‹ Droit public de l'église (volume 2)Chapitre 62 sur 227 · I. Sess. IV, ch · texte numérisé non relu

I. Sess. IV, ch

laïques, quels qu'ils soient, magistrats, députés, ministres, chefs d'Etat ; sur toutes les associations ou agglomérations de fidèles, sociétés de bienfaisance, de science, d'industrie, sénats, législatures, diètes, conseils du roi ; enfin sur tout l'ensemble des peuples chrétiens.

En troisième lieu, quant à l'objet de cette suprématie, le Concile le fait consister " dans les choses qui concernent la foi et les moeurs, et dans celles qui appartiennent à la discipline et au gouvernement de l'Eglise " ; en d'autres termes, la puissance papale est une puissance à la fois enseignante et agissante, et tout ce qui intéresse le salut des âmes, soit dans l'ordre spéculatif, soit dans l'ordre pratique, est de sa compétence et tombe sous sa juridiction \

Rien donc n'égale en ce monde cette souveraineté aussi ancienne que l'Eglise, et aussi durable que les siècles, à laquelle toutes les âmes dociles obéissent, sous laquelle toutes les intelligences croyantes se courbent, qui prononce sur toutes les lois, qui domine tous les trônes, qui n'a pas fléchi devant Lonis XIV, qui a fait reculer Attila, et dont l'influence, débordant par delà les sphères visibles, touche aux frontières mêmes de l'infini.

Une question s'élève ici, sérieusement débattue parmi les théologiens, et à laquelle l'indiscrète curiosité de la presse, toujours avide de choses piquantes, donnait naguère un regain d'actualité. Le Pape, dont l'autorité est si étendue, peut-il intervenir dans l'élection de son successeur?

Avant de répondre directement à cette question, établissons d'abord ce qui ne peut faire l'objet d'aucun doute. C'est au Pape, et à lui seul, qu'il appartient de déterminer les règles générales d'après lesquelles doit se faire l'élection du chef de l'Eglise, ainsi que les circonstances de temps, de lieu, et de personnes, les plus propres à assurer un heureux choix. Ces règles et ces ordonnauces, comme un grand nombre de lois purement ecclésias-

I. Nous reviendrons plus ta.rd {voir l'Aclion religieuse ella loi civile) sur cette vérité fondamentale pour en déduire certaines conséquences pratiques.

tiques, ont varié avec les âges. A l'origine, écrit l'abbé Périès *, l'élection du Pape n'était pas différente de celle des antres évêques. Ce n'est que plus tard, c'est-à-dire au Xle siècle, que Nicolas II, par une nouvelle réglementation conservée dans sa substance jusqu'à nos jours, confia aux cardinaux de la sainte Eglise le soin d'élire le futur Pape.

De même, on ne saurait nier au souverain Pontife le droit de désigner^ et de recommander à l'attention des électeurs, la personne qui lui semble la plus apte à recueillir l'héritage de la puissance papale et à présider aux destinées de l'Eglise. Les papes usèrent fréquemment de ce droit ^; et, il n'y a pas longtemps encore, un œil exercé eût pu peut-être découvrir, dans la distribution de certaines charges, vers quel nom semblaient se porter les sympathies du Pontife régnant.

Mais oii éclatent les dissentiments, c'est quand il s'agit de savoir si le Pape peut lui-même nommer son successeur. Quelques écrivains catholiques ont, en ces dernier temps, donné à cette question une réponse afiSrmative ; d'autres cependant, et en plus grand nombre, partagent le sentiment contraire, et nous inclinons à croire que leur opinion n'est pas seulement la plus commune, mais aussi la mieux fondée.

A rencontre de cette opinion, on invoque, il est vrai, certains faits, entre autres celui de Félix IV qui, d'après des documents récemment découverts et dont on hésite à contester l'authencité, aurait dans les derniers jours de sa vie, en présence de quelques témoins, mis le pallium sur les épaules de l'archidiacre Boniface, en commandant de l'ordonner évêque de Rome aussitôt que luimême serait mort. Mais les réclamations et les troubles, qui suivirent le décès du Pontife, montrent assez combien cet acte personnel était en opposition avec les traditions de l'Eglise romaine. A coup sûr, il ne saurait être ici question d'infaillibilité. On peut donc, sans faire brèche à cette prérogative, soutenir

1. L'intervention du Pape dans V élection de son successeur, p. ii.

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