‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 189 sur 227 · Encycl. Libertas prœstantissimum · texte numérisé non relu

Encycl. Libertas prœstantissimum

4. Voir Constant, Le Pape et la liberté, ch. V : Le Pape et la liberté civile. — Parlant de l'état des villes du cinquième au dixième siècle, M. Guizot a dit: " Dans la plupart, il y avait un clergé, un évêque qui exerçait un grand pouvoir, qui avait influence sur la population, servait de lien entre elle et les vainqueurs, maintenait ainsi la ville dans une sorte d'indépendance et la couvrait du bouclier de la religion ". {Hist. de la civilisation en Europe, 6e éd.,

p. 197). Georges Romain, dans la seconde partie de ses études : Le moyen

âgejnt-il une époqve de ténèbres et de servitude, fait voir quelle part immense eut l'Eglise dans l'organisation des libertés sociales dont on jouissait pendant cette période si décriée de l'histoire du monde.

fléaux si contraires au libre jeu d'une saine et féconde indépendance, trouvèrent dans les lois ecclésiastiques, dans la trêve de Dieu et dans le droit d'asile des églises, un frein salutaire. C'est, de plus, sous l'empire et l'action de l'esprit chrétien que la liberté d'association put s'étendre, et s'épanouir au moyen âge en organismes florissants. " Nos ancêtres, dit Léon XIII, ^ éprouvèrent longtemps l'heureuse influence des corporations ouvrières ; car, tandis que les artisans y tiouvaient d'inappréciables avantages, les arts, ainsi qu'une foule de monuments le proclament, y puisaient un nouveau lustre et une nouvelle vie."

Quant à la liberté politique, le régime basé sur le pouvoir prépondérant des Papes et la forme hiérarchisée du nouvel empire romain, permit maintes fois à l'Eglise d'apporter au despotisme gouvernemental un puissant contrepoids et de protéger le peuple chrétien contre les lois injustes. La papauté de cette époque nous apparaît comme une cour supérieure reconnue de tous, gardant avec religion la balance du droit, et tenant en équilibre, d'un côté l'autorité légitime des princes, de l'autre les légitimes libertés des sujets. Et rappelons encore que si l'Europe menacée par l'audace envahissante du Croissant, fut sauvée de l'immense péril d'une nouvelle invasion baibare beaucoup plus redoutable que la première, c'est au zèle, au courage, et à la clairvoyance patriotique des Papes qu'elle le doit '^.

Ce n'est donc pas la liberté elle-même, qu'on l'appelle religieuse, civile, politique, que l'Eglise catholique condamne ; ce sont ses défaillances, ses défectuosités, ses abus : végétation parasite qui en épuise la sève et en déshonore le tronc. La liberté, comme la volonté, est faite pour le bien ; et la faculté de choisir le mal n'appartient pas plus à son essence, n'est pas plus nécessaire à sa perfection, que la faculté d'errer n'appartient à l'essence et à la perfection de l'intelligence, que la

1. Encycl. Rerum novarum.—Cl. Pastor, Histoire des Papes depuis la fin du moyen âge, t. V, pp. 35 et suiv.

2. Constant, ouv. cit., ch. VI : Le Pape et la liberté politique.

maladie n'entre dans la nature et le fonctionnement de la vie ^ C'est à la lumière de ces principes qu'il faut juger les fameuses libertés 7nodernes inscrites pompeusement dans la déclaration des droits de l'homme de 1789 et 1793 ^ : déclaration basée sur le mépris des droits de Dieu, et sur le triomphe des droits de l'homme, vrais ou prétendus, dans un ordre social nouveau.

Ces libertés tant prônées, et qui caractérisent le régime actuel de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, peuvent se réduire à trois principales : la liberté de la pensée, la liberté des cultes, la liberté de la presse ; et si on les prend dans leur sens absolu et illimité, elles ne tendent à rien moins qu'à fonder et perpétuer le règne social de l'erreur, de l'impiété et de l'anarchie.

Certes, nous ne contestons pas à la pensée humaine le droit de se mouvoir librement dans la sphère des connaissances naturelles, de discuter à son gré les théories qui s'y font jour, d'embrasser les conclusions qui lui semblent les plus vraisemblables, pourvu, toutefois, que rien dans ces conclusions ne heurte et n'offense les certitudes supérieures garanties par l'autorité de Dieu et de l'Eglise. Cette liberté d'opinion est même permise dans toutes les questions religieuses où ni l'enseignement des Papes et des Evêques, ni le jugement des Congrégations romaines, ni la voix traditionnelle et autorisée des Docteurs n'imposent une solution définitive.

1. Saint Thomas d'Aquin est très explicite sur ce point : " Que le libre arbitre, dit-il, puisse faire un choix entre divers moyens sans jamais dévier de la fin qui lui est assignée, cela appartient à la perfection de la liberté ; mais que son choix se por'.e sur des objets qui l'éloignent de sa fin, cela est mal et constitue un défaut de la liberté. Voilà pourquoi la liberté des Anges qui ne peuvent pécher est plus parfaite que lanôtre." {Soin, théol., I, Q. LXII, a. 8 ad 3). — Léon XIII, dans l'encycl. Libertas, développe cette pensée en s'appuyant sur le Docteur angélique.

2. " Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu qu; leur maaifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi." (Décl de 1789, art. 10). — " Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, le libre exei'cice des cultes, ne peuvent être interdits. La nécessité d'énoncer ces droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme." (Décl. de 1793, art. 7).

Pareille solution, du reste, quand elle est donnée, loin de nuire à la vraie liberté, l'éclairé, la dirige, lui trace le chemin des essors assurés et des initiatives fécondes. Qui voudrait soutenir que l'autorité ecclésiastique enseignante a paralysé le génie d'un Augustin, d'un Thomas d'Aqnin, d'un Bossuet, d'un Pasteur ? D'autre part, parmi les gens non prévenus, qui ne constate avec douleur l'immense désarroi et l'anarchie profonde où l'esprit humain, affranchi de toute direction et de toute tutelle, a été plongé par la libre pensée?

La liberté cultuelle, dite aussi liberté de conscience, liberté religieuse, peut être entendue dans ce sens que l'homme ne soit pas contraint physiquement d'embrasser la vraie religion, mais qu'il y adhère de son plein gré, et que, devenu croyant, il puisse, sans entraves de la part des autorités sociales, rendre à Dieu le culte même public qui lui est dû. Cetteliberté, l'Eglise l'admet : elle la respecte dans la personne des infidèles ^ ; elle la requiert et elle la réclame en faveur de ses enfants.

Mais, d'après l'acception moderne, la liberté religieuse signifie bien autre chose : elle repose " sur ce principe qu'il est loisible à chacun de professer telle religion qu'il lui plaît, ou même de n'en professer aucune ^ ", et que l'Etat, de son côté, ne doit rendre à Dieu aucun culte, ne doit manifester aucune croyance ni aucune préférence religieuse, se contentant de reconnaître à toutes les religions les mêmes droits ^. C'est la doctrine favorite de l'école libérale, doctrine, nous l'avons vu *, essentiellement fausse, à la fois antireligieuse et antisociale : antireligieuse par l'injure grave qu'elle fait à Dieu, auteur d'une seule religion véritable ; antisociale, par les germes de doutes, de dissensions et de dissolution qu'elle jette au sein des nations.

L'Egiise, en principe, la condamne, de même qu'elle réprouve la liberté absolue et illimitée de la presse.

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