I. Saint Ambroise, par le duc de Broglie, 5e éd., p
surpris et subjugué par tant de fermeté, la modification de son édit.
Un fait plus grave et plus conuu est le massacre de Thessalonique ordonné par Théodose qu'un événement regrettable avait irrité contre la population, en grande partie catholique, de cette ville. Dès que la nouvelle en parvint à Milan, cet acte sanguinaire, accompagné des circonstances les plus révoltantes, jeta la consternation dans l'âme d'Ambroise. L'évêque écrivit à l'empereur une lettre touchante et pressante, l'exhortant, par l'exemple du saint roi David, à un prompt repentir. Et lorsque, malgré cette lettre. Théodose se présenta, selon son habitude et avec sou cortège, au seuil de la basilique milanaise, Ambroise se dressant dans toute sa fierté de pontife lui ferma le passage par ces mots: "Arrêtez, prince... Il n'y a pour tous qu'un seul empereur, le Créateur de toutes choses. De quels yeux allezvous regarder le temple de ce commun Maître? Comment vos pieds oseront-ils fouler le sol de son sanctuaire? Comment oserez-vous lever vers lui vos mains sanglantes? Comment ces mains pourront-elles toucher le corps sacré de Jésus-Christ? Comment porterez-vous son sang à ces lèvres qui, par une parole de colère, out fait répandre celui de tant d'innocents? Retirez-vous donc pour ne pas ajouter un nouveau péché à celui dont vous êtes coupable" ^ Et l'empereur, tête basse, s'éloigna.
Huit longs mois se passèrent sans que l'orgueil froissé du monarque permît au repentir de l'emporter dans sou âme. Le jour vint pourtant où Théodose, poussé par le remords, réapparut au seuil de l'Eglise. " Que voulez-vous, lui dit Ambroise, et quelle audace vous pousse à venir fouler aux pieds la loi divine. — Je ne viens rien braver, dit le prince humilié, je viens demander ma délivrance, et vous prier, au nom de la clémence da notre Seigneur commun, de ne pas me fermer la porte ou. ve;te à tous les pécheurs repentants. — Quels signes de votre pénilence avez-vous donnés? reprit Ambroise; quels sont les
Ouv. cité, pp. 155-56.
remèdes qui ont pansé vos blessures? — C'est à vous à me les indiquer, dit l'empereur, et à moi de les accepter ^ "
La soumission était complète. — " En vérité, observait plus tard le très chrétien souverain, je ne connais qu'Ambroise qui m'ait fait voir ce que c'est qu'un évêque ^. "
Depuis cette date. Dieu merci, l'Eglise catholique a vu bien d'autres Ambroises braver le courroux des princes et prendre intrépidement la défense de ses droits. Que n'a-t-elle vu un plus grand nombre de Théodoses remporter sur leurs passions les nobles victoires de la foi et de l'esprit chrétien !
Il convient d'ajouter que les puissances séculières même les moins empressées à admettre théoriquement la prééminence du pouvoir religieux, n'ont pu s'empêcher, dominées qu'elles étaient par le sentiment de cette primauté, d'en accepter juridiquement le fait.
De cela, nous avons la preuve dans les règles de préséance qui gouvernent le corps diplomatique, règles fixées par le Congrès de Vienne en 1815, et agréées des puissances signataires dont quatre non catholiques '.
Le Congrès établissait qu'aucune innovation ne serait faite relativement aux représentants du Saint-Siège et sanctionnait par là l'usage immémorial de céder au Pape ou à ses nonces, dans les assemblées diplomatiques, la première place. Or, cette préséance, solennellement reconnue, n'a pu avoir pour base la souveraineté temporelle du Saint-Père dont les Etats n'étaient et ne furent jamais que d'une médiocre importance politique. Force, donc, nous est de conclure qu'en assignant aux représentants du Pape le rang principal, on s'est incliné devant la suprématie du pouvoir spirituel *.