Gaffre, ouv. cit., p
5. Dictionnaire etc., vol. cit., p. 432. — Cf. Douais, ouv, cit., pp. 171-176.
légistes du moyen âge, au droit romain, et seule, nous le savons, la puissance civile l'avait décrétée et l'appliquait ^
De tout cela il résulte qu'aucune raison sérieuse ne justifie les récriminations et les invectives lancées, au sujet de l'Inquisition, par tant d'écrivains malveillants contre l'Eglise. L,es cruautés que l'histoire relève accusent, à coup sûr, l'influence regrettable des passions humaines ; on ne saurait, équitablement, en prendre motif pour condamner les procédures qui en furent, non la cause, mais l'occasion.
De bonne ou de mauvaise foi, il arrive trop souvent que l'on confonde l'Inquisition romaine avec l'Inquisition espagnole, établie au quinzième siècle, et différant, par plusieurs côtés, de la première en usage depuis plus de deux cents ans déjà dans divers pays.
Ce fut surtout pour protéger l'Espagne contre l'action antireligieuse et antinationale des Juifs et des Maures baptisés et relaps que les souverains de cette contrée, Ferdinand et Isabelle, érigèrent, avec l'approbation de Rome, le célèbre tribunal connu dans l'histoire sous le nom d'Inquisition espagnole.
Ce tribunal était mixte : ecclésiastique sans doute, puisque le Saint-Siège avait concouru par bref spécial à son institution, et que ce bref autorisait les personnages d'Eglise à y siéger ; ^ mais politique aussi, vu la part considérable prise par les souverains espagnols dans son érection et son organisation, et vu la présence de jurisconsultes laïques dans le Conseil suprême.
La conséquence fut que l'Inquisition d'Espagne, créée pour combattre l'hérésie, ne tarda pas à dégénérer en instrument des visées et des menées politiques du pouvoir royal. Des abus nombreux s'y glissèrent, contre lesquels le Saint-Siège protesta
1, " I/e bûcher, écrit M. Lea, écrivain peu suspect de tendresse pour l'Eglise, n'a fait comparativement que peu de victimes." (Dans Vacandard, otiv. cit., p. 249).
2. Pastor, Histoire des Papes depuis la fin du moyen âge (trad. Raynaud),
t. IV, pp. 369-376.
V'igoureusement. "Ce fut Roiiu' qui, contre le gré de Ferdinand le catholique et de Charles V, fit admettre qu'on pourrait en appeler de l'Inquisition au Pape. Les Papes rappelèrent en maintes circonstances les inquisiteurs à la douceur, cherchèrent à conserver leur fortune à ceux qui étaient condamnés à des peines légères et à leurs enfants, accordèrent des indulgences à ceux qui étaient persécutés, arrachèrent maintes causes aux mains des inquisiteurs et les attirèrent en cour de Rome, cassèrent maints jugements de l'Inquisition, ^excommunièrent plus d'un inquisiteur. Léon X excommunia, en 1519, les inquisiteurs de Tolède. Outre Léon X, Grégoire XIII chercha à adoucir les procédés de ce tribunal ; Paul III se plaignit amèrement de l'Inquisition d'Espagne et prit sous sa protection ceux qui s'opposèrent à son introduction dans le royaume de Xaples. " *
Ajoutons que l'Inquisition espagnole, partageant en cela le sort de l'Inquisition romaine, a été calomniée. On a dénaturé le caractère des peines infligées par ce tribunal, et exagéré à plaisir le nombre des victimes. Les autodafés (représentés comme d'immenses brasiers, allumés et attisés par les prêtres) se réduisaient le plus souvent à des actes de grâce, ou à des exercices de pénitence publique et de réconciliation avec l'Eglise. - Lorsqu'il y avait peine de mort, c'est le pouvoir séculier, auquel les juges inquisitoriaux livraient l'accusé reconnu coupable, qui ordonnait son exécution. ^
Assurément, et nous ne songeons nullement à le dissimuler, l'Inquisition espagnole commit des fautes, des injustices, des cruautés ; mais sûrement aussi, par le rampart qu'elle éleva contre l'hérésie, elle rendit à l'Espagne les plus précieux services. Et si ce pays, mieux que tant d'autres, a pu conserver jusqu'à l'heure actuelle, malgré l'effort des sectes, son union officielle