I. Duballet, V Eglise et V Etat, t. II, p
empruntée aux corps vivants, aux êtres doués d'organes, ou de parties fonctionnelles, lesquelles, tout en étant soumises à l'influence dominante d'un même principe, jouissent cependant d'un caractère distinct et comme d'une vie propre. A l'exemple de ces corps, la société politique, qui est une personne morale, se compose elle aussi de parties organiques dont elle forme le lien, mais qu'elle n'absorbe ni ne mutile. Ces éléments et ces organismes, composants immédiats du corps social, ce sont les familles, les communes, les cités, les provinces. Car, remarquons-le bien, la société civile ne naît pas tout d'abord des individus qui en font partie; elle résulte et elle émerge de l'apport progressif d'associations moindres, antérieures par leur nature, plus strictement nécessaires et plus directement instituées de Dieu. C'est ce qui ressort de la genèse de cette société, telle que décrite par saint Thomas d'Aqnin, dans un de ses commentaires sur Aristote ^ : " Chaque maison, écrit l'angélique docteur, était gouvernée par le plus ancien, selon les lois du régime familial. Et comme la contrée voisine se peuplait peu à peu de parents, le premier ou le plus puissant d'entre eux en venait à exercer sur les autres une sorte de royauté. C'est ainsi que des maisons et des bourgs ce principat finit par s'étendre aux cités, lesquelles, dans le principe, n'étaient pas comme aujourd'hui des agglomérations compactes, mais formaient plutôt des agrégats de divers villages ou localités adjacentes. L'autorité royale sur les cités ou les nations n'a donc été tout d'abord que le développement naturel du pouvoir des chefs de famille, de villages ou de tribus".
Ces notions sont fondamentales. Elles font de l'Etat, non pas comme le veulent les centralisateurs à outrance, une simple juxtaposition de forces individuelles comprimées et assujetties par les ressorts d'une autocratie brutale, ni un assemblage confus de pièces disjointes réunies par des liens purement mécaniques, mais