Leçon onrième
La presse, assurément, est chose très louable en soi : c'est la puissance de la parole décuplée, centuplée, sous une variété de formes et avec une force d'expansion et de rayonnement qui va croissant tous les jours. Rien n'échappe à son influence. Et si cette action des feuilles publiques ne servait qu'à propager le vrai et à persuader le bien, on ne pourrait lui octroyer une liberté trop grande.
Mais qui ne sait que par les multiples canaux de la presse, le flot de l'erreur subtile, de l'hérésie audacieuse, du scepticisme émollient, de la sugo^estion perverse, de l'irréligion et de la passion, se répand avec une effroyable rapidité dans toutes les couches populaires et déverse son poison dans toutes les veines de la société ? La discussion libre, sans loi et sans mesure, est fille du libre examen, et l'esprit qui l'inspire, prompt à tout juger, à tout censurer, à tout révoquer en doute, et à tout remettre en question, constitue le plus sûr et le plus puissant agent de corruption sociale des temps modernes. " Accordez à chacun, dit Léon XIII ^, la liberté illimitée de parler et d'écrire, rien ne demeure sacré et inviolable; rien ne sera épargné, pas même ces vérités premières, ces grands principes naturels que l'on doit considérer comme un noble patrimoine commun à toute l'humanité".
C'est donc très justement que le même Pontife, dans son admirable encyclique sur la liberté humaine et les libertés modernes, après de longues et pénétrantes considérations, formule ce grave jugement ^ : "Il n'est aucunement permis de demander, de défendre ou d'accorder sans discernement la liberté de la pensée, de la presse, de l'enseignement, des religions, comme autant de droits que la nature a conférés à l'homme ".
Suit-il de là que, dans l'état actuel de la société, l'EgHse blâme et réprouve comme un mal toute tolérance des libertés dont nous venons de parler? Nullement. " Ces diverses sortes