Ouv. cité, t. II, pp
celle qui a la charge des choses divines? Il faudrait, pour le prétendre, avoir oublié que le ciel est au-dessus de la terre et que l'homme n'est pas l'égal de Dieu; il faudrait avoir oublié aussi combien l'ordre surnaturel est supérieur à l'ordre naturel. Ce n'est pas de l'autorité qu'il possède sur les citoyens, car cette autorité est limitée à ce qui intéresse la prospérité temporelle. Ce n'est pas de sa priorité en fait, car la société religieuse et la société civile ont toujours coexisté. D'ailleurs l'Eglise, en s'établissant dans un empire déjà formé, ne faisait qu'user du droit absolu qu'elle possède de vivre, de s'étendre et de conduire les hommes à leur fin dernière ; elle n'a besoin d'aucune concession de l'Etat. De plus, eu fait, l'Eglise est plus ancienne que toutes les sociétés actuelles. On ne peut donc trouver dans la nature de l'Eglise et de la société civile aucun motif pour déclarer cette dernière supérieure à la première. "
Des motifs d'asservir l'Eglise, il en faut pourtant à nos adversaires, lesquels se posent en champions du droit et en paladins de la légalité. C'est alors qu'on invoque les raisons vagues, élastiques autant que sonores, d'ordre public, de bien social, d'intérêts primordiaux dont l'Etat a la garde, et qu'une société religieuse trop libre et trop puissante pourrait mettre en péril. L'ordre, l'intérêt public: voilà le prétexte dont se sont couvertes toutes les invasions laïques dans le domaine ecclésiastique ; voilà le cri d'appel qui à l'heure présente, particulièrement en France, rallie en une phalange compacte, et en un bloc sectaire, tous les ennemis de l'Eglise pour les lancer à l'assaut de ses institutions et de sa liberté.
"Je voudrais bien savoir, s'écriait il n'y a pas longtemps dans les Chambres françaises M. Ribot ^, ce que c'est que l'ordre public. On le fait servir pour justifier un texte, pour se tirer d'embarras. " L'orateur eût pu ajouter que c'est l'argument commode de tous ceux qui placent la loi au-dessus du droit, et la police au-dessus de la justice.