‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 148 sur 227 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

l'église £T les INFIDELES

Messieurs,

Jusqu'ici, pour étudier l'Eglise et la question complexe de ses rapports avec l'Etat, nous nous sommes placés et nous avons voulu demeurer à peu près exclusivement dans la région des principes.

Guidés par cette lumière calme que verse dans les esprits sincères l'enseignement catholique, nous avons vu ce que doit être la société chrétienne, sur quelle base religieuse et morale doit porter son organisation, dans quelle alliance féconde l'Eglise et l'Etat doivent se donner la main pour présider avec honneur aux destinées spirituelles et temporelles des nations.

Mais tout n'est pas absolu en ce monde ; le relatif et le contingent y jouent un très grand rôle. Force nous est donc de descendre maintenant sur le terrain des faits et d'envisager, pour en établir le côté juridique, les situations diverses faites à l'Eglise du Christ par l'ignorance ou la malice de hommes, par les vicissitudes religieuses et les changements politiques des Etats.

Quand l'Eglise sortit du berceau, tout, autour d'elle, en dehors du peuple juif, était infidèle et païen : les hommes, les familles, les institutions, les gouvernements. Elle se trouvait en face d'un vaste empire totalement étranger à sa foi, offrant même des doctrines et entretenant des superstitions diamétralement opposées aux croyances et aux pratiques chrétiennes. Quelle rude tâche que celle de conquérir cet empire, quelle fière

et colossale entreprise que celle d'opérer la transformation religieuse de Rome et du monde ! Mais une société fondée par Dieu, constituée d'après le plan de Dieu, appuyée sur le secours de Dieu et investie par lui des plus amples pouvoirs et des prérogatives les plus sacrées, ne pouvait reculer devant pareille mission. Klle se mit résolument à l'œuvre.

Parmi les droits reçus de son auteur, elle comptait, au premier rang, celui de prendre place au sein des sociétés existantes, d'annoncer librement la parole de Dieu, de jeter les premiers fondements de son organisation et de sa vie.

Nop.s ne voulons pas discuter ici la question théologique des limites exactes où s'arrêtent, en ce qui concerne les personnes non baptisées, les pouvoirs juridictionnels conférés par Jésus- Christ à son Eglise. Ce qui est sûr, c'est que les infidèles, — et nous entendons par là les gens de toutes sortes, idolâtres, m<.liométans, juifs, qui n'ont ni le baptême ni la foi du Christ, — c'est que ces infidèles doivent plein respect au magistère de l'Eglise, qu'ils sont tenus d'accueillir sa parole et de piêler l'oreille à ses enseignements. Notre-Seigneur, en vertu de sa propre juridiction sur toute créature, ne lui a-t-il pas dit d'aller et d'évacgéliser toutes les nations \ sans faire de différence entre juifs et gentils? Ne lui a-t-il pas commandé d'exercer parmi ces peuples les fonctions augustes d'un triple ministère, du ministère doctrinal, sacramentel et moral, en comptant pour cela sur l'assistance divine elle-même ^?

Ces pouvoirs inhérents à l'Eglise entraînent, par corrélation, de la part de l'Etat l'obligation stricte de recevoir sans hostilité, sinon avec faveur, les missionnaires chrétiens.

"L'Etat infidèle, dit M^'' Cavagnis ^, a: premièrement le devoir d'admettre l'apostolat catholique; secondement, le devoir de laisser à ses sujets la liberté de se convertir et de professer

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