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Droit public de V Eglise, Introduction, p

quelques contrées ont, par des luttes vaillantes et d'héroïques sacrifices, défendu avec gloire la cause religieuse ; et ils ont par là assuré à l'Eglise une part appréciable c'e l'autonomie et de l'indépendance que sa haute et suprême dignité réclame. Mais ces lambeaux de liberté, là où la tyrannie et l'irréligion n'ont pu les détruire, sont-ils vraiment en sûreté? L'aube du siècle oii nous entrons fait-elle présager de nouveaux et plus sûrs triomphes? Je voudrais m'en persuader; mais le spectacle que nous offre la société actuelle, et l'état juridique de l'Eglise spécialement en Europe, ne sont guère rassurants pour des cœurs chrétiens.

En Italie, nous le savons, la Révolution, après avoir dépouillé le Saint-Siège de son principat civil, ne cesse depuis plus de trente ans d'entraver son action spirituelle, et elle prend un âpre plaisir à resserrer peu à peu autour du Vatican le cercle de fer dans lequel elle espère, un jour ou l'autre, étouffer la papauté. La France n'est plus au temps où ses soldats montaient la garde autour de la chaire de Saint-Pierre : dominée par les sectes, elle subit, dans la honte et dans l'angoisse, le despotisme habilement calculé de gouvernements qui n'osent encore supprimer totalement le Concordat \ mais qui en déchirent chaque jour quelques pages pour les jeter en pâture au fanatisme insatiable des Loges. Le croirait-on, si ce n'était de l'histoire contemporaine? Sur cette terre des Charlemagne, des ^aint Louis et des Jeanne d'Arc, d'humbles vierges et de saints religieux n'ont pas même la liberté de prier en commun. L'Autriche, elle aussi, est entrée dans cette voie de malheur. La convention solennelle conclue en 1855 par Pie IX et François-Joseph a été rompue en 1870; et cet acte d'hostilité de la part du gouvernement n'a été que le prélude de nouveaux assauts contre l'épis-

I. Depuis que ces paroles, par lesquelles l'auteur inaugurait son cours de droit public ecclésiastique, furent prononcées, le Concordat, on le sait, a été violemment rompu, et les Chambres françaises ont voté la séparation des Eglises et de l'Etat.

copat, les congrégations religieuses, et l'indépendance de l'Eglise. De l'Espagne, oii le catholicisme demeure malgré tout religion d'Etat, parviennent à no: oreilles des rumeurs sinistres, et, à mesure que croissent ces bruits et ces grondements, on craint de voir chanceler et s'abîmer dans la tempête le dernier asile des vieilles traditions catholiques. L'Allemagne, où le génie persévérant de Léon XIII et les forces ralliées des catholiques ont fait à l'Eglise de si précieuses conquêtes, l'Allemagne aux système pervers et au luthéranisme militant reste encore loin de l'idéal chrétien. Que dire de l'Angleterre, où, malgré des progrès indéniables accomplis par la foi et la liberté, le souverain peut encore dans un acte ojfficiel, et sans que l'opinion s'émeuve, prodiguer l'insulte à l'Eglise et à ses dogmes? L'Amérique, enfin, est le sujet de bien des alarmes : si on se tourne vers le Sud, elle nous apparaît comme secouée et ballotée en tous sens par la vague révolutionnaire ; du côté du Nord, elle nous montre ^ sur l'immense territoire des Etats-Unis, avec plus de trente millions d'hommes sans pratique religieuse, l'école neutre, l'école non confessionnelle, partout maîtresse et triomphante.

En présence de ce spectacle, l'étude de l'Eglise, de sa suprématie et de ses droits, pourrait-elle nous laisser indifférents? Assurément non.

Cette étude s'impose, et elle s'impose à tous, hommes d'Eglise et hommes d'Etat, ministres, députés, magistrats, électeurs, journalistes. Tous, en effet, les uns par vocation propre et les autres par devoir public, tous sont appelés, chacun en son rang et à sa manière, et sous la sage direction de ceux qui tiennent le sceptre spirituel, à servir la cause de la foi, à défendre les intérêts de la religion, à étendre et à consolider le règne social de Jésus-Christ. Or, comment s'acquitter de cette belle et haute mission, si l'on n'en comprend ni l'importance ni la grandeur? Comment servir efficacement la cause de Dieu et de

I. Claudio Jannet, Les Etats-Unis contemporains, 4e éd., t. II, p. 282.

son Eglise, si l'on ne sait ce que c'est que l'Eglise, si l'on s'en fait une idée inexacte qui la dénature et la rabaisse au rang d'une société quelconque, d'une association scientifique et commerciale, si l'on ne possède touchant les droits de la puissance ecclésiastique des notions saines et précises, suffisantes pour éclairer l'esprit et le prémunir contre le poison de la littérature politique et sociale contemporaine? Les paroles que l'archevêque de Pérouse (devenu le pape Léon XIII) adressait dans une lettre pastorale ^ à son peuple en 1867, ont gardé toute leur actualité: " De nos jours, dit-il, un grand nombre de chrétiens, qui ont le bonheur d'appartenir à l'Eglise ne la connaissent pas d'une manière suffisante et ne se mettent guère en peine d'étudier sa doctrine. Car s'il en était autrement, on ne verrait pas aujourd'hui si peu d'empressement pour obéir à ses enseignements et à ses préceptes ; on ne constaterait pas une si grande facilité à accueillir, et même à accréditer tant d'accusations mensongères contre ses prérogatives et ses droits ; une si grande lâcheté, une si grande indifférence en face des luttes ardentes que, par suite des malheurs des temps, elle est obligée de soutenir de toutes parts."

Pour mieux montrer l'opportunité des études que nous voulons entreprendre, et en même temps pour faire voir par quelle pente fatale la société est descendue à l'état fâcheux que je signalais tout à l'heure, il ne sera pas sans à propos de retracer brièvement la genèse de certaines doctrines aussi funestes que fallacieuses, et d'en donner dès maintenant un aperçu général. Je ne suis pas de ceux qui croient, avec M. Thiers, que le faux est impuissant, et n'a rien qui doive alarmer des esprits sérieux. S'il eu était ainsi, pourquoi l'Eglise mettrait-elle tant de zèle à le rechercher et à le poursuivre de ses décrets et de ses anathèmes? Au contraire, rien ne sert mieux les intérêts de la vérité,

I. CE livres pastorales de S. Em. le card. Joach. Pecci : — Lettre pastorale sur les Prérogatives divines de V Eglise catholique et les erreurs modernes sur ce point.

après l'étude de cette vérité elle-même, que le soin de connaître exactement et de réfuter courageusement tout ce qui s'y oppose. Ce soin sera le nôtre.

Bien souvent, il est vrai, dans les siècles antérieurs à l'âge moderne, l'Eglise a eu à lutter contre les passions des princes et contre les empiétements du pouvoir civil. Mais ces empiétements n'étaient pas encore érigés en système. L'attaque froide, réfléchie, arborant les couleurs du droit, date de l'hérésie protestante, qui, en posant le principe du libre examen, a porté un coup direct à l'autorité. C'est alors qu'en face du droit chrétien a surgi un droit nouveau, dont Léon XIII, dans son encyclique sur la constitution chrétienne des Etats ^ fait la description suivante: "C'est à cette source, dit-il en parlant du protestantisme, qu'il faut faire remonter ces principes modernes de liberté effrénée, rêvés et promulgués, parmi les grandes perturbations du siècle dernier, comme les fondements d'un droit nouveau^ inconnu jusqu'alors et, sur plus d'un point, en désaccord non seulement avec le droit chrétien, mais aussi avec le droit naturel. Voici le premier de tous ces principes: tous les hommes, dès lors qu'ils sont de même souche et de même nature, sont semblables, et, par le fait, égaux entre eux dans la pratique de la vie; chacun relève si bien de lui seul qu'il n'est en aucune façon soumis à l'autorité d'autrui ; il peut en toute liberté penser ce qu'il veut, faire ce qu'il lui plaît; personne n'a le droit de commander aux autres. Dans une société fondée sur ces doctrines, l'autorité publique n'est que la volonté du peuple, lequel, ne dépendant que de lui-même, est aussi le seul à se commander. Il choisit ses mandataires, mais de telle sorte qu'il leur délègue moins le droit que la fonction du pouvoir pour l'exercer en son nom. La souveraineté de Dieu est passée sous silence, exactement comme si Dieu n'existait pas, ou ne s'occupait en rien de la société .du genre humain ; ou bien, comme si les hommes, soit en particulier, soit en société, ne devaient rien à Dieu, ou

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