les voitures dans des chemins rompi où elles s'embourbaient et se cassaient continuellement, qui, joiiit à l'insufTisance des ponts et des chaussée ceptait presque totalement le commerce intérieur. Rien put soulager la misère que l'hiver de 1709 porta à comble.
XXIV. — Un prince qui sans être, par son génie peraonnt à la hauteur de Charlemagne , de saint Louis et Henri IV, possédât à un degré éminent l'aptitude ai
{\) Anciennes loUfrm p, lââ. 539, 6DD, 636, etc.
. XX, p. 233, -m et 5iij. -(2) ftid, '
!^râaes entreprises, et le discernement des talents capables de les faire réussir, ne put pas néanmoins, malgré son règne quasi-séculaire , assurer l'avenir d'une monarchie absolue, qu'il mit , au contriùre, sur le penchant de l'abime. Le prestige survécut cependant jusqu'à l'année 1715 à la puissance réelle, et ce que le Roi voulait, même au déclin de sa vie, juste ou non , on le faisait. La seule opposition ai-mée, celle deaCamisards des Cévennes, -Se terminait ou-par la conversion , ou par l'émigration, ou ■par la soumission. Les exigences du fisc, devenues si exaies que la terre ne nourrissait plus le cultivateur, étaient obéies sang résistance. « Les troupes du Roi, dit un |>ubliciste, remplissaient les cofB-es de la Couronne, les icolTres de la Couronne soudoyaient les troupes du Roi. u Bien ne semblait d'aillem-s pouvoii- ébranler un système de compression dont le double appui était le dogme persistant âe l'infaillibilité royale, et le système prohibitif porté à sa suprême puissance. L'ère de la décadence n'en avait pas bioins commencé, A l'époque même où l'on élevait, après la pMX de Nimègue , une statue à Louis XIV , en l'appelant Louis le Grand, la triple colonne de la monarchie frane s'était affaiblie. Le clergé se divise sur la triple ques- ^on de la régale, du protestantisme et du jansénisme , et, lar ses dissensions intestines que fomentent l'Angleterre t l'Autriche, ou\re la porte aux ennemis de l'Église et de L nation. La noblesse irritée contre un règne que Saintamon (1) ne craint pas d'appeler un règne (le vile bour- 'eoisicy se partage en adulateurs serviles et en frondeurs mpuissants; le tiers-état, si longtemps uni à ses Rois dans me lutte commune contre la féodalité, s'éloigne du trône ;
(1) Jlftmoim, t. lU, p. 316.
et à te vue dea daiHg«rs dont la Fraucç ^t çftenaeée p«r U réftC4âmi 4a tous }qs droite, de tous leji iotérête légiticae» foulfe aux plede, contre u» règne où Ta^aoïur de la gloire et Tesprit d'intolérapce avaient trop souvent étouffé le respect de. la jiJâtice» l'orateur sacré commence Toraison funèbre du grand Monarque par cette parole simple et sublime c Dieu seul est grand !
Ainsi finit le règne d'un prince qui oublia trop» dans les enivrements de la fortune , le sage conseil de sa mère : « Mon fils , songes; souvent au Roi votre aïeul , le peuple se désolait è sa mort. »