I. — La Reine régente publiapendant l'absence de son fils
(1) Anâtnnes lois fr
t. XIV, p. 265.
sous la direction du chancelier (le Birague , une ordonnance dont le but était de réprimer les excès commis :par les gens de guerre (1) , et quelques édits fiscaux (2).
Henri III (fuitta la Pologne en fugitif, accomjiagné de M mignons, et après s'être arrêté avec complaisance dans s les villes où il rencontrait des plaisirs. Il trouva, en trrivaDt à Paris, sa couronne menacée à la fois par la faci calvinistes ayant pour chef le prince de Condé retiré en Allemagne, et par celle des catholiques politises, irrités des mesures prises par Catherine de Médicis BOUT courber sous le sceptre royaJ les grandes maisons Mjnt elle redoutait la puissance.
II. — La cinquième guerre civile continuMt siu1;out en inguedoc où le maréchal de Damville, frère de Montmolency, et chef du parti des mécontents s'était joint au parti t qui faisait de grands progrès. Avant de publier ^son édit de pacification, Henri III fit procéder, dit le préambnle des lettres-patentes d'avril 1576 (3) , à une grande et soigneuse inquisition des charges qui avaient motivé "l'emprisonnement du duc de Montmorency, pair et maréjhal de France, et de la reine mère, des princes du sang t autres princes, seigneurs et gens du Conseil pri\'é. Il innula cet emprisonnement par un acte de hon plaisir.
Cn mois plus tard {h) fut publié un édit de pacifica-
Kion en 73 articles, (/est le plus favorable que les religion-
jent encore obtenu. On leur permettait l'exercice
tblic de leur culte, excepté à Paris et à deux lieues à
tPentour. n y était dit, en outre, que les prêtres et moines
(1) Ordonoance du 5 juillet 157a {Ancicnes loin {ta, \ XIV, p. 266). — (3) ïbid.^ p. 368. — (3) Ibià., p. 278. — i) AW 1576 (lâiU, p. 280).
qui seraient mwiés ne pourraient être inquiétés poffi sujet et que leurs enfants seraient légitimes.
III. — Cet édit qui prescrivit la convocation des Eia généraux fut suivi de lettres de convocation adressées, le 6 août 1676 (1), aux prévôts et baillis des différentes villes du royaume. L'assemblée des États, qui eut lieu le fi décembre suivant (2), fut entourée de toutes les solennités monarchiques. Le discours royal rappela aux députés les ordres donnés par !e souverain à ses commif voir et visiter ses sujets, d'entendre comme les choses a touchent au sei-vice de Dieu et les cliai'ges et dignités ecd| siastiques sont faites, tenues, maniées et exercées; i sont les déportements de la noblesse, et comment la jui et les finances sont administrées, avec chartjes exprt d'entrer en /'assemblée des États provinciaux. » Le ( exprima l'espoir qu'en cette assemblée de tant de g bien, d'honneur et d'expérience on trouverait le t aux maux dont le corps de l'Etat est tellement ulcéré Q, n'a membre sain et entier, au lieu qi^il soûlait i royaume le plus florissan t, plus heureux et sur tous a. renoimné de religion envers Dieu , if intégrité en Jtistn d'union entre les sujets, iSamour et d'obéissance eni leur Roi et de bonne foi envers leurs hommes.
Le chancelier Birague exposa ensuite les réformes d le clergé, la noblesse et le tiers-état avaient besoin, et S en répondant aux reproches faits au Roi et ; mèi-e. u Je ne doute pas, dit-il, que quelqu'im ne dise e le Roi, qui est si sage et vertueux, dispose des bénél à personnes incapables, ce qui cause un grand désorc scandale en l'Église de Dieu, vend les ollices de judicatu d'où vient la conuption en la justice, fait tous les jours 4
(1) Aï
luii frai
-.. XIV, p. 305. — {1) Ibid., p. 3H
ffits de création de nouveaux officiers pow les vendre, en chargeant les finances et aon peuple de gages, ontre que la ïiultiplicité des officiers est dommageable au public, fait des dons immenses, est facile à concéder rémissions et évo-' cations, ce qui renverse l'ordre de la justice et travaille in- Ëniment les sujets, h raison de quoi on blàme le Roi qui lommande et le chancelier qui passe de telles choses. » Le jhancelier essaya de justifier le Roi de fautes dont il rejeta
i responsabilité sur les malheurs des temps, et combla B" éloges la reine mère, L'archevêque de Lyon , au nom du ^ergé , le sieur de Rochefort , au nom de la noblesse, et le teévôt des marchands de Paris, au nom du tiers-état, remercièrent le Roi de les avoir convoqués. Les trois Ordres
e réunirent plusieurs fois pour rédiger leurs cahiers. Bodin, |m venait, en cette année même, de publier ses six livres îe la République , invoqua au sein de l'assemblée comme ïéputé du Vermandoîs, les piincîpcs qu'il avait défendus somme publiciste. Partisan déclaré de la tolérance reli- ^euse et soupçonné même d'indifférence, il fit toas ses efbrts pour pi'évenîr la guerre civile. U défendit l'autorité ■oyale en combattant ses excès, il lutta à la fois contre la févolte et le despotisme, et refusa à la ligue le droit de dérôner le Roi, et au Roi le droit de lever des impôts sans le isentemeut du peuple.
Les États de 1576 déclarèrent néanmoins la religion caiholique la seule religion de l'État, ce qui tendait à priver Henri de Bourbon de sa couronne. Les Guise engagèrent les évêques qui y siégeaient à demander la publication dit
jOncile de Trente. Les chapitres s'y opposèrent afin de terver leurs privilèges, et les députés de plusieurs pro-
inces s'associèrent à leurs réclamations ; la plupart des
iigneurs de la cour protestèrent de leur tûté contre l'édit 3q padftcation, disant /jue la messe s'en allait bas, que
tétait fait des prêtres et de la vraie foi. Le duc profita de l'occasion pour réaliser !e plan de la ligue dès l'an 1662, vingt-six ans avant la journée des barri cades, le cardinal de Lorraine avait conçu au Concile Trente. Il convoqua à Péitinne presque tous les noblea magistrats de cette province, et leur donna lecture d'' traité en douze articles, fait au nom de la trèsiiité, par lequel on promettait obéissance au Roi et à famille, et on s'engageait à poursuivre à outrance tous ennemis de l'Eglise romaine, sans acception de perm Cette association, qui se propagea rapidement, obi d'abord la faveur du Roi, mais lui inspira ensuite i craintes, à cause des prétentions des pi'inces lorrains, instigateurs, à la couronne de France. Henri III A(Sa\ cependant, le 11 décembre 1576, son adhésion àl' catholique, que le pape Grégoire XIII, malgré les instant des ligueurs, refusa de sanctionner publiquement. Maïs même temps qu'il signait le formulaire des ligueurs, d' l'on retrancha , dit Auquetil , les ambiguïtés dangereaî pour l'autorité royale, Henri III envoya parlementer ai le Roi de Navarre et le prince de Condé, et confirma , f l'édit de Poitiers, de septembre 1577 (1) , l'édit de pacil cation de mai 1576. Le Roi traita en même temps avec chefs protestants, et répéta dans des ai-ticles secrets t complétèrent l'édit, « que les désordres et excès le 24 août et jours suivants (Saint-Barthélémy) , étaii advenus à son grand regret et déplaisir, n et fit à la fois a protestants et aux catholiques défense de toutes pratiqiraE ligues et intelligences hors dii royaume , cassa et nnnu toutes ligues, assodalioiis et confréries faites ou à faxrt sous quelque prétexte que ce soit. Ces articles, signés
(1) Anciennes lois françaises, t XIV, p. 330.
férac par le Roi, furent confirmés par d'autres ar- L ticles signés de la reine mère à Nérac, le dernier fé- \\ner dS79 (1).
rV. — Tandis que les États délibéraient sur les réformes iîntroduire dans l'administration du royamne, le Conseil jrivé du Roi pourvoyait à la police générale par des lettreslatentes du 21 novembre 1577 (2) qui, conçues dans lUi esprit de réglementation excessive, fixent le prix de la vente t du transport des dejirées, notamment des grains, du ^ain, du vin, du bois, du foin, de la viande de boucherie, e la volaille , du fer, du cuir, des draps de soie et tein-
Parnai les édits administratifs et financiers de cette ue, on remarque l'édit de création des receveurs des dépâts et consignations dans tout le royaume. Cet édit, de juin 1578 (3), a été l'origine de la Caisse des dépôts et consignations.
La plupart des autres édits, déclarations, lettres-patentes et mandements se rapportent ou à la création ou à la réglementation des dignités féodales dans l'Ordre de la noblesse, et des oflicea du tiers-état. L'un de ces édits, en date de juillet 1578 (â), se plaint a de ce qu'au mépris des ordonnances institulives de la juridiction des élus, les maures et échevins des villes ont usurpé et usuipent la cognoissance des procès et différends, procédant des fermes, des aides et tailles, sous prétexte des engagements à ceux faits par nos prédécesseurs Rois des dites aydes et levées, es dîtes villes et faux bourgs d'icelles, »
V. — L'édit d'institution de l'ordre du Saint-Esprit, daté de Paris (décembre 1578), modifia les rapports entre
(1) Anciennes lois fi p. Zhl. — {Z) Ihid,, p.
t. XIV, p. a30et337.
{k) Ibid., p. 3a8.
- (2) Mil.,
le trôoe et la noblesse. Le Roi de France fut déclaré c souverain et grand maître de cet Ordre, et dut l'aire à s< sacre serment de le maintenir tel iju'il avait été font L'incorporation à la couronne de Fi'ance de la grande m^trise de l'ordre du Saint-Esprit, et le droit exclusif concédé au Roi d'en nommer les membres, après les preuves fournies par ceux-ci de religion, vie, mœurs, noblesse, etft changèrent toutes les conditions de l'ancienne aiistocrs et la chevalerie, au lieu d'être, comme au moyen l'auxiliaire et l'ornement de la puissance féodale, ne t plus qu'une dignité des sei'viteurg de la couronne (1).
VI. — L'ordonnance de Blois, de mai 1579 (2), renc sm- les plaintes et doléances des États-gén&'aux asser ^ Blois en 1576,embras3e tous les objets relatifs àla.poli| géuérale du royaume, et le résultat de leiiT examen , f^ dans un conseil présidé par le Roi, assisté de la reine mère et composé de plusieurs princes, seigneurs, principaux olBciers de la couronne et membres du Conseil privé.
Les cinquante articles du titre preuûer de cet édit sont unifjuement relatifs à une réforme ecclésiastique qui était plutôt du ressort d'un concile que d'une assemblée de laïques.
Les articles 55 et 56 confirment les précédents édits sur les hôpitaux et maladreries, et déclarent « que ne pourront désormais être établis commissaires au régime et gouvernement des fruits et revenus des dites maladreries et hôpi taux, autres que simples bourgeois, marchands ou l reurs, et non personnes ecclésiastiques, gentilshom
(1) Les lettres-patentes, ordonnanças et édits relatifs à l'ordre du Sain^Esp^it, oot été recueillis dans un volume in-ù' qu'on trouve à la blbliothÈque impériale. — ('J) Ordonnances roi/axa;, p. ai3. — ViLTEH, Lois antérieures à 1789, p. 105. — Amimm lois françaises, t. XIV, p. 380.
et hâpk^ iohudmH
I, officiers publics, leurs serviteurs oii peraonnes par nx interposées. » Cette disposition, conforme au vœu du îoncile de Vienne de 1311 et de l'ordonnance de Moulins, msi qu'à l'usage immémorial d'un grand nombre de villes,
été consacrée par les lois modernes, au moins en prînipe, et forme une des principales branches du régime kunïcîpal.
Lea articles 67 k 88 modifient le régiine des universités
11, librement écloses à des époques et dans des coudions très-diverses du sein des institutions locales , rirent 8 allures libres jusque-là, sauf la double surveillance
i l'Église et des cours municipales , soumises poiu* la
e fois en 1579 à uu règlement général émané de
autorité civile, et subirent l'influence au moins indirecte
j pouvoir central, par la création de commissaires-inspecîurs autorisés à. s'immiscer dans l'enseignement, la disci-
ine des collèges, l'élection et les devoirs des recteurs, la nllation des grades, la fixation des temps d'études, lea Diicours pour les chaires de professeurs et autres objets e cette nature.
Deux cent vingt articles du mfime édit concernant le iglement de la justice reproduisent, en les perfectionnant,
a ordonnances antérieures, notamment celle de Moulins,
Le6 articles 210 à 255 ont trait à la réduction des oPTices
t à celle des présidiaux demandée par les États généraux.
^elques offices de finances sont également supprimés.
B tribunaux des juges-consuls sont maintenus dans les
nncipales villes du royaume.
La police des métiers, à laquelle l'ordonnance d'Orléans
rait consacré les articles 186 à 192, est, dans l'édit de ll<ria, l'objet de l'article 359, ainsi conçu : « Aucuns jurés ( de métiers ne seront ci-après estabhs autrement que par ; élection, et ceux qui auront été pourvus en titre d'office,
« demeureront supprimés, vacation advenant par mortô
u forfaiture, et sauf aux villes de mestiers de les rem u bourser dès à présent, si bon leur semble. :
L'article 263 et dernier dispose : n Nous voulons ( (( toutes les eslections des prévôts des marchands, maira « escheving, capitouls, jurats, consuls, conseillers et gou^ H verneura des villes se fassent librement, et que ceux q « par autres voies entreront en icelles charges u ostez et leurs noms rayez des registres, n
L'édit de Blois confirma les dignités féodales accordés aux nobles, en compensation des attributions politiqi dont on commençait à les dépouiller, et ordonna des i sures sévères pour la répression des brigandages comm par les compagnies des hommes d'armes.
Les articles 329 à S53 ont trait au domaine de la coi| ronne et à la pei-ception des aides et tailles.
L'article 351 est ainsi conçu : i< Les deniers d'octroi i impositions accordées par les Rois nos prédécesseurs am villes, poui- les réparations, garde et entretien d'icetlol seront employés à cet effet , et non autrement , sur les G doonances des échevins et sous leur responsabilité, peine de répéter sur eus ce qui en aurait esté ordonné...
VIL — Guy Coquille fait sur cet article l'observatîJ suivante : u La garde, réparation et foi-tification âes n closes est commise aux échevins d'icelles ; pourquoi c'a bien riûson tpi'ils ayent quelques deniers pour fournir a frais; lesquels deniers se lèvent par oclroy et concession d Roi, qui se renouvelle de 3 ou 5 ans, ou autre nom d'années, à prendre sur le sel, à, raison de vingt deniers trois sous quatre deniers pour minot; sur le vin qu'o appelle la courte-pinte, qui est le treizième du prix du v vendu en détail, ou autres denrées ; et ce par le consente ment du peuple (des notables et des corps municipau;
De tels deniei-s on doit compte à la Chambre des Comptes
du Roy (1). >.
Le jurisconsulte nivernais semble oublier ici que, dans .les petites communes et piùncipalement dans les paroisse» de campagne, les procureurs- s j-ndics rendaient lem-a ■ comptes à l'assemblée générale des habitants, qui était \ fuite à rissue de Vêpres , au son de la cloche , et qu'il en ■était fait un bref état, qui était examiné et clos par l'es/eu n faisant sa chevauchée et sans frais, à peine de concus- 1) Cette subordination aux communautés d'habitants [des chefs nommés par elles, déplaisait à ceux-ci qui prétendaient s'adresser directement aux élus du Roi, sans vouloir se soumettre au contrôle des habitants réunis en assemblée générale. Mais un arrêt de la Cour des aides, du i27 mai 1636, donna gain de cause aux habitants.
VIII. — Les édits de pacification ayant airêté le feu de la [uerre civile qui désolait les provinces, on permit au clergé 4e tenir une assemblée générale, et d'y faire des règlp- ;ment3 utiles à la religion. Cette assemblée, qui eut lieu à Melun, fut orageuse et inlructueuse. Des évêquea demandèrent le rétablissement des élections et la publication du Concile de Trente. « Souvenez -vous, mon fils, dit l'évèque 3 Bazas à Henri ïll, que la puissance royale n'est qu'une tconunisaion et une charge publique, dont vous rendrez un mpte très-rigoureux après votre mort. » Le Roi, quoique .iinécontent, répondit a\ec modération par un refus d'aboliile coiicfTdat et de publier les dispositions du Concile de Traite contraires aux libertés de l'église gallicane.
Un édit de février 1580 (2) rendu sui' les pltùntes et i-e-
" <1) Note, p. 653, du Rmieil de Néron, t. I. — (2) Valker, Lois antérieures >' 1789, t, I, p. 125. — Ai-dennet lois froiu-aists, t. XIV, p. ta5.
:es de i'aasemblâe de Helun, enjoignit l
ques de tenir des Ooiiciles proYûiciaux tous les t. et déJ'eiiilit aux juges royaux d'enHièchei' l'exécution t décreis de ces (Icniciles pax des appellatious tomme d'à qui n'auj'aieut aucun effet suspensif. Cet édit pourvut, p des dispositions détaillées à ce qui concernait la visite d monaatèi'eB, les revenus des bénéfices, les prédicalji dans les églises, les fondations, l'administration des 1 taux et maladreries, les impétrations en corn- de Rome a plusieurs autres objets de police temporelle ou de disci'^ pliue ecclésiastique.
IX, — Malgré cet édit et malgré les lettres-patentes i i mai suivant (1) adressées au Parlement pour qu'il eâl à faire publier de nouveau l'édit de paciiication de 4577 e les articles de la conférence de Nérac, la guerre civile s ralluma et nécessita la déclai'ation du 3 juin 1580, contre les rebelles et sur la défense du port d'armes (2).
De nombreux édils iiscaux créèi'out ou rémiirent a sous divers prétextes, de nouveaux oiVices dont la liiiai devait poui'voir aux nécessités de la guerre (3). Un t de mai 1581 (4) , attacha un pi-ocurew du Uoi à cbaqi juridiction des prévôts des maréchaux, ainsi qu'à i des baillis et sénéchaux : institution ancienne et qui B pejpétuée. Lu auti-e édit de juin 1581, créa un bui de contrôle des actes extrajudiciaires dans chaque si^ royal, qui a été l'origine de nos bureaux d'enregiti ment (5). Les érections des duchés-pairies, marqui&i et autres dignités féodales se multiphèrent {(>); l'in
(I) Anciemes luis fmnçaises, t. XIV, p. Ù78. — (,'2) Ihid.. p. W8, — (3) Ibid., p. hU et auii'. — (b) Ibid., p. Û89. —(5) DALLOia V" Enregistremenl. — Ancimim lois ftpiiriùes, t. XIV, p. h" (6) lOid., p, 50a.
maîtrises d'arts et métiers fut généralisée par un édit de décembre 1681 (1) . Une déclaration sur le tait de^i chasses du 10 décembre 1581 {'!), fit du droit de' chasse, une faveur du bon plaisir plutôt qu'un attribut du droit de propriété.
X. — Une assemblée, non des Etals généraux du royaume, ni même de notables pris dans toutes les classes, mais de grands seigneurs, fut convoquée par Henri III, à Saint-Germain-en-Laye, en novembre 1583 (8), La reine mère Catherine de Médicis, le duc d'Anjou, frère du Roi, le cardinal de Bouj'bon, le duc de Montpensier, le chevalier de Birague, le maréchal de Cossé, le duc de Nevers, de Fizea, secrétaire d'État, Christophe de Thou. premiei' président au Parlement de Paris, Montluc, mai-échal de France, composaient cette assemblée k laquelle furent soumises toutes les questions pendantes sur les élections aux prélatures, la résidence des évêques et les bénéfices ecclésiastiques, sur les privdéges de la noblesse, droits de justice et chasse, anoblissements créés à prix d'argent; sur les oflices de judicature, au ti'iple point de vue de leui' suppression, de leur réunion et de leur vénalité ; sm- le domaine de la couroime, l'administration des forêts, la théorie des impôts, la navigation, la pèche, le droit de prise. L'assemblée i-ésolut quelques-unes de ces questions dans un sens de plus en plus favorable à l'extension de l' administration monarcbiqae.
Toutes ces lois étaient discréditées d'avance, par le fU&ui d'autorité de ceux de qui elles émanaient. L'iniluence capricieuse des maîtresses et des favoris remplaçât, sous le règne du dernier Valois, celle des Ordres de
(1) Anciennes lois françaùes. t. XIV, p. 509. — (2) Ihiii., p. 506. —(S) Iliid., p. 6bli eC 55G.
l'État, divisés, corrompus, avilis, et déconsidérait irâi qui émanaient de ces ConseOa. Le Roi donnait d'^euial l'exemple du mépris pour ses propres édils. II préteiidîù#| i-éformer l'Église, et tantôt il parodiait la religion par deil confréries de Flagellaua et des processions bizarres, tantA4 il l'avilissait eu lui jirodiguant les sinécures, tantôt il 1 prostituait au fanatisme des ligueurs. Il prétend^ùt ùâri honorer la noblesse en punissant sévèrement l'usurpatioi de ses titres (1), et précipitait sa décadence par les d lutions d'une Cour où le point d'honneui' dégénéré consisn tait à sei'vir son parti par le poignard, et où le libertinaf devenait l'un des instruments de la politique de la reïnd mère. H semblait condamner la vénalité des charges, édie! ttût la l'éduction des offices et laissait ouvertement affi les tarifs des charges du Pai'lement. 11 décrétait des pdnaj sévères contre la violation des règlements militaires (2) e laissait impunie la licence effrénée des hommes d'armes Il prescrivait les économies, le soulagement des contri-^ buables, une comptabilité régulière, et multipliait les taxes arbitraires, altérait les monnaies et ruinait le trésor f ses prodigalités. Il afl'ranchissait un jour l'industrie du n nopole des corporations, et tenait le lendemain boutiqi ouverte des droits de maîtrises.
XI. — Cependant la nation qui s'était montrée, dans la États généraux de 1576, supéiieure à son gouvernement; loin de se laisser pi-endi'e aux trompeuses apparences i l'union entre l'autel et le trflne, voyMt avec douleur chacuo des Ordres de l'État sortii- de ses attributions légitimes
(1) Ordonnance de mars 1583 {Anciennes luis franç-iises, t. XIV,-! p. 5Ù0). — {-2) nticlaralion du 26 décembre 1583 (ilùil., p. 565). -*■ Édit aur la police des s<:as de gaerre, du 9 février 1584 {iW.,] p. 5651.
— 197 " 'Bffiâm d'un principe vrai, qu'il faussait en l' exagérant- Privé par le concordat du droit d'élire ses évêques, tandis qu'un Concile non reconnu comme loi de l'État soumettait le pouvoir temporel à la puissance spirituelle, atteint dans sa discipline, déshonoré par des simonies tellement criantes que des femmes même jouissaient de pensions sur les biens des églises, le clergé catholique voyait une partie de ses membres attenter à la fois, au nom de la religion, à la souveraineté du Roi, en participant aux complots de ses ennemis, à la liberté de conscience par ses vœux pour l'inquisition, à l'indépendance nationale par ses intrigues avec l'Espagne, et cherchait en vain un remède à des maux intolérables, dans des assemblées plus souvent refusées que permises. L'esprit chevaleresque qui avait inspiré les croisades et qui avait jeté un dernier éclat dans les guerres d'Italie, s'était transformé en rivalités de cour et en ambitions désordonnées dont quelques-unes aspiraient au trône; et la noblesse, dont le prestige s'amoindrissait de joiu- en jour, se livrait à tous les désordres d'mte galanterie à la fois licencieuse et fanatique (1). Les provinces, d'où était parti deux siècles auparavant le mouvement d'affranchissement et de régénération de la France, sentaient leur patriotisme s'évanouir en même temps que jeors privilèges, malgré la pi'omease des ligueurs de les remettre en Pestât et libertés qu'elles avaient du fernps de ^Chvis (2) , tantôt suliissant la domination absolue de
(1) « Alors il était beau, dit un historien, de se précipiter, au premier signal as sa maltTË^se, dans une rivière sans savoir nager, d'affronter des bêtes féroces, de faire ruisseler son sang avec un poignard, pour marcjuer ta disposition où l'on était d'aimer sa dame jusqu'à la mort, n — (2) « l'rœfeciurœ nullis terniiois définir], sed vit» œquales esae soient, >< dit Bubbegk , lettre du 20 mai ibSli.
— lus — gouverneurs qui profitaient de (a décadence ( pour se créer des souverainetés indépendantes , tantôt iî- j vréea au système d'espionnage organisé par François I" (i) ■ et à l'arbitraire des coniiiu.ssaires et des lieutenants gêné raux. Les Parlements eux-^uèmes, dont ia mission était é servir de remparts à la couronne, manquaient souvent Hë I respect et d'obéissance au Roi.
XII. — Au sein de ces désordres, la ligue, qui avait I sommeillé huit années consécutives, se réveilla soudaine^ J ment en lô8â. Au commencement d'août de l'année ] cédente, on avait découvert à Bmgea un traité enlr MM. de Guise et le Roi d'Espagne, dont le but était d'ét dre la famille royaje de France et d'usurper tes droits à princes du sang (2) ; la mort du duc d'Anjou,* frère ( Roi, ayant fait passer la couronnpT à défaut d'hétitiw direct, à Henri , roi de Navarre, « noua ne voulons point ] d'un huguenot pour Roi, n s'écriaient les catholiques ik- S gueurs, tandis que les politiques ou royalistes disaient d « Il faut reconnaître le Roi de Navarre, caj' il est l'béritfa légitime ; espérons qu'il ahjui-era. »
La lutte s'engagea dom; entre les protestants, les ligi et les politiques.
Les ligueni's abusi^nt du pouvoir qu'ils avaient conqi sous le nom du Roi (3) , levèrent le masque et proclamera avec le secours de l'Espagne, le prétendu droit du cardi de Bourbon à la couronne de France. La huitième g civile éclata. Guise et ses frères rassemblèi'ent autour d'e la noblesse de (Champagne et de Bourgogne. PluBÎei
(1) " Espions seront envoyés déguisés par les provlnci chacune d'icelles y aura gens stipendiés pouradvertir desdép< teniBiits même di s particuliers, » {Mêmuires de Tavannes, p. 30l.)|4 — (2) Journal de Smri III. année 158S, mots d'août — (3) Di | Thod, liv. LXXXr. — D*viL*, liv. Vil.
vIUk* se suuleVèreiil.,, Ifs unes st'duites, lesautres forcées. Lyon ouvrit ses portes aux secours que les révoltés avaient obtenus de la Savoie ; Toul et Verdun à ceux que la Lorraine tirait d'Alleniagne, Les ligueurs manquèrent Marseille et Bordeaux, mais ils se rendirent maitres, dans le 009ur du royaume, de Bourges, d'Orléans et d'Arqués. Enùn la ligue s'établit solidement à Paris {1}, et c'est de là que la faction des Seize dicta les oi'di:es sanguiuaii'es qui couvrirent la France de deuil.
Le Roi pouvait opposer au duc de Guise, cfief des ligueurs, le Roi de Navarre, chef des calvinistes. Il hésita, de peur d'irriter les catholiques, et pour ne pas trouver le Roi d'Espagne contraire, refusa les députés flamands qui loi oâraieut ia souver^ueté de leurs provinces. Il s' enpar le traité de Nenwurs, k donner aux ligueurs (lomine places de sûreté les villes de (Ihâlons, Reims et Saint-Sizier en Champagne, Soissons et Rue en Picardie, i))Dan «t Concaïuau en Bretagne, la ville et citadelle de J)ijon, le château de lîeaune, Toul et Verdun. C'est sous J'empire de ces concessions si iavorables à la l^e qu'é- <Jata de nouveau, après des trêves éphémères etdea traités impuissants, la neuvième guerre dite (les trois Henri, (wrce ■que le Roi de France, ie Roi de Navarre et le duc de Guise, «hef des ligueurs , portaient tous les tit)is le prénom de
lenii- Cette gueii'e éclata en août lâSâ , et se prolongea
de quati'e ans à Iravei'S les plua sangkutes péripélic-s.
l'édit de juillet 158.5 (i) et par la déclaration confirma-
ivedulH oct^jbi-e sui^'ant, Henri 111 s' allia à la ligue contre
Cjdviiiistes avec l'indécision et Ie mollesse de caractère
r(|Bi le fiiisaient toujours osciller entre les trois partis, nuilB
(1) AtnjUEriL, ffwir |kei6etfi30.
: lois fr
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en finissant toujours pai" subir les influences de sa r de ses mignons, qui flattaient ses passions et ses vices, ij plutôt que celles des parlementaires, des Harlay, des del Thou, des Brisson, qui ne faisaient entendre que la voix 1 sévère du devoir.
XIII, — Encouragés par l'indécision du Roi et soutenus par la cour d'Espagne, les ligueurs, qui avaient à leur tète les Guise, moins préoccupés des intérêts de la religion que de leur ambition de régner, redoublent chaque jour d'exigences et imposent la révocation des édits de pacîGcation et l'exclusion des protestants des charges publiques. Le Roi de Navarre publie, de concertavec le prince de Condé, et avec Hemù, duc de Montmorency, gouverneur du LaU'^ guedoc, un manifeste contre les Guise, Le pape Sixte 1 accorde, pai' une bulle, la confirmation de la ligue queGr^ goire XIII avait refusée. Le Parlement s'oppose à cettt bulle ; le Roi de Navarre en appelle, comme d'abus, à I. cour des Pairs de France, et écrit, le i"' janvier 1586, au: trois États du royaume et à la ville de Paris des lettres d tées de Montauban, par lesquelles il proteste contre 1 bulles pontificales qui attenteut à son droit héréditaire.
Alors éclate à Paris une conjuration contre le Roi, qu'o accuse de protéger secrètement le Roi de Navai're.Gel mande au Louvre la Faculté de théologie et menace les docteura de les abandonner à son Pai-lement, si ces docteurs persistent dans leurs prédications séditieuses. I de Guise ouvre à Nancy, en février 1588, des conférences avec les chefs de la ligue, et l'on y convient tie demander! la publication du Concile de Trente et l'établissement à tribunal d'inquisition. Le Roi cherche à. arrêter les eSFet de ces conférences; les ligueurs appellent à leur secours h duc de Guise; le Roi lui défend d'approcher. Il vient à Paris malgré cette défense, et son arrivée y donne le sig
Svolte, connue sous le nom de journée des harriteuies. Le duc de Guise Ke met à la tête des factiem et fait des propositions qui révoltent même la reine mère. Le Roi ^enfuit et se retire à Chartres, d'où il éciit aux gouverneurs des provinces pour les informer de la révolte des Paiiàens et de son attachement à la religion catholique. Une nombreuse députation de Parisiens arrive à Charti'es pour prier le l\oi de re\enii' à Paris. Les députés s'habillent en >&iitents; frère Ange de Joyeuse, capucin, se met à leur ftte, portant sur la tête une couronne d'épines et sur les Ktules une grosse croix. La procession entre dans la ca^ Eiédrale, chantant le psaume Miserere^ pendant que deux apucins frappent à grands coups de discipline sur le dos lu de frère Ange. Le Roi promet le pardon aux Parisiens, «urvu qu'ils rentrent dans le devoir; puis il passe i lonen, où il se déclare chef de la ligue, nomme le duc de Siiise lieutenant général du royaume et le cardinal de lourbon premier prince du sang, au préjudice du Roi de îavarre; mais bientôt indigné des prétentions croissantes I duc de Guise, il part de Rouen et convoque à Blois issemblée des Ti-ois-États, dans le but d'y déjouer les desseins ambitieux des princes lon-ajus.
HV, — dette assemblée, dont un spirituel académiîen a fait un tableau dramatique (l) , fut ouverte le 15 ocwe 1588 (2) par une séance royale, où le Roi prononça me longue et grave harangue pom' défendre son édit fanion, en même temps que pour protester contre les 8 et associations des grands de son royaume. La cérélonîe terminée, les trois Ordres se retirèrent dans leurs
(1) U. ViiET, Les Étals de Blois, — Voyez QUsai La Journée des arrieades et la Mort de Henri III. — (2) Anciennes lais françaises, XIV, p. 623.
tambres sépai-ées cl commencèr'ent leurs travaux i nue confuMon qu'Estienne Pasquier, témoin oculaire, i crit dans une lettre au président de Harlay. L'ass déclara l'édit d'uuion loi Condaraentale du royaume, ë Roi jura de persé\érer jusqu'à la mort dans la religicn thollque, d'employer toutes ses forces à la ruine dea h tiques, de ne jamais souffi-ir qu'aucun prince suspect d sa foi pût parvenir à la couronne, et de n'admettre l charges et aux dignités que r^ux qui feraient une p sion constante de la religion catholique. Tous les n de l'assemblée firent les mêmes serments.
Deux mois après (23 décembre 1588), le duc de < était massacré à l'entrée du cabinet royal ])ar 1< de Henri 111, qui l'avait mandé. Le lendemain, Lorraine, cardinal de Guise, frère du duc et archevôquei Reims, subissait le même sort, et les cadavres dea d frères étaient l'éduits en cendi'es qui étaient jetées au v afin que le peuple ne les révérât pas comme des reliqiu
XV. — Quelques mois s'écoulèrent encore avant le fi dénouement de ces monstrueuses intrigues. Trois i importants signalent ce court intervalle : 1" la dédai de Henri III, de février I S89, ordonnant de courir su ducs de Mayenne et d'Aumale, devenus Içs chefs t ligue api'ès l'assassinat des ducs de Guise (1) ; 2° la li adressée le h mars i 589 par le Roi de Navarre aux t Oidres des Etala généraux, pour revendiquei' son ê la cfluronne de France (2) ; 3° l'armistice signé le 25 b suivant entra ce prince et le Roi de France (3) .
Les démocrates ligueurs propagent alors avec fui théorie du tyrannicide (4). « C'est du peuple, s'écri
<i) AnfïCTiitei hin fr^naihu. t. XIV, p. 635. — (3) Ibid., p. fi — (3) Ibid., p. 6à5, - (ù) Labittb, De la Diaioeralie chez la p eatatrs dt la ligue.
en exagérant la définition d'Isidore de Séville (1), que la loi procède. Le pouvoir absolu du prince doit être respecté sans doute, à moins cependant qu^ilne dégénère en tyran^ auquel cas le royaume peut lui faire la guerre. »
Armé de ces prétendues maximes, Hubert Languet publie son livre : Vindiciœ contra tyrannos, dont le titre seul explique l'esprit.
Boucher lance son pamphlet : De justa abdicatione Henrici III, où, renouvelant la thèse du triple contrat entre Dieu, le Roi et le peuple, il soutient que le pouvoir que le Roi a sur le peuple pour honorer Dieu, le peuple Ta également sur le Roi. Le jésuite Mariana^ sans se prononcer ouvertement dans son traité de Rege entre la monarchie et la république, s'attache à prouver qu'il faut un châtiment aux princes pervers, une menace qui les arrête dans leurs prévarications, et déclare que ce châtiment, cette menace, c'est le régicide.
Ce concert anar chique d'anathèmes contre l'autorité royale et les pouvoirs qui la soutenaient, surexcitant les esprits jusqu'au paroxisme de la fureur, arma le bras de Jacques Clément, et l'assassinat de Henri 111 par ce moine fanatique, s' érigeant en vengeur du massacre des deux Guise, clôtura par un crime de représailles la triste période de la dynastie de Valois.
(1) Lex est constitutio populi qua majores natu simul cum plebîbus aliquid sanxerunt (fsm., Orig,, lib. V, cap. x).